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A MADAME
M AD AM E
' LA
MARQVISE
DE
GOVVERNET.
cyiVJME
Lors que te me mis il y aenuiran vn,
hois à méditer ces quatre ^etin Strmons^ie
epistre:
nwois ducune^enfée quilsdeufjm iamlr)
aU^r au delà de l'eflendue des parots de
rtojîrel emplf.Etmamcnantqi^a U jp//>^
reqiuimen a e/te faite , te le fir permets de
fe mre ouïr plus loinyi^adaou'é qaeieneje^'-
en trouuepas moy- me f me fort dignes. Q^p-
fourquoy^ MJD JAÎE, taj ejle en dou^
te [i te prendrais la Itherte démettre ^oHre
vom au deuc{nt. far encore que leuffe ^ne
grandepafStondelfous donner quelque te^
tnoignage public de Cepime foute particulière
que ie fats de "vos excellentes quahtel^^ie
craignoîs qu( ce nefuftpas vn ajfès confide-^
raïleprejenty tT te voyois bien qudnap^
p'ochoit nullement ^nydece que l^ous me-
ritez , ny de ce que ie defrerois ftire pour\
fvous faire voirie r:fpe[l que ie vous porte.
^Uis enfin pourtant , MJD^ME,
iay mieux aimè'^ous offrir moins , & le
rvous offrir pluflofl ^ que d'attendre plus
long-temps àm* acquitter de ce deuoir^ 0* 4
me fatis faire moy-mefme. Lès oUigatuxns
aue/ayà Mon/ieur k Controlleurgençralj
epistre:
l^XMaJame ^ojiremere y menteroyeni^
iien quefenfffe ky mention. MaiseUes^
font telles quà peine troHueroy-je despav^
rôles pour en exprimer mon fej]ennnienti
au moins certes 'yne petite lettre comme ceU
leçy , nejeroit elle pas capable de reprefen^
ter la moindre partie de ma gratitude. Eu^
peuteflre que quelque tQur Dieu me fera
h grâce d'en donner des prennes plus au^
îhemiques que celles que iepourrois mettre
içy, lem'arrejîeray donc a vous , M^^
TDAME, isP me contenterr^ de dire que
ceniaeflevnejtnguliere matière de ioye0*
{^ d* édification Jor s quetayeu l'honneur
de vojlre car^erfation^ de "voir en yous en^
l'aageou vous ejies ^parmy les attraiti du
grand monde y (^ les /(tueurs delà Cour^
vnepietéfijtncere^vne yertu incorruptible ^
vne modeste exemplaire ^ e^ vne bonté fi
grande qtià petne s'en void- il de telle dans
le r($ng que yous tenéT^^ le prie Dieu de
tout monccsur^ MADAJl^E, qu il vous
augmente de plus en plus les grâces de fon
EPISTRÊ
Efprit^ (^ qntl continué de les ac€ompi^
^nrr de toute autre forte de henediâion%,
Oejî,
M^VJAdE,
voflte trcs humble & trcs-
obeïfTant feruiteurj
^ AMYRAVT.
LÉ RAVISSEMENT DE
SAINT PAVL-
ov
SE RMONS
SVïl CES PAROLES DE LA IL
auxCorinih. Ch.ii. ]^. i.z.3.4.î.
^trteitlnemeji point conuenahle de me yanteri
€arie'^iendrayiufqueîau%ytJions c^reueUf^
lions duSeigneurM cannois V» homme énChrifl
il y a quatorze ans pajfis, (fi ce fut en corps ie ne
fat, p ce f têt hors du corps ie ne /ai, 'Dieu le fait,}
qui a eS^éraui iu/ques au troifîeme CteL Bt
fai qutn tel homme {(i ce fut en corps j où jfi ce
jfut hors du corps, ie ne/ai ^ 7>ieu le fait) a eftê
raui en Taradis ^t^aouy paroles inenarra-*
llesyle/quetles iln'eftpofihle à homme d'exfri^
mer, V^n tel homme me yanteray^ie ^htaisdc
tnoy.mefme ne meyanteray-ie po inî ^ Jtndn slt
mes infirmités^
iPREMIER SERMON.
FReres bien-àimèz en NOSTP.È
s £ I G N it V R.
il y a dans la Parole de Dieu , & met
ô Sermon /. furie chap. ii?
mes dans les liures de la nouuclle Allian-
ce, vne très- grande quantité de chofes, ÔC
qui l'ont d Vne jmerueilleufe variété : mais
il y en a de deux fortes confiderablescn-^
tfe les autres, à fçauoir , celles qui font
remarquables pout leur merueille , & cel-
les qui (ont excellentes pour leur extraor-
dinare vtiliic. te mets en ce fécond rang
les dogmes dont la Religion Chreftienne
eftcompofée, 5cles hifto/res fur lefquel-
les ils font fondés : comme celles de la
îlailTancede noftre Seigneur, de fa paf-
fion ignominieufe , de fa refurrcftion
d'entre les morts , de fon afccnfion là-
haut aux cieux, &: de l'enuoy de fon faine
ECpric en la terre. Car il eft bien vray
que ces chofes-là font fouueraincmenc
admirables , & que la puiffance & la fagef-
Ic de Dieu y paroiffent auec vn extraordi-
naire éclat. MaisneaJitmoins, parce que
c'eftde là que refulie noftre lufti fi cation
dcuani Dieu, la coniolation de nos coeurs,
la landification de toutes nos afFcftions,
&: fclperance de la rcfurreflion & de
rimmortalitébicn heurcufe, nous auons
accouftumé de confidercr ces hiftoires-là
pluftoft par l'incomparable vtilité qui
nous en reuienc, que par ce qui les rcni
de la II. 'hxCor. a;, i. i\ 3. 4^ Ç. 4^
tâpables dé donner de l'admiranon à nos
anjcs.Ie mets au premier les miracles que
noftre Seigneur lefus Chrift a faits , fa
transfiguration fur lamontagae, lescho>
{ts extraordinaires qu'il a donné à i^%
Apoftres d'exécuter , auecque leurs vi*
fions & l^urs reuelations cekftes. Car il
eft bien vray encore que cts chofes là font
celles 3 qu'en les bien confiderant on en
peut tirer de très- grandes vrilicés. Mais
neantmoins, nousauons accouftumé dé
les côtemplèr plufloft par l'endroit par Ic-^
quel elles paroilTent merueilleufes. Et ce
que ie i^iens de lire deuant vous , me^
frères, eft de cette nature- là. Car on ne
peut méditer attentiuement cet en^
droit des Epiftresde S. Paul , où il paris
de fon transport au troificme ciel s qu'on
n'en remporte vngrâd fruit dinflrù^bioa
& d'édification : ô^ toutesfois ic m'affeu-
re qu'il n'y a perfonne d'entre vous , qui
quand il iette les yeux fur cette hiftoire,
ou qu'il l'entend lire à autruy,nefoit en
quelque forte plus touché de fa meruellle
Si de fon efirangeté,que cofolé on fatisfaic
des auâcages qui s'en recueillit. Or fçaués-
vous qu'en ces actions nous anonsaccou*
Humé de vous expliquer plufloft les chofes
A ij
^ sermon L fut le chap. sa,;
crquclles confifterefperancede voftrefa-
lur 3 èc où nous pouuons crouuer des mo^
tifs efficacieux pour vous porter à lafan-
ûification, que celles qui peuuent con-
tenter la curiofué de vos efprits , ou vous
recréer de la contemplation de quelque
merueîlle. Mais nous auons creu pour-
tant que nous pouuions bien arrefler quel-
que temps & vos efprits Se le noûreà la
méditation de ce qui eft contenu icy , &
déférer à la prière qui nous a efté faite pat
quelques- vn5, d'expliquer le Rauiffement
de S. Paul en trois ou quatre aftions pu-
bliques. Car nous ne le faifons pas de
noftre propre chois. Mais de cette ma-
tière que nous prenons à traittcr à Ix
fuggeftion de quelques particuliers, i*ef-
pere que moyennant la grâce de Dieu
il reuflira quelque chofe pour l'édification
commui>e.
11 y a donc en ces cinq vcrfets quatre
chofes principalement cor.iiderables. La
première eftia Préface de tout ce propos,
bù l'A pollf e dit qu*il ne Uiy eft pas oq per-
mis ou conuenable de fe vanter, auecla
laifon qu'il en rend. La féconde eft l'hi-
ftoire de fon rauiflement en Paradis, 3c ce
i^u'ildadesparglesqu'iU entendues. La
de la IL aux Cor. v, il], 4. 5. |
iroifiemeeft le doute oii il eft » fi célaluy
eft arriué ou en corps ou en efpric. Se la
déclaration qu'il fait qu'il n'y a que Dieu
feulqui le fâche. Et enfin, la quatrième
cft la clofture de ce propos, qui a beaucoup
de reffemblanceauec la Préface. Or quant
à la première de ces chofes , vous fçaués
tous quel a efté S. Paul. C/a cfté vn
Apoftre de noftrc Seigneur , excellent
en connoilTances & en reuelations, ini-
mieable en fainceté 3c en charité , aç in-
comparable en zèle. Et neantmbins on
pouuoit cohfiderer en luy trois chofes
qui luy eftoyenc defauantageufés : c'eft
qu'il auoit efté grand perfecutcur de FE*
gjifede noftre Seigneur : qu'il auoit efté
appelle à la connoiiTance deCbriftj&à
la charge de TApoftolaCjlong temps après
les autres Apoftres , qui auoyent eu l'hon-
neur de viure 8c de conuerfer femiliere-
jncnt auecque lefus Chrift quand il eftoii-
icy bas. Et enfin, que faprefence corpo-
relle n'eftoit pas extrêmement majeftueiî-^
fe, comme vous faués qu'il dit en quelque
lieu,que ceux qui ne l'aimoyentpas^luy
reprochoyenc qnçi la pre/ême aie Jaif corps^
eftoit fmhle^é'fi fanle conten^t'thle. Seloa
4onqQesque fes ennemis le côfideroyes^l^
4,% ^ ,
)^ StrmonI.JurIechap,i2.
diuerfement, fes qualités pioduifoyenr éiî
çux diis pe niées fore difFercntes. Car ^ca
grandes &c admirables qualités eaufoyenc
^n eux de Tenuie ; &c cette paflîon produit
naturellement la haine, &: le defir de nuire
a ceux qu'elle fc propofcpour obiet. Eu
çeschofcsqui eftoyent moins auantageu-
fes en luy , fouinifloyent l'occafion à Icuu
«lédifance^Sd leur donnoyent, ce fem«»
bloic , le moyen de ranaler la dignité de
fon Apoftolat, & de rabailfer fon aucorU
lé. Si donc il ncuft efté queftionque de
fa perfonne , il euft fait peu de confidera^
tien de leurs difcours : mais cela couchanc
fon Apoftolac , &c par confequent eftanc
preiudiciable à l'Euangile de noftre Sei^.
gneur,ileftobHgédoppofer quelque cho-
ie à cesdetradions , ô{ de dire quelques
vérités à fon auantage. Or y auoix-il
de trois fortes de chofes defquellcs il fe
pouuoic vanter-.donc les vnes luy eftoyenc
communes auec plufieurs autres hom-
jenes j de forte que la vanterie ne luy
en pouuoic eftre imputée à vanité. Les
autres luy efloyent particulières , telle-
ment que s'il s'en vanioit , il y auoic dan-
ger que fa vanterie ne receuft quelque
wauuaife incerprctaûon. Neantmoius^
âeU IL aux Cor.vli. z./, ^.y. 7
parce qu'elles eftoyent accompagnées de
diuerfes infirmités & de diuerfes fouiFran^
ces, qui deuam les yeux du r^onde caufenc
pluftoft du mefpris que de radmirationjil
nyauoicpas tant deperil à en faire com*
niemoration.Enfin,lesautreslui eftoyent
tellement parucuUeres ,. qu'elles eftoyent
toutes gtorieufes , de forte qu'il n'en paq^
uoit parler &fe les attribuer, que fes en-
nemis n*en priffenc fuiec de dire que
c'eftoit vn homme vain & vn fanfaron Ô6
qui pour quelques chofes qui luy eftoic^
fingulieres, s'efleuoit orgueilleufemenr au
deflus de fes compagnons II ne fait donc
pas difficulté de fe preualoir des premiè-
res. Car voicy comment il parle dans le
chapitre précèdent. F^ir que flufieurs fe .
'vantem félon la chair , ie me vanter ay aiijiu
Soht*ils Hchrieux , dit il en parlant de fes^
ennemis? lelefuis aufï. Sont-ils ifraelaesl
le le fuis pareillement. Sont-ils âcUfiimncç
d Ahraham ? le lefuks aufi. De forte qu'ils
nom point às'eïleuerau deffus demoy^
en ce qui eft des auantages de la Nature,
Et pour fe vanter de la forte , on ne Iç^
pjouuoit pAS accufeç d'eftre vn gJarieuya
parce ^u'il ne s'atuibuoit riçnqu'il a euft
çonamun aaçc beaucoupLd'amres. Sêi^e*^
8 Sermon h fur le chaf. tC
ment il voulait faire voir qu'en cela U
n'sftoic point inférieur à fes ennemis.
Pour les iecondes, il en parleàlaveritç*
Maii en fe vantant , il les tourne de telle
façon , qu'en ne celant pas du tout ce qui
luy eft auantageux , il prefcnte neant-
jnoins à contempler ce qu'il y peut auoir
<^apable d*exciterdela compaffion ou du
mefpris, plufloft que de l'admiration ou
de l'enuie. C'eft pourquoy il pourfuit en
cette forte. Sont- tLsUimfiïes de chrifi > le
Itfuis pardcffiié : en tranaux dauamage , en
hAttuv<s par dcjTus eux, cnprifons dmanta-
ges y en morts puuenteifoà. fay receu des^
iHifs par anq fois qH^rante coups mopns
"vn. l'aj eftehAttu de verges par trois foi s.^
i'ay ejli lapide vne fois , layfnt naufrage trois
fûisjay pajfe t efface dvnîOUYX^ d'vne nuit
entière en U profonde mer. En voyages , et%
périls desfeiiucs , en pertU des brigands , en
périls de ma nation , en périls des Gentils , en
périls en villes, en périls en djert, en périls en
wer , en périls entre faux frcres. En peine &
tn trauail , en veilles fouuent , en faim & en
Jiàf, en teufaes [outtent , en froidure ^ en nu-
dite. Là on void bien qu'il entend qu'on
face quelque reflexion, tant fur la caufe
pour laquelle il foufFroic toutes ces chofes^
'â^ U It dux Cor. *>, i. 1. 3. 4^ 5. $
quefurlapatiéce&la vertu auec laquelle
il les enduroit. Et de fait il adjouftc incon-
ùnçt. outre les chofes de dehors^ il y a ce qui mt
tient aj^ie'gé àe tour en tour , a/cauoir le foin de
toutes les Egltfe s. A quoy il adioufte quel-
que chôfede fa chanté ôc de fon zelc , qui
fait qu'il participe auX foiblefles de tous
fcs frères, &quefiquelcun eft fcandalifé
de quelque chofe, il en eft quant à luy
bruflé. Maisneantmoins toutes ces cho-
fcs-là , defquellcs il fe vante, font telles,
qu'il n'y auoit au€un de fes ennemis qui
cuft voulu yeftre expofé. Tellement que
ce ne font pas des obiets d'enuie à les re-
garder par le vifage par lequel il les pre-
fentc à contempler. Et c'eft qourquoy il
adiouftç encore 5 Sjl/e faut vanter ,ie me
fvmteray des chofes qui font de mon infirmité.
Puis il recite Thiftoire de quand le Gou-
ucrneur de Damas ayant mis guet en la
ville des Damafçeniens pour le faifir, il
fut contraint, pour i^chapper de fes mains,
de fe faire deualer de la muraille par vne
feneftrcenvne corbeille, ce quimonftrç
bien que fa perfonne eftoic en vn tref-
grand U conime ineuitab)e perij. Mais
quand il vient à cette troifieme forte de
chofes, où il n'y auoit ny trauailnydpo-
>é Sermon L fur le cijap iz.
Jeiir, ny ignominie, ny mifere, ny dané
ger ou de flefiriffure ou de mort , & oix
fOut eftoic illuftre U auancageux pour luy,
il n'y vient qu'auec beaucoup plus de ti-
midité, èc ne fe refouc à les mettre eu
auant qu'après auoir employé la précau-
tion de ctiitV ïchçt.Certo H ne m eft foint
iOrmenabU de wt vanter ; car te vtendray
iuftjues. aux vïfions & aux rei^claiions du Ssu
gncur. Le mot que nous îraduiion$r^;u«<?-
pahle y fignifie auffi expédient , & peut eftrç
que comme cette lignification cft plus
propre , aulTi eft-elle plus à propos tn cec
endroit. Car l'Aportre veut bien dire
peur-cftrcàlaverîié, que s'il fe vante de
ces chofes, il ne gardçra pas toutes les
yeglesde la bienfeance , & ne fe tiendra
.pas tout à fait cxaftement dan$ les termes
de la tno.dcftie qui conuient à va Apoftrç
du Seigneur. Mais (inous tournons ^xpe^
d'îcnt,^ nous fuppofergns que l'Apotltea eu
à peu pxçsccUe penfée. Soir que ie rega;:^
de nies ennemis., foit que ie me confi^dere
ipoy-naefnjc, U cft nialailé que i'eujte qu'il
nç m acriue quelque chofedefafcheuJCa Û
ie rrie yan.te à^ mes vliions- Car quanta
|T)e5 cnneijiis , iU çn prepdxpat ocçafioQ
t^çoie rcprpçliet ÀlçpçordiAAifc, quçi^
de U 1 1 dux (^Qf. ni. ^^3* 4, 5* '"^i
fuis fuperbc, Ec pour ce qui cft de moy^
rriefme, ic crains qu'en cette infirmité
humaine , la penfée & la commémoration
de CCS chofes ne me donne quelque eleua-
ïiond'efprit. Orny Tvnny Taurreneme
fauroiccftte vtile. Car le premier inte-
refTera ma réputation \ &c le fécond ince-?
reflera ma modeftie , & par confequent
Xîia fanftification. C'eft pourquoy ïq
m'en abftiendray tout à fait : ou ûahfo-
lument, pour la defenfe de l'autoiité de
ma charge, ie ne puis me difpenfer d'en
parler, iy apporteray vn tel tempéra-
ment quil paroiftrabien que ce n'eftpas
la prefomptionqui me gouuerne, &que
Tcuitetant que ie puis de parler auanta-
geufement de moy . En effed, pour venir
â l'explication de Thiftoire , TApoûre la
commence ainli, leconnois^ vn homme en^
Qlmfl, Là il eft certain que ce qu'il dit il le
dit en parlant de foy-mefme, & neant-
moins vousvoycs qu'il le fait comme s'il
fftoit queftion dVn tiers. Et c'cftqued'va
cofté il eft neceflaire qu'il raconte icy l'hi-
ftoire de cç merueUlewx rauiÛemeot:& de
Tautrç, ilyoudçoitbieo ne donner poinc
dpcçafion à (es aduçrfaires.. Il fe difpofe
donc à. dire que la ciyDfe eft arriuéç %^ mais
li Sermon h pt h chap. {il
s'il cftoit poffible il voudroic bien faire
qu'on la conceuft fans penfer à luy. Ou
s'ileftimpofliblc d'cmpefcherque Ion y
penfc , & mefmes s'il eft ncceflaire
qu on entende cette merueilIcufehiftoirG
de luy, tant y a que s'il y a quelque chofe
de magnifique pour fa perfonne, il s'en
dépouille volontiers par fes paroles, &:
ne veut pas qu'on luy en attribue rien de
grand. En quoy , comme en toutes autres
chofes, il imite noftre Seigneur. Car
bienquefouucnten l'Euangileil parle de
foy-mefmeen première perfonne, fieft-
ce qu'il luy arriue fouuent de s'en expri-
mer comme fous le nom d'vn tiers. D^
forte que dans le feul Euangile félon S*
Matthieu , il y a vingt cinq ou trente en*
droits , où au lieu de dire , /^ , ou Moy y il
die toufiours , kj^ls de rhomnie , & s'at-
tribue en tierce perfonne , ce qu'il deuoit
dire en la première, à parler régulière-
ment. Et S. lean , le difciple bien-
aimc, en vfe à peu prés de la forte, 5^
quand il veut parler de luy-mefme, il fe
fcrt de cette façon d^ parler,/^ Dsfàple que
/r/2<jr^/w^//, ou de quelque autre fembla*
^le circonlocution. Et il n'y a guercs de
^ens,de ceux qui font vn peu circonfpcâjs..
"àt k IL mx Cor. nj. K i. /. 4, f. jj
à qui il n arriue affés fouuent de parler
ainfi d'eux- imefmes , lors qu'il eft queftioii
de dire quelque chofe d'auancagcuxi
Quant à ce qu'il die qu il connoift vn honi'»
me en Chrift, cela ne veuc rien dire fi-
non qu'il connoift vn homme Chrcftien*
Car ejlre en chrifi, ôc auûïr creu en lajy(^
emhrajfé fên Euangite ^Qç.^ au NouucaU
Teftament, vne mcfme chofe. Ec cela
cft ainfi exprimé pour ferliir au deflein de
noftre Apoftre. Car il pouuoit bien dire,
le connois vn Apoftre de Chrift. S'il euft
Voulu fe glorifier, il pouuoic s'exprimer
ainfis ie connois vn vaiflcaud'eleaion^va
homme mis à parc dés le ventre de fa mè-
re pour prefcher l'Euangile entre les na-
tions, vn perfonnage appelle de Dieu à
cette fondion par des miracles & par des
rcuelations de Chrift : enfin vn inftru*
mentilluftrede la grâce duRedcmpteur^
qu'il a enrichi & ennobli de mille belles
connoiflances. Mais outre que celaeftoit
fort efloigné de fon naturel 5 de faire ainfi
parade de fes tilcres & de fes qualités,
c'euft eftéiuftement donner a fes enne-
mis la prifè qu'ils demandoyent , pour
infulter à ce qu'ils appelloyenc fon arro-
gance. Il prend donc feulement la qualité
> 4 Sermon LJkr le chap, iz.
de Chreftien ; qui efl: fouueraincment
glorieufe à la vérité: mais parce qu'elle
cftoiccommuneàvneinfinitéd aucres, &:
que fes ennemis mefmes, quoy que ce fuft
à faufles enfeignes , fe i'attribuoyent,il ne
craint pas qu'ils en prennent occafion de
le calomnier de vaine gloire. La circoh*
ftanccdu temps vient après à cftre eonfi-
dcréeen cette hlftoire. lly.^^ dit-il, (jua^
torze anspafés. L'on peut fuiure deux ma-
nières de ioindreces paroles auecque cel-
les qui les touchent 5 c'eft à fçauoir , ou
poiîr faire vn niefme fens auec celles qui
les précèdent , & dire qu'il y a quatorze
ans paffcs qu'il eft Chreftien : ou pour en
faire vn meùne auecque celles qui lesfui-
uent,5£ dire, qu'il y a quatorze ans paf-
fcsquecerauiffement luy eft arriué.Mais
bien que quelques vns cmbrafTcnt pluftoft
cette première interprétation, &r. qu'il eft
certain qu'a fuiure bien le fil de l'hiftoi-
re Apoftolique & du temps, lors qu'il a
cfcrit cette icconde Epiftre aux Corin-
thiens , il y auoit quatorze ans qu'il auoit
efté appelle à la connoiflance de Chrift^
i'eftime pourtant que cette obferuation
de S Paul fcroit à peu prés inutile. Car
â vous aués égard à l'hiftoire , cette
de la ÎL MX Cof.v.î. 2. 3.' 4. j] i/
cîrconftance n'efidic pas neccflaireà ré-
Xîiarquer , qu'il y auoic défia quatorze ans
qu'il eftokChreftien. Et fi vous regardés
audeffein de TAportre mefme , qui eft*
en rapportant cette iiiftoire, d'efloigntc
tant qu'il pourroic deluy,tout foupçoa
deprcfompcion , il n'y ferueitdu toutde
rien qu'ilnous aduertift qu'il n'eftoirpas
nouueau profelyce , & qu'il y auoit dcfia
plufieurs années qu'il auoic embiaffc le
nom de Chrift. Mais fi nous fijiuons la
fecondeinierpretation j cette circonftan-
ce du temps feruira cane à ce deffeinde
TApoftfe , qu'à i'hiftoire mefme qu'il ra-
conte. A rhiftoire premièrement. Caria
remarque du temps eft vne des plus beW
les lumières de coûtes telles relations, Se
IVnedes chofes qui font les plus neceflai-
res pour les faire croire. Au deflein de
l'Apoftreauflî. Car puis qu'il y auoit dcfia
quatorze ansquecemcrueiUeux accident
luy eftoic arriué , & qu'il auoit laifle paffer
tout ce temps-là fans que perfonne en euft
iamais ouï parler, on ne pouuoit pas croi-
re que ce fuft la vanité qui le luy firtreue"-
1er en ce temps-là, &c il falloir neceflaire-
mentquMy euft efté comme forcé par la
conjonduredes chofes. AfleurénaécilfAl-k
i? Sermon I.fur le chap. tzl
loit qu'il y €uftvne retenue & vnemodc*
ilie extraordinaire en ce faine perfonna-^
gc-lâ,puis qu'il auoic caché fi long- temps
vne chofe qui luy eftoit fi glorieufe. Car
les homes vains garderoyêc auflî-toft vn
chaibon ardent en leur feinquVn fecrec
de cette nature, Se les modeftes mefraes^.
^* / siftiepofledoyenc cette qualité au point
extraordinaire auquel la pofTedoit S.
Paul , auroyent beaucoup de peine à le
retenir. Apres cela TApoUre dit' qu'il a
cfté raui : & ce terme mérite qu'on le con-
fidere. Car dans noftre verfion Françoife
nous nous en feruons quelques fois pour
fignifier ce qu'on exprime autrement par
Je terme/fx/?^y?, quand il fe fait vne telle
abftraéHon de l'ame d'auec tous les fens
extérieurs , qu'ils ne font point leurs fon-
aions , & que cependant la fantaific , qui
cft vn fens intérieur, agiflant , on voit des
chofes extraordinaires 8>c miraculeufes.
Ainfi eft il dit de S. Pierre, au chapitre
dixième des A£tes, qu'eftant en la ville de
loppe, &c ayant monté furlamaifoncri-
uironlesfix heures pour prier, îllujfur"
uint vn Ynuïjjcmeht d'effrité c'eft à dire , vn
leltranfportde fon amej qu'encore qu'il
ne dormift pas>fi cft ce qu'elle abandonna
fc8
îesfens externes , ôc que cependant il'v'd.
leàelouuert , & vn ViiJJlaiidefiendanîftr
Ihj comme vngY^nd linceul Iséiarles cjuatre
bouts é' deuâlknt en terre . C e qu i fu r fa n s
doute reprefencé intérieurement à fon
imagination. Ecau premier chapitre de
r Apocalypfe, S. lean, félon noftre veriion
Françoife encore, dit qutlfut yauI enefprït
njn tour de Dimanche ^ & qu il ouït derr.cn
Iny vne gTitnd^ voix comme dvnetromfcttek
Ce qui fut fans doute vne opération ex-
traordinaire de TEfprit de Dieu, qui reti-
rant Tame du Prophète des organes des
fens externes formoic dans fcslens inté-
rieurs des fons de cette nature qu'iis'i-
maginoît ouïr. Et ie' voy que quelques
vns interprètent l'hiftoire que S. Paul
nous rapporte en cet endroit , comme s'il
elloit queflioa de cette forte de rauilFe-
Xîient. Car en fuiuant le plus exaftemené
qu'ils peuuent le fil de la Chronolegie ef>
riiiftoire des Apoftres , ils trouucnt que
cette Epidre a efté ekrite Tan ij. de
J'Empire de Claude. Tellement qu'à
conter quatorze ans en rétrogradant, il fe
trouueraque le commencement en fera
Tan dernier de l'Empire de Caligula , qui
ftit proprement le temps de laConuerfion
2% Sermon L fur le chap. li.
de S.Paul. Ils difentdonc que cela doic
eftre rapporté à ce qui fe crouue au neufie-
ime chapitre du liuredes A£lcs,oiiIefaint
hiftorien nous raconte comment Chrift
apparut à Paul , quand il alloit à Damas»
& que Paulcftant premièrement tombé
à terre j &: puis après demeiîré aueugle de
léclat de l'apparition , il fut emmené
dans la ville, où il fut trr/isiours fans voir,
& fans manger , &c fans boire. A quoy ils
adjouftent que ce fut pendant ce temps-
là, que fon ameeftantcn exftafcrEfpric
de Dieu luy donna les inftru6tions qui
luy eftoycnt neceffaires pour faire les
fondions de TAportolat auquel il eftoit
appelle , 8i entre autres chofcs luy fit voir
cette admirable vifion qu'il nous recite
en cepafîage. le ne m'arrefteray pas en-
core,mesfreres, à examiner cette opinion.
Cela trouucra fon lieu lors qu'il faudra
confiderer ces ^^io\ç:%^fi a fut en corps , tf*
fi ce fut hors du corps , le hc fçAy^ Dieu lejçutt.
le diray feulement que le mot dont TA-
poftre fe fert en l'original , & que nous
auons traduit , ratti ^ a vne particulière
emphafe. Car il fignifie vn tranfporc
reél d vn lieu en vn autre, &: encore qui fe
fait ou auec quelque efpece de violence^
delall aux Cor.^.T.z.'^.f.f, ip
ou auecque grande celdricé. C'eft ait: fi
qu'il fe prend en cec endioic du liurcdes
A<3:es , où il eft dîc que le Capitaine de la
fortereffe de lerufalem craignant que
Paul ïie fuft mis en pièces par les luifsj
commanda que les gendarmes defcendjfint^é'
qu'ils le raïajfent du milieu d'eux , & quils
l*emmenajjeifiten la fortereffe. Q'cïi ainii qu'il
cftprisaudooziemechapicrede TApoca-
lipfe , où il eft dit que le fils mafle qu'anoic
enfance la femme qui cfloit reueiluè" du
Soleil , &: qui auoic la Lune fous î^s pieds»
& vne couronne de douze eftoilesfurla
tefte 5 futrauï à Died^ & auîr.fyied'îceky.
C'eft ainfi encore qu'il eft pris en cet en-
droit de rEuangile où il eft dit que les
troupes vouloyent y mi r rjojlre Se'igrMu r[>ou r
le faire Roy î & ainfi en quantité d'ancres
lieux femblables. Si donc cela s*eft faic
feulement en cette forte de vifion* où
Famé n'eft point efFcdiuement feparée
du corps, mais feulement rauie en exftafe,
au moins faudra- 1- il que i'Apoftre S.
Paul ait creu voir que Dieu le tranfpor-
toit là haut dans le ciel, pour y ouïr les pa-
roles inénarrables dont il nous parle. Mais
quand Ezechiel , au huitième de fes Re-
ueîation5, nous raconte qui! a efté enlevé
i.o Sermon L fut lechap.iz.
de cette façon- là, la main de Dieu Tayant
pris pnrlesLhcucux , de emporte entrele
cid 6l h rcire , dans la ville de ierufalem,
il nous adueiiic expreflcment que cela
s*efl: tàiiaj/js L s v^fiùru de Dieu , a fi n qu*on
ne penîe pas que ç'aic efté vn iranlporc
reci î au lieu que TApodrc île nous dilanc
rien de ccl, il iemble qu'il nous ait voulu
donner à entendre que ce lauiffenienc
a efté vn enlcuement cfFcaif , ou de fon
ame, dans le ciel , ou de f? perfonne toute
entière. Q29y qu*il en foit , car ie n*exa-
Aiiinc pas encore cette qucftion, il dcfigne
icy le lieu auquel il a efté raui, par deux
iioms,a(rauoirle troifiemecitl , &. le Pa-
radis. Et pour ce qui eft du premier, les
Aftronomdsfont vn beaucoup plus grand
nombre de cieux qu'il n'en eft icy dtlîgnc
par noilre ApoftrCé Car ils en aflîgnenc
piveniicrcaient vn à chaque planète , ôi il
n'y a perfonne qui ne fâche qu'il y a
fept aftits qu onappelledece nom. Puis
après ils dilcnt qu'il y a le ciel des eftoiles
fixes, c'cil à dire, qui font tellement ar-
rcllées chacune en leur pbce, que ceux
qui les regardent ne rcmarquentiamais
de changement en leur fituation. Et quoy
qu'on les voyc touiiours en meimc difpo-
dclalJ. mxCor. ^u.i.z, 3.^.5^ zi
fition , à les regarder chacune à part , fi
cfi-ceque parce qu'on a creu quelafpher.s
toute entière où elles font attachées, a en-
core quelque autre mouuement que celuy
qui remporte d'Oriëc enOccidcc en l'efpa-
ce de ving-quatre heures, on en a recueilli
qu'il faut qu'il y ait encore vne autre fphe-
re au deffus, qu'on appelle le premier mo-
bile , &c qui donne i'impulfion à rouies
celles d'au defTous. D'autres qui font venus
depuis. Si qui ont effiyé d'apporter enco^
re plus d'attention que les precedensà la
fpeculation des phénomènes celeftes , fe
font imaginés qu'ils auoyent encore ob>.
ferué vn autre mouuem.em là» haut, qu'ils
appellent d approchement &c dereculementy
ou 5 de trépidation : ce qui leur a fait coa^
elurre qu'il faut qu'il y ait vne dixième
fphere qui le prcduifej&ainfi ils ont faic
dix cieux.Et au dcffjs de ces diXjlesTheo-
logiens mettent encore vn autre ciel im=f
lïîobilejdans lequel Dieu habite en gloire,
ôc où eft la demeure des bien-heuxeuxw
Les Hebrieux n'auoyent point accouâu^
me de reconnoiftre plus de trois cieux;*
Car ils appelloyeat ainfi premiereraca£,
tout cet efpace quieilentre la^furfacc^d^
k terre, 3c ce qu'on nomme ks fphçfe%
B. ii|,
^£ Sermon furie chap, ii^.
celeftes. Ec de fait toute cette eftenduè'-U
s'appelle du nom de cienxen rElcriturc,
coiunie quand les oileaux font fi fouuenc
appelles les oifdvxdcscteux. Et nous-mef-
xnes quelquesfois appelions J/gnes des
aatx les notables impieflîons des nuées,
les météores vn peu extraordinaires» ôi
•les Comètes que l'on croid fe former 8C
s'enflammer dans la région élémentaire,
au deifous di^s globes cii les aftres fonc at-
tachés. Apres cela ils appellent ciel Taf-
iemblagede tous ces globes, commes'ils
îi'en faiioyent qu'vn. Car foit qu'ils ayenc
creu qu*cffe(Sliuement il n'y en a qu'vn, Si
•que les eftoiles s*y meuuent comme les
poifl'onsfe raeuuentenTeau 5^ les oileaux
€n lair ; foit qu'ils ayent eftimé qu'il y en
ait plufieurs, comme de fait ceux d'en-
tr'eux qui fe font méfiés des chofes cele-
ftes, l'ont ainfi creu, &: ont nommé ces
fpheres d'vnnom pluriel, qui dénote par-
ticulièrement leur volubilité , tant y a
qu'ils ne les ont confiderées que comme
vnc feule machine , dans laquelle il y a
plufieurs roués encliaflees les vnes dans
\^% autres tres-artificiellement. Enfin, ils
ont appelle du nom de Ciel le domicile de
)a gloire & de la fclici|é , qui cft au defllis
âe U II. aux Cor. 'y. u i. 3. 4. j" 2.J
<îe tous les autres. Ils ont nommé Tvn le
premier , ôi celuy d'embas : laucre le fé-
cond, ^ celuy du milieu : &: enfin le der- *
nierilsTont nommé le troifieme& celuy
d'enhaut. Dans le premier (ont les nuées,
.& les mcteotes qui s'y forment; dans le
fécond font les aftres, qui enuoycntleur
lumière ^ leurs influences icy bas: dans.
le troifieme font les Anges alentour du
trône de Dieu , pour y receuoir fes corn-
mandemenSc Etc'efl-là où S. Paul die
qu'il a eftéraui. L'autre nom dont il le
nomme icy eft celuy de Paradis. Et ce
moteftné en Orient, les Grammairiens
Grecs mefmes ayant remarqué qu'il eft
Perfien d'origine. Les Hebricux pourtant
s'en font feruis : car il fe crouue en quel-
ques endroits du Vieux Teûament. Les
Grecs l'ont adopté dans leur langage , &:
luy ont donné leur pli ordinaire ôc leur
terminaifon. Enfin les Latins , comme
Ciceron ôç Aulugelle , l'ont traduit va
iardin bien planté ôc bien cultiué. Non
Amplement vn parterre , comme font q.ç.%^
brodçries & ces compare imens qui ne feç-
uent qu'à donner de la récréation à la.
veuë par leurs figures , & leur Tymmetriçs
&^ar la variété de leurs fleurs*- ma^ism
i / S'ermon /. fur le chap. n)
iardin ou vn verger où il y a de toutw
fortes déplantes quiproduifent des fruits
vciles , &c qui donnent du contentement
aiigouft. Ec parce que le iardin d'Eden,
où Dieu mit rhomme en fa création,
cftoit de cette nature , Se qu'outre les de-
lices de la vçuè, il fournifloit toutes fortes
de fruits excellemment bons à manger,
les îuifs Tont nommé de ce nom dePara-
dis , &: les Septante interprètes , qui
eftoyent ïiiifs de nation , fe font feruis de
cejermepour le defignerdans la verfion
qu'ils ont faite du vieux Teftament ea
langue Grecque. Mais après ils ont porté
Tvlage de ce mot plusauant. Car ils onc
ainfi nommé le Heu de repos où font re-
cueillies les âmes des fidelles après leur
feparation d'auecque le corps : comme il
paroift par les formules de leurs prières ôc
de leurs vœux, qu'ils font à l'heure delà
mort de ceux qu'ils eftimcnt gens àc
bien. ^//7^/// , difent-ils , />/.t/ d^^s le Pa^
YAdi: ^O* d.ms le ficcle k vemr. Et derechef,
rjuefon ame iouïjji de repos y ^ que fin dormir
Coït en ffdix : otutrcs-luy les fortes de Paradis.
Et ils appellent ce mefmè4ieulà du nom
de îiirdind' Edcti\ corne en ces mots, ^te
fm amefoit dara kiarmnd'Udxn î & ei>ati«
4e U IL àux Cor. v. il J. 4. f, if
très façons de parler femblables qui ont
oncefté remarquées par les gens doâes.
Non, félon touce apparence, qu'ils ayenc
çfté fi groflîers que de s'imaginer que le
lieu où les âmes des fidelles font recueil-
lies , foit vn iardin femblable à celuy d'E-
den. Gar c'eft vnepenfce plus digne de
Tignorancedu Paganifme, comme de faic
chacun fçaic comment les Payensconce-
uoyent & defcriuoyenc leurs champs
Elifées : que de ceux qui eftoyenc nour-
ris fous la difcipline de Moyfe & dans
TE fcole des Prophètes, qui leur dônoy ent
de meilleures inftruftions. Mais c'efi:
qu'ils ont pris plaifir aux façons de parler
allégoriques, & qu'ils ont crcu , ^n quoy
ils onteuraifon , qu'ils ne pouuoyenc re-
prefenter la félicité de ce lieu par vne al-
légorie plus conuenable , que par celle de
ce délicieux iardinquiauoitefté aucom-
mencemenc formé de la main de Dieu
pour y rendre l'homme bien- heureux. Et
de faic quelques auteurs attribuent aux
Efféens, qui eftoit vne fefte d'entre les
luifsjdes allégories de cette nature. Sur
quoy qu'ils fe (oycnc fondés , lefus Chrifi:
& (es Apoftres fe font feruisdecererme
de Paradis pour lignifier le lieudelafeli
tt<f Sermon Lfur le chàp. \z.
citécelefte,où les efprits desfidelles ioxxt
recueillis aprcs la mort. Car vous {çaués
que noftre Seigneur parle ainfi au larron
qui (e conuerric à fes coftés , comme il
cftoit en la croix : Tu feras diuiourd huj auec
^noy en Paradis, Et au deuxième de l'A-
focalypfe il dit : Aceluyqui vaincra , ic luy
donner ay a mar.ger de Harhre de vie , qui tfi
au mille H du F ara dis de mon Dieu. Et S.
Paul , comme vous voycs icy , après auoir
dit qu'i/rf ((le raui au troijieme ciel^ qui eft
fans doute Je lieu de la gloire & de la feli-*
citéj adioufte qu'il a e Hé raui en Paradis^
pour figniEerla mefmcchofe. Et décela^
mes frères, on peut rendre deuxraifons.
La première eft, queChrift&fesApoftres
.fî'cnt point fait de difficulté de fç feruir
des façons de parler qui eftoyent yfitées
en 1 Eglife luda'ique , non plus que de la
monnoyc qui auoit cours de leur temps.
Ce qui paroift non feulement en ce que
noftre Seigneur s*eil ordinairement nom-
mé/f Fils de l'homme^ &c qu*il a appelle fpn
Eglife, & l'eftablifFement de fa Religion
en la tcri e, le Royaume des deux , façon de
parler dont les luifs fe feruoyent commu*
nément pour nommer le McflSe qu'ils at-
tcnJoyentj ^ la reuelacion de foo rcgne;
'de U IL auxCof* v. h%. j] 4. y] 4^
inais encore, qu'il appelle de ce nom de
géhenne le lieu où les démons 8c les dam-
nés doiûent eftre tourmemés:parce qv'en-
core qu'il fignifie proprement la vallcede
Hinnon, lieu qui n'eftoit pas fort efloigné
de la ville de lerufalem, fi eft-<:e qu'il
cfloic alors ordinairement employé pour
fignifier ce que nous appelions les enfers,
où font les amcs damnées. La féconde eft,
que la chofe mefme donnoit vn fonde-
ment affés authentique à cette appella-
tion. Car c cft vne chofe affés ordinaire
que les noms des types font donnés aux
chofes qu'ils reprefenccnt, Se au contraire,
quelesnonisdes chofes reprefentées, fonc
employés à la fignificaiion 4es types.
Comme vous fçauésqueS. Paul appelle
noflre Seigneur lefus Chrift de ce nom de
Ta/que , & qu'il nomme du nom de Cbrifi
le rocher dont leys eaux découlèrent au de«
fert. Or on ne peut pas douter que le
Paradis terreftre n'ait efté vn type de ce-
iuydu Ciel. Dans le premier , l'homme,
s*il fuft demeuré en fon intégrité deuoit
eflre immortel : dans le fécond, la vraye
immortalité eft deftinée aux fidellcs.
I)âns le premier , Thomme deuoit iouïr
d vne félicité terrienne : dans le fécond
^8 Semon L ' fur k chap. {i]
tious en attendons vne celefte. Dansle
premict , l'Iiomme dcuoit eftre rempli
dVî. : parfaice fainte4:é , mais naturelle
pouitanc : dans le fécond, noflre fainteté
doit eftre 8^ parfaitement accomplie ê£
furnatiirelle tout enfemble. Dans le pre-
mier, Thommc deuoit auoir laiouïflance
de toutes fortes de contentemens corpo-
rels : dans le fccond nous aurons la pof-
(edîon de toutes fortes de délices fpiri-
tuclles. Et quand noftte Seigneur lefus
Chrift parle de Tarbre de vie qui eft au
milieu du Paradis de fon Dieu , \\ a fans
doute quelque égard à cette reprefenta-
tion typique , &à ces rapports alkgori-
cjuesquiionc entre le premier Paradis U
le fécond. Q^lques vns ont dit que les
quatre fleuues dont il eft parlé dans la
dcfcription de TEden^au commeacemenc
delà G6nefe,& qui fonoyentd'vn mef-
jne principe pour arroufer le iard-in ,ont
repiefentéla Sapience, la luftice, la San-
ftification &: la Rédemption que hous
auonsennoilce Seigneur lefus Chrift, ôé
qui coulent deluy comme de leuryniqiie
(ôurce. Et de fiic , bien que ces cbofes- là
loyent commencées à m.anifefter êi à
çommimicjuer en cette vlç j nous n'ca
âe la Jl L àHx] Cor, v. h 2. j, ^ . j. â^^
aurons pourtant ny vne entière iouifTan-
cCjny yneparfaicereuelationfinon quand
nous ferons là haut au Ciel. Mais fi ces
fleuues ont eu cette fignificacion typique,
ou s'ils ont elle deftinés à reprelentcr
quelque autre chofe dans la fciicitë delà-
haut, c'eti: ce que ie ne prétends pas main>
tenant examjuer, parce que cela eft trop
abftrusvSc tropefleué^Sc que icmetuisaf-
fezeftendu là-deflus pour expliquer la fi-
gnificationdece terroe&pouren rendra
la raifon. Cela feroit inutile à mon de(-
fein ,qui n'cil linon d'incerpreter 1 hiftoi^
redece miraculeux rauiiïciinent de faîne
Paul 5 qui peut fore bien eftre entendue
fans nous ietter fi auant dans les chofes
qv/œil n'a pointveuèSjqu oreille n'a point
ouïes , Se qui ne font point encore mon-
tées au cœur d*àucun homme viuant. îe
ne pafieray pas mefmes aujourd'huy à la
confideration du refie de cette hilloirey
où TApoflre dit qu'il a ouï des paroles iné-
narrables, &c qu'il efl impoifible aux hom*
mes de raconter, parce que la matière en
cftfi ample qu'elle ne pourrait edre con-
tenue dans le refte de cette adlon , &c
qu'elle mérite bien qu'on ne paflepasàk
légère par deiîus : de forte qu'il np me
^d Sermon /. fur le châp, îU
refte plus (inon à tirer quelques fruits des
chofes que vousaucs entendues, pour les
appliquer plus paniculieremenc à noftre
commune édification. Vous voyés, mes
frères, que i'Apoftrea eftéfujetà l'enuie,
à la medifance,àla calomnie & aux autres
chofes fafcheufes &: importunes de cette
nature 3 qui ont accouftumé d^eftre pro-
duites par la paffion. De la part de qui
donqueseft-cequ'illes a expérimentées?
Eft-ce de la part des Paycns > Ils l'ont à
la vérité perfecuté. Mais ils ne luy por-
toyent point d'enuic,& leurs perfecutions
confiili^yenc en prifons, en bactures, 8^
en autres femblaoles infultes que TApo-
ftreprenoit à gloire, parce qu'il lesendu-
roit pour le nom & pour la vérité de
Chrift. Du refte, ils neprenoyent pas à
tafche de le déchirer par leurs decra-
dions, ny n'efpandie le venin de leurs
langues fur fa réputation. C'eftoit de
la part de ceux qui faifoyent pro-
feflîon d'eftre Chreiliens qu'il auoit à
fouffrir tous ces meconteniemens là, 5c
vous pouués croire, fieres bien aimés,
qu'il luy en cftoyent beaucoup plus fenfi-
bles. Car on n'eft pas furpris de fc voir mal
traitcé par ceux qui fc déclarent ouuec^
de la IL Mx Cof. v. i. 2. j, 4. f. jj
tcmenc ennemis. Mais de ceux quifedi-
fenc frères, qui font profeffion dVne
mefme religion, de qui on deuroit atten-
dre toute forte de fupport &de confola-
tion 5 fe voir harcelé & diffamé , c'eft ce
qui met la paticncedVn homme de bien à
vne merueilleufeefpreuue. Mais encore
quels Chreftiens > Sont- ce de ceux du
commun , & des gens de condition po-
pulaire ? Non. Ils fe difent Miniftresde
lefus Chrirt, lofent bien faire conîpa-
raifon de leur Miniftere auecque celny
de S. Paul : ce qui rendoic encore fans
comparaifon la morfujre de leurs calom-
nies plus doulourcufe. Et c'eftoyent fe$'
grands dons qui luy attiroyent tout cela*
Car fi ces gens n'euffent rien veu en luy
d'extraordinaire & d'éclatant, ils rcuffcnc
laiffé en repos. Mais parce que lafplen-
dcur de fes vertus de de fa réputation
eftoit grande enlEglifede Dieu, ils ne
la peuuent fupporter , Se autant qu'ils
peuuent ils laterniffbnt. Et cela niefme
eftarriué à noftre Seigneur lefus Chrift.
D'elles-mefmes les troupes auoyent de
Finclination à ladmirer , & de hit quand
elles fuiuent leurs propres mouuemens,
elles luy donnent des acclamations, ôc
"^i Se^mcn L fur le chdp. Xi?
rcmpliflcnc toute laludée de !a celebratio
de fesloLiâges.C'eft par les Sacrificateurs,
par les Doàeuts'dc la Loy , par les Phari-
fiens ,par les Gouuerneurs bc les Condu-
fteurs de IaNaiiô;que le bruit de fesaûiôs
miraculeules ofFenibic, qui par l'autorité
qu'il acqueroit parmy le peuple d'Iiracl,
voyoyent la leur fe diminuer &: fe fieftrir,
qu'il ert fieilrangement perîecuté, qu'en
finilsTamenent àfouffrir vne croix igno-
minieufe. D autres feruiceurs de Dieu que
S. PauL ont encore paffé parla; & ce que
Chryibftonie a eu à endurer en Ton temps,
ne luy eft pas venu des Payens, ny du
commun des Chrefliens, parmy lefquels
ilciloit en quelque efpece d'admiration:
ç'ont cflé les Euefques mcfmes qui onc
efté ou les auteurs ou les miniftrw Je fes
peilecutions , & qui ont porté les Puiflan-
ce , ou qui ont efté leurs inftrumens, à
l'expulîer ignominieufement au lieu où
par fonincôparable éloquence, & par ion
extraordinaire fainteré , il eftoic en fouue<
rame édification à TEglile. Et en tous
les fiecles qui font venus depuis il y en
a toufiours eu quelcun , que la Prouidence
de Dieu a permis qu'on exerçait de la
mdixi^î forte. Tellement que s'il y a quel-
cun
àe la IL aux Cor. i;. /. z. 3. 4. j. j^
cun qui foit fojet à de femblables accidens,
il a vne grande madère de coniolailon
de voir deuanc (es yeux de (i illuflres 1
exemples. Car û Chrift , fi S. Paid , d
Chryioftome , donc les venus ont elle
louca fait incompaïubieSj chacun en fon
temps Se en foh rang , n ont pas cfté
exempts de la calomnie de la pan de ccuX
de qui ilsdeuoyent attendre de rcitime,
delarecommandaLÎonjdela vénération,
&deradmiration,pourquoy ceux qui leur
font infiniment inrcrieurs fe fcandaîife-
roncils de le voir expofés à lamédiian-
ce? Mais comme il y a n)atleie de con-
folation en cela, ilyaaulTi certes dans
la façon donr ils fe lont compoués en
ces lencaiions-là, beaucoup de matière
d'inftfudion pour les fidcliesMinifties de
TEuangile, S.Paul, comme vous Taucs
veu en ce que nous vous auons rapporté
de luy au commencement de cette adion,
défend Tautoriié de ù charge contre
ceuxquilavouloycnt abbaiffcr. Et il le
deuoit faire, par cequ'ily alloit de Tin-
tereftde noiUe Seigneur qui la luy auoic
comrnife. il a foin mcfmede maintenir la
bonne réputation de fes qualités pcrfon-
heîles : ïc encore en cela il auoit railoiiô
^4 Serrrion f.jur le chap. ïïI
Car outre qu'il ell de la iuftice delà Na-
ture, d'oppofer en telles occurrences la
vérité au menfonge ,& de conferuer en-
tre les viuans la bonne odeur de Ton nom,
&: meftnes de laiffer des monumcns da
fon innocence qui puiflenr eftre connus
parlapofteritc > il y alloit de l'édification
del'Eglife de Dieu, quelon trauerfoiccn
calomniants. Paul, & en imprimant des
fleflrifliires fur l'honneur de Ion minifte-
re. Encore donques qu'il fuft refolu à.
marcher toufiours conftamment en fa vo-
cation , parmy honneur bc ignominie,
parmy diffame ^ bonne renommée, 8^
qu'il lepratiquafl: efFeftiuement , fans que
toutes les trauerfes qu'on luy donnoit le
retardaffent aucunement en la carrière de
iEuangile,fi eû-ceque , comme vous
voy es , il ne s'abandonne pas foy mefmej
maisil maintient larenommée de Tinte-
grité de fa conduite, & laifledans fesdiui-
nes Epiflres des cnfeignes de ce qu'il
eftoit , afin que la mémoire en demeure
iufques à la confommation des fiecles.
Neancmoins il le fait en telle forte qu'il y
garde vne grande modeftie & vnefingu-
Jiere modération d'efprit. Il elloignede
Iby le plus qu'il peut le foupçonde l'or-
Je Uj h dUxQou V, %, 3. ^. 5; 5/
gueil & de la vanité, & tafche de cohtrain.s
dre fes ennemis ôd fes enuieux mefmesà
reconnoiftrc qu'il eftoit tout autre qu'ils
nefes'imaginoyenc , ou qu'ils ne leyou-
loyent faire croirçàux autres i& donne
ainfià tous ceux qui viendront apresjvne
admirablement belle leçon de leurs de*
portemens en pareilles occurrences. Il
cft vray, mes frères^ qu'il eft quelquesfoi^
difficile de vaincre fur lechamplaitiâlicé
de la calomnie , &: de furmonter les ârtifi^
ces ào. iç.% ennemis. Quand noftre Sei-
gneur parle de foy vn peu auantageufei
ment, les luifs luy reprochent qu'il fc
-rend témoignage àluy-mefme , &, difenê
quefon témoignage n'eft point digiie de
foy.Qiand S. Paul raconte les chofes,qu0
Dieu a faîtes par luy ou pour luy dafts
l'exercice de fon miniftere , fesaduetfai-
res l'accufent d'imprudence, 5^ mefmes
de vanité. La confiance, la magnanimité^
la liberté de parler, a paiTé pour orgueil en
Chryfoftome, &eft arriué à plufieurs au-
tres que les chofes mefmes qu'ils difoyenç
pour (eruirà leur defcnfe, leur ont èfté
tournéesàblafme par leurs ennemis. Mais
tarityaâilfaut toufiours faire fon deùoir;>
en imitant les vettusdu Seigneurlefuséè
G ij
^ê Sermon Ljur le chap . 12 ;
la conduite de ks Apoftres, Ec bien que
la malice de quelques- vns fe monftrc
) obftinéeô^inuincible, il ne faut paslaif-
ferde direjcommefauicy S. Paul, ce qui
en feruanc à la iuflificacion dcnoftrein-*
nocence, peut oucrc cela concribucr à Te-
dificaiion du public. Ec comment cft-ce
quV concribiië ce que noftre Apoftredic
icy r'CerceSjmes frères , il illuftre la gloire
du S. Euangile. Car quelle feue de Phi-
lofophes , de celles qui ont eftc le plus eh
réputation dans tous les fiecles , le peut
vanter d'auoir eftc confirmée par de
femblablesvifions? Quelle religion, par
iqui qu elle ait efté inftituceja eu des féaux
il magnifiques & fi authentiques deladi-
uinité de fa reuelation ? Moyfe , ccrteSj
a bien monté fur la Montagne , &: y a eu
de fort eîlroirtes communications auec-
que Dieu. Mais autre chofc eft la mon-
lagne de Sinaï , & autre le troifieme ciel:
autre les commandemens dont Moyfe de-
uoit former le corps de la Loy, Vautre
ces paroles inénarrables. Outre cela , il
releue l'Apodolat de ce grand fcruiieur
de Dieu j 6c le icnd ie ne fçay comment
plus efficace à la confolation èc àTedifi-
tatio€idcs Gentils j à qui noftre Seigneur
Ma Ih aux CoK T. /. 2o j • ^. j. ^>
suok particuUcreraent deftiné rçmploy>
de (on miniftere. Ec il nous importe qu'il
foie honorable, 8ç qu'il paroiiïe que nos
anceftres onceftc conuertis par yqhom-
mequeDieua cfleuéd'vne façon fi admi-
rable,qiril l'a bien voulu admettre à la par»^
ticipation des chofes incomprehenfibles
qui fedifent en fa prefence dans fonTanT
âuaire de ià'haut. Enfin , bien que cela
foie arriué au feul S.Paul , 5^: que BQus
D'en voyons point d'autre exemple , fi
eft- ce qu'il ne laiflê pas de nous four-
nir loccafion de faire reflexion fur nous-
mcCrocSy Se (ut les auangoufts que Dieu
Rous donne dés cette vie delà félicité ce-
kfte à laquelle nous afpirons. Car il ne,
nous rallie pas au ciel à la veriic, niais il faiç^
defcendre le ciel en nos cœurs , par Ics^
preffentimens qu'il nous donne de fon
éternelle félicité, ôc par lesafieurancesde
îîoftre bénite adoption , qu'il imprime
dans nos confciences. Comme donques
S. Paul s'e(t glorifie en Dieu de ce qu'il
Tauoit enleué en Paradis , glorifions-
nous en luy de ce quila la bonté de mettre,
le Paradis en nosames. Mais comrneil
s'en efl:> glorifié en D/eu feul ^ donnons,
pareillement à noftre feul Rédempteur îa>
54. Sermon K fur le ch4p. t2.
glcirc de noftre confolation &: denoflrr
çfpcrance. Comme S. Paul s'eft foulage
en fes ennuis par le fouuenir de ces diili-
jnes reuelations j adouciflbns ramertumé
de nos afïli£tions par le fentiment que
Dieu nous donne de fa paix : & comme
S. Paul a pris cette fienne exaltation la-
haut , pour vn préjugé de fa refurreftioU
d'encre les morts, 8c de fa glorification
dans le ciel ; prenons les afTeurances que
Dieu nous donne de fa dileftion en noftré
Seigneur, pour des arres indubitables dé
la participation de l'immortalité glorieu-
fe. A Dieu, qui nous en a donné l'efpe»
rance, Pere^ Fils &: S. Efprit, vn fcul Dieu
benic éternellement, foit gloire, force, fi^
empire aux fiecles des ficelés, AM£Ni
K.
3>
SERMON SECOND
SVR CES MOTS,
£t a oui des pneles w en an allé s y ^ qu'il
neji -pofihUd homme de raconter.
FR.EKES BIEN-AIMEZ EN NCSTrS
$£1 GNtVR.
L'Apoftre S. Paul efcriuant'aux Ro*
mains, en ronzieme chapitre del'Epiftre
qu'il leur a addrefîee , après auoir parlo
deladiuerfe difpcnfacioa de Dieu enuers
lesluifsô^ enuers les Gentils jcommenE
ayant laifle cheminer ceux-cy en leurs
vbycs , il a appelle les autres à fa connoif-
fance par reftabiiffemenc de fon alliance
au tnilieu d'eux: puis après , de la vocation
des Gentils, & de la rejcftion des luifs,
comment il a fait prefcher cfficacemenc
fon Euangile à ceux-là , U a retranché
ceux cy de Tes alliances; & enfin , de Tef-
perance du rappel àt% luifs après que la
plénitude desGentils fera entrée,s'efcrie,
Ù prcfândeur des richejjes ^ de la /i:ipkme de
lyieH \ ^efes ingemensfont incowprehen/d^
blés y ^fes voyes mpofibles à tr&ufier î Cej|
f o Ser mon Ihfur h châj. it:
à dire que ce grand feruiteiir de Dieu
v'oy.Tnt qu'il n'y auoic pas moyen de ren-
dre les raifons de la conduire de laPrpuU
dence de Dieu en cela, parce qu'il ne leis
auoitpas rcucices, il s*arrefl;e là comme
fur le boî d d'vn abyfme qu'il eu impofll-
ble de triuerfer ny de fonder, & que qui le
ToudroitcfTayer ,fe ietrcrolc endesfpe-
Gulafions, ^(c precipiteroit foy-mefme
en des profondeurs où il ne manquefoic
pas de fç perdre. Peut eftre, mes frères»
^u'il ne (croit pas fi périlleux derecher-»
cher quelles ont cftc ces paroles que TA-*,
ppflre ^ oujes en Paradis : mais neanc-
^oir^s on peut dire ceriameroent qu'il fe-»
joit autant inutile. Car puis qu'il dit icy
luy mefme qu'elles font inenarrables,«&:
Cju'i! eft impoffible à qui que ce foit d'en-
tre les hommes de les raconter , à quoy
pourroit enfin rcuflir la curiofité de les
Luoir, fînon à ce qui reùflîc de tafcher
d'approfondir àts abyfmes qui n'onc
point de fond , ou d'effaycr à mefurer des;
choies qui font infinies D Mais quand il y
auroic en cela plus d'efperancc defucccs
qu*il n'y en a , il ne faudroit pourtant pas
y lafcher la bridç à fa curiofité ; parce
qu'en toutes çhofes la modcftie eft vnc
le U JL aux Cof] v. {. z, 5.' 4. fl ^X
des plus belles qualités de refprit hu«
main : qu*elleeft requife fur tout en ceux
qui interprètent la Parole de Dieu, de qui
quelcun des Anciens a dit qu'ils nedoi^
uent pas eftre hardis: ^ qu'après vn tel ad-
uertiflement qu'eft celuy de S. Paul en
cet endroit , vouloir aller au delà de ce
qu'il nous en a reuelé , ce feroit vne temc-
rité puniflable, le feray donc brief icy/
parce que mon texte ne me fournit pas le
(ujet de parler long temps, ôç que ie ne
prends point de plaifir à foriir hors des
bornes du thème que ie me fuis propofés
Se particulièrement ie tafcheray,moyen-^
nantla grâce de Dieu, d yeftrererenu&
circonTpcÊb, pour ne mettre pas le pied,
comme dit noûreApoftre en quelque lieu^
dans les chofes que ie n*ay point" v eues/
La première ehofe qu'il dit icy,mes frereSj,
c'eftqu'ilaouï : &^ vous voyés comment
nos perfonnes font compofées. Outre les
puifiances de nos âmes, & les fens qu'on
appelle intérieurs, nous en auons d'exté-
rieurs au nombre de cinq , à fçauoir i ouïe,
la veuc, le flair, le goiift, 3c lattouche-
ment. Or de quelque façon que ce rauif-
fementfe foit fait, (&S. Paul ne décide
f oint fi c'eft en corps ou hors du corps , )
t^i ^Sfrmon II. fur le chap. iZ
le toucher n'cftoic pas vne faculté qui
âeuft icy exercer fes opérations. Car c elt
vn fcn$ trop matériel & trop charnel ; les
objets qui s'y rapportent font trop grof-
Cers,'&: les voluptés qu'ils canfent quand
on les reçoit , font trop ammafes , pour
pouuoir trouuet lieu dans les lieux celé-
ftes. Le gouft n'y eftoit pas propre non
plus:car c'eft vne efpeced'attouchement,
&c par confeqnent ileft matériel comme
luy , & au troifieme ciel on ne boit point
Se on ne mange point. Et quant à ce
que noftre Seigneut dit qu'au royaume
des Ci eux nous /crcns afts a table auec
j^brahaWy Jfaacd^ lac oh , & qu'à celuy qui
vaincra , il donnera a manger de la manne
cachée X & du fruit de C arbre de ve quiejl
au milieu du Paradis de fon Dieu, ce font des
façons de parler fymboliques, qu'il em-
prunte des chofcs qui fe font en la terre,
pour nous reprelenccr celles du ciel , qui
font d'vne nature toute difFerenie, Se
qu'à caufe de noftre foibleffe, il feroitab-
foîument impoflible que nous peuflîons
comprendre autrement. Le flair mefme
ij'y eftoit pas bon. Parce qu'encore que
ce fens foit plus délicat , & en quelque for-
te plus fpiritucl Quç, les,deux aucres^fi vo«s
ifc k IL aux Cor. y. 1.2.$. 4. f^ 45
le comparés aueceux, fi eft -ce qii'à le rc--
garder ablolu me ne en luymefme , il ne
lailTe pas d'eftre matériel. Ec de plus , les_
bonnes odeurs, qui font les objets qui s'y
rapportent 5 font des qualités qui s'exha-
lent dVne température Se dVne co£tion
bien parfaite des elemens , quand la cha-
leur du Soleil les a excellemment bien &
îneflés& digérés dans les corps quife font
formés de leur compofition. Or iln'y a
point là- haut d'elemens de la nature des
noftres, Se il ne s*y en fait aucun mellange
dans la compofition des corps. Auflî cft it
certain que ce fens-là tient beaucoup de
cette condition naturelle Se animale qui
doit eftrc abolie en nous lors que nous fe-
rons rendus capables de la demeure da
Ciel. Mais pour ce qui eft des yeux , c* eft
vnfens fifpirituel Scû noble, & fi propre
pour acquérir la connoiflancedeschofes*
qu'on pourroit icy s'eftonner comnient
l'Apoûre n'en fait point de mention i veu
principalement qu'il y a là- haut des objets
vifibles 5 <gui luy pouuoyent donner beau-
coupdc contentement, Scluy caufcrvne
fouueraihe admiration. Quelques célèbres
interprètes de la Bible trouuent icy quel-
que chofc de myfterieux. Car ils dlfent
'4 4 Sermon II. fur le c^dp] t^
que cette vifion , & la narration que l'Aî
poftre nous en faic , ont eue difpenféesi
d'une façon accommodée à la façon de
Liquelle Dieu noii^ communique fa con-
iioifrance par (on Euangile : Se qu'il y em-
ployé non pas Içs yeux, mais louïe/elon
ce que noftre Apoftre dit au chapitre cin-
quième de cette mefme féconde Epiftre
aux Corinthiens, que »or^s che?mmnsfar
fiy,& non point par veu'é. Ec ilsy obferuenc
mefme vne différence confiderable entre
Moyfe&S.Paul. CarMoyfe, quandil
cftoit fur la Montagne, n'oyoit pas feule-
ment \ç.s chofes qu'il dcuoit rapporter au
peuple par le commandement de Dieu,
ilvoyoitaufli le modelle de celles qui de^
uoyent eftre conftruites&pratiquécspour
le Culte de la Diuiniré fous cette alliance»
là. La raifon de cela efl: qu'il a deu eftablir
yncReligion dans laquelle nonfeulemenc
les Ifraelices deuoycnt apprendre par
louye les chofes qu'ils deuoyçnc fauoir,
mais où ils en deuoyent encore voit
d'autres cfquelles le feruice de Dieu auoic
àconfifter. Aulieu que quant à F Apoftre
S. Paul, le grand Prédicateur delanou»
uellç Alliance , il a cfté efleuc au troifie-
«le ciel, qui furpafle en dignité &cn ele-
de U 1 1 aux Cor. v.i.i.y^.f, ^
uacion la montagne de Sinaï , autant que
TEuangile de Clirift eft plus excellent
que l*âlhance légale. Mais il a ouïTeu-
lemenc s & n'y a rien veu : parce que TE-
uangile deuoiccftre communiqué a Tea-.
rendement humain, par l'ouïe ôr non par
la veuë. Pour ce qui eft de la comparail'oa
de MoyfeauecS. Paul, nous en parlerons
tantoft : & quant à celle des deux reli-
gions, il eft certain que la religio quia eftê
eftablie par l'alliance de la Loy , cftoit
incomparablement plus charnelle &" plus
vifible que celle qui nous a cfté reuelée
par TEuangile. Car le Tabernacle , U les
Vtenfiles qui y eftoyent, àc les viclimes
qu'on y oflFioit, & généralement toai ce
culte-là 5 eftoit non feulement veu des
yeux, mais pouuoit eftre manié des mains,
& eftre l'objet de tous les fcns te de tou-
tes les puiflances corporelles. Au lieu que
maintenant comme Dieu eft vn Ëipric»
nous l'adorons^» effrit&en venté -, felori
que nous y fommes erifeigncs par noftie
Seigneur lefus Chrift mefme. Et bien
que les Sacremetis qui font vne partie du
feruice de Dieu paimynous , aycntefté
iiiftituez en des clemens qui tombenc
fous les fens du corps , U particulieremérie
i^G SermonlI.furlechap.il.
jfous les yeux,c'eft neantmoins peu de cho^
fc que cela en comparaifon des inftku-
tions légales. Lafûj^ , dit noftre Apoftre,
epfar louïe , ^ louïe eB far la Parole dé
/)/>//. Et c*eft la prédication de l'Euàngile
qui eftappellée/^/»/;;//?^;'^ del'Efprity par-
cequec'eft le moyen duquel Dieii feferc
pour amener les hommes à la connoiflan-
ce deChrift , & du falut donc il nous a
donné les promeffes. Et ceminiftere,
qui fe rapporte à nos oreilles , durera
jufques à ce qu'eftans venus à lefFeftiuc
poflertion de ce grand falut , nous che-
minions non plus par foy, mais par veuè",
Neantmoins, fi ce rauiflemenc auoit efté
exécuté pour quelque telmyflere que cela,
il femble qu*il euft efté à propos de le dif-
penferd'vne autre forte. Car il euft fahi
que S. Paul euft & ouï & veu , parce que
nous oyons maintenant, & que aous ver-
rons quelque iour. Mais il euft efté con-
ucnable que les paroles qu'il a ouïes euf-
fent peu fe raconter, pour fignifier que
1 Euangilc nousdeuoit eftre reueléparla
prédication; & que les chofes qu'il euft
vcucs n'euffent peu fe reprefenter : pour
nous donner à entendre que la gloire de
là haut nous eft abfolument inconuc iuf-
Je U IL aux Cor. nj. ï. %. 3.4. {. 47.
quesà ce que nous en venions en louiffan-
ce. Pour moy,ie ne fcrois pas difficulté de
dire que TApodre S. Paul a & veu&ouï
des chofes[inenarrables. Soie que ce trapf-
port aie efté fait en corps , ou qu'il ait efiê
fait hors du corps,il ne pouuoit auoir la fa-
culté de Touïe en eftac a écouter des parc*
lesinenarables, qu'il n'euft celle delà veue
en eftat de voir àtî chofes de mefme con-
dition. Mais iecroy qu'il ne fait mention
que de l'ouïe feulement, parce que ce qu'il
aveu , il rie l'a veu , qnelqueglorieux qu'il
fuft, (iRon, par manierede dire, par acci-
dent feulement , parce qu'il ne pouubic
cftreenleué là-haut fans y voir des chofes
èmerueiliables. Niais ce qu'il a ouï , c'a
efté d'vne autre façon , parce qu'il a efté
enleué exprés pour ouïr des paroles iné-
narrables qui deucyentcftrediredemenc
addrefféesàfaperfonne. Car il eiitoutà
fait vray fembîable , que c'eft à luy que les
voix celeftes ont parle. Comment qu'il en
foit de cela, il dit qu'il a ouï des paroles.
Quelques vns tournent icy des cbojls, Ee
à la vérité il ne peut pas eftre contcflé
qu'en la langue Hébraïque , dont le Nou-
veau Teftament imite ailés fouuent les
locutions^ Yn mefme înot signifie &: des
^8 Sermon IL fur le chap. ïi;
chofes 5c des paroles. Et quand il eft dît
^ue f homme ne "vit f as feulement du ^ain^
mais aufi de toute parole qui procède de U
bouche de Dieu ; c*cft pour nous donner à
entendre qu encore que le pain foie U
nourriture ordinaire des mortels , fi eftce
que Dieu n'y a point tellement attaché la
Vertu de nous nourrir, que toute autre
^/^^/? ne foit capable de le faire, quand il
plaira à Dieu de Tordonncr pour cela. Eç
la raifon eft bien aifée à dire pourquoy
vn mefme mot , entre les Hebrieux , fert
à fîgnifier&. les paroles &:les chofes éga-
lement. Car les paroles font inuentées
pour rcprefenter les chofes , & ne feruent
linon à cela. Et les chofes nous fcroyenc
abfolument inconnues fans le feruice des
paroles : au moÎRS certes celles qui ne peu-
ucnt eftre apperceuës par nos yeux. Celles
que nous poLiuons voir pcuuentbien eftre
connues p^r nous fans qu*on nous en par-
le. Mais celles qui font ou de leur na-
ture inuifibles^ oudiftantes de nous de
tant d'interuallc qu'elles font hors delà
portée de nos yeux, ne peuuent entrer
dans noftrc intelled que par le minifterc
de la paiole, quand elles nous font rap-
portées, ou expliquées par quclcun. Eç
de U 11 ^tix Cor. ô;. t. ]. 4, f. 4^
quand ces deux chofes là fonciointesen-
femble, elles sVniflent par rvfage , & par
manière de dire, s'incorporenc de celle
façon, que lesparolesfoncprifespourJes
chofes mefmes. Se qu'on leur attribue les
avions, & les mouuemens, 8c les opéra*,
lions qui ne conuienneni finon aux chofes
febjement. Ainfile Nom de Dieu eften
l'Efôriture fainte pris pour Dieu mefme,
de dans le Nouueau Teftamcnc les mira-
cles font attribues au Nom deChrift,com-
me (î c'eftoit luy qui les fift. lufqueslà
que là où les paroles manquent, les chofes
(ont en la parole de Dieu quelques fois
prefumées manquer, Se les Apoftres fon-
dent des myfteres là-defTus , comme en
l'hiftoiredeMelchifedecCardauiât qu'au
liure de la Genefe, où il eft parlé de luy li
n eft rien dit ny de fon père , ny de fa mè-
re, ny de fa naîffance, ny de fa morr, T A-
poftre en l'Epifire aux Hebtieiix confide-
re cela comme fi efFcaiuement il n'auoic
eu ny père ny père , Se qu'il euft efté fans
commencementdeiours&:fansfinde\iej
afin d'en former vn type qui fe rappor-
tait à la perfonne & à la charge du Sei-
gneur lefus* Ce n eft pas qu'il fe face en
cela quelque chofc de femblable à ce que
D
. jfo Sermon IL fur le chap. lil
les Magiciens ou les fupetfticieu5{ s*imagi*
iicncny qu'à la prononciation qui fe faic
de quelques paroles , ilfepuiire par leur
vertu produire des effefts miraculeux ôc
furnacurels. Soie qu'on les efcriue oa
qu'on les prononce,ny les voix articulées,
ny les carafteres imprimés , n'ont aucune
vercu que celle de leur fignificacion. En-
core ne l'ont ils pas d'eux-mefmes, mais
de la volonté des hommes, & du confeii-
tement des nations. Ce n'cft pas encore
qu'il s'y trouuc rien qui approche de ce
que ceux de la Communion de Rome
attribuent aux paroles de l'infticution de
la fainte Cène , dcfquelles ils difent qu'el-
les ont le pouiioirde conuertir la iubftan-
ce du pain &: du vin en la fubttancc dti
corps & du larg de noftre Seigneur Icfus
Chrift. C'eft vncimagination qui ne s'ac-
corde pas auecque la Parole de Dieu , qui
choque l'analogie de la Foy , qui renuerfe
le dileours de la Raifon , &l qui dément le
témoignage Se la dépofuion des lens mef-
mes. Ce qu'il y a de plus remarquable en
cecte vnion des paroles auec les choies,
ceft qu'elle le fait à peu prés comme ccUc
d'vn verre tranfparcnt aûec vn obiet vi..
lîble que nous concemplons au traucrs*
âela IL aux £or. "v. /, 2. 3. 4. y, jx
Car comme encore que le verre foie pluà
jprochede nos yeux , fi eft-ce que c'eft
propremenc furl'obiecmefme que noftre
veuë fe porce, 8c qu en fon operacion nous
ne faifons prefque aucune confideratioh
du verre, bien que ce foit par fon entre-
iîiifequc nous apperceuons l'objet : Ainfi,
bien que ce foycnc les paroles qui tou-
chent immédiatement nos oreilles, & que
les chofes mefmes n*y entrent, àc ne vicn-
iicnc iufques à nos entcndernens^finori
par le véhicule des mots, fi eft-ce que nos
cfprits ne s'arreftent prefque point aux:
mots , & fe portent direÛement fur les
chofes qu'ils reprefentent. 11 eft donc
comme indiffèrent détourner ce motpac
celuy de chofes ou par celuy d^j^^rales, de
neantmoins ie croy que nos interprètes
ont fort bien fait de s*arre.fter à ce dernier*
Car prertîieremenc , fa première de pluS
propre intelligence eftdefignifierdes pan
roleS : or il ne fe faut point départir de la
propre fignification des termes, fi l'on n'y
cfl: obligé par quelque neceffité. Puis
après, bien qu'on puiiTe dire, t'ajf ouï des
chofes^ fi eft- ce que ce terme d'ouïr, Se ce-
luy de paroleSîOac vn plus naturel rapporc
Tvnà rautre,que cçluy d'ofnr^ &c d^éûfes^
y^ Sermon IL fur le chap. ii?
ti'enpeuuencauoir. Parce que comme îe
Tay defia dit,la relation des paroles à ouïr,
eft immédiate, au lieu que celle des choies
ne Teft pas. De mefmes , il ne feroit
pas impercinent de dire qu'il a ouï
dfschofes inénarrables, & qu'il neft per-
mis à aucun homme de raconter. Mais il
eft beaucoup plus iufte de dire qu'on a
ouï des paroles ineffables ou inénarrables,
& qu'il eft au deffus de la puiffance des
hommes depouuoir exprimer & rappor-
ter. Enfin, il y a dans l'original ie ne fçay
quelle rencontre fort agréable 3c fort élé-
gante entre le moi de f^arû/es&c celuy d'i-
nenarrabies, qui ne s'y rencontrcroit pas fi
ct\uy dt thoftsy eftoit employé. Car il y
a au Gîte: l'ay ouï di s paroles tjféinepeuuert
VGtntou qui ne doiuent^oïnt ejlre péirlées ; ce
qui n a point de grâce en noftre langue,
mais qui fait vn fort beleffeâ:en l'origi-
nal. Mais voyons déformais en quel fens
TApoftre dit qu'elles font inénarrables, ôc
qu'il ci\ impoffible à tout homme de les
raconter. D'abord il faut icy remarquer
que ce icïtuc ir/c^arral/cs , & ceux-cy,
€[}iileftin/pûfible à tout homme de racontery
ne fignificnt qu'vnc mefme chofe > & que
les derniers n'ont cfté adjouflés que pour
/erulr de commentaire Se d'explication au
premier. Car le faint Apofttea eu quel-
que crainte que s'il n'employoit que Iç
premier il ne fuftpas affés entendu, c'eft
pourquoy il a ad joufté les autres pour
Tinterpreter : ou que quand il feroit affés
entendu, Se qu'il n'euft pas befoin din^
tcrpretation , il n'exprimaft pas fon in-r
tentionauec affés d'emphafe. Apres cela»
&lVn & l'autre de ces termes, inénarra-
ble, dijc, & qui ne fe peut raconter , peu-
uenc auoir deux fignifications , commç
on peut conlîderer en l'homme de deux
fortes de puiffançes. Car il y en a vnc que
l'on peut appellerphyfique, parce qu'elle
confifte dans la faculté naturelle qu'on :^
de faire quelque chofe, quand on eft mu*
ni de la force Se des organes neceffaires
pour cela. Ainfidifons nous qu'iUftpofc
fible à vn hommç de marcher, quand il ^
de bonnes ïambes Se de la vigueur dans Iç
corps : mais qu'il luy eft impoflible de vo-
ler, parce que la Nature ne luy a pas ion
né des ailes. Et il y en a vne autre que
l'on peut appeller moraI§^, parce qu'elle
confifte en la pçrmlflîpn qui nous acfté
donnée de faire quelque chofe. /Gequi
s'e3^prime ordinairement par k terme cîa
ft. "1;
j^ Sermo n II. fur le chap. tz^
permis, ou de licite, ou de loifible, fi noflrè
langue Fiançoifc foufFrc à cette heure
ciueronfefeiuede ces rnots. Mais quel-
quesfois nous nous feruons de ce rcrme dç
pof^uû^r jpou: l'exprimer. Comme quand
inous difons que nous pouuons à cette heu-
re mangerde coûtes fortes de viandes; ce
que lesluifs nepouuoyent pas autrefois.
On peut donc icy prendre les paroles de
S. Paul en deiix façons , &r. de fait les in-
terprètes les tournentdiuerfement. Car
quelques- vns traduifent comme ie lajr
Jeu deuant vous dans la verfion dont nous;
nous feruons, qutln*(Jlpophle khonnnede
f^aconter'- 8c les autres le tournenc ainfi^
i^U'ilncftfermis ou lôifihlc à homme de racon*
ter. De forte qu'il faut examiner ces deux
interprétations IVne après Tautre. Quel-
ques- vns,qui s'attachent à la fecondc,fonî:
icy vnecomparaifon de Moyfe auecque
S.Paul. Car,difent-ils, Moyfe a monté
fur la montagne, 8i S. Paul a eflcefleué
au Ciel. Moyfe a eu fur la montagne vne
forç eftroitte communication auecque
Dieu : 8c S. Patll a eftéadmis à la partici-*
patlon deschofcs qui fe difoyent dans le
iandunirede rEternel. Moyfe a veufur
îaxnontagnca & a receu deDieumefmeji^
deïa 11. aux Cor, v^.j. z.i.'^'^, y|
Udefcriptioa bien exa^e de tout ce qui
concernoiclacôduite de rEgiifed'Ifraeij
S.Paul a receu en Paradis la tablacure du
gouuernemenc de l'Eglife Chieftienne
tandis qu'elle fejournera fur la terre. Mais
tant s'en faut qu'à Moy fe il ait eflé défendu
de reueler les chofes qu'il auoic veuès&
ouïes , que mefme il luy a efté commandé
de les déclarer : ce qu'il a fait tant dans
fesEfcritSjOÙ il a donné au peuple d'I fracl,
auec vne exactitude admirable , toutes les
prdôn^nces qui côcernoyent le feruiçe de
Dieu , la Police , &c la Moralité 5 que dans
les confeils qu'il a donnés de viue voix,
félon que les occurrences s'en font prefen-
tées. Et quant à S. PauU non feulemene
il ne luy a pas efté permis d'en faire de;
mefme; mais mefme il luy a efté expreC-
fément défendu. D*oii vient que S. Paul,
qui eftoit peut eftre plus capable de don*
ner confeil en toutes chofes que S. Pierre,
ne Ta pas fait : au lieu que S. Pierre , qui
n'auoitpas veu de û admirables vifions,
eft celuy à qui il a efté ordonne de fournir
à l'Eglife de Icfus Chrift toutes les inftru-
élions qui font neceflaires pour fa con-
duite. Vous vo.yés bien 3 mes frères , à
quQj cette interprétation là tend. Qft
je Sermon! L fur le chap,ii.
veut à la vérité préférer S. Pierre à S.
Paul: mais c'eft afin d'attribuer quelque
chofe à celuy que l'on die eftuc le fuccef^
feurdeS. Pierre en fon Apoilolat, com«^
nie fi c'eftoit à luy que cetce prétendue au-
torité de gouucrner l'Eglife de Dieu , fufi:
deuoluè en la terre. Defia, c'eft à mon
aduis vne erreur que de faire comparaifon
de S. Paul auecque Moyfe en cette occa-
fîon, comme fi ç*auoit eftéàmefmedefi
fein que rvneuftefté efleué au iroifiemc
ciel , 8>c que l'autre auroit efté admis à
communiquer auecque Dieu fur le fom»
mec de la Montagne. Moyfe n'a point cfté
en cela le type de S. Paul , mais de lefus
Chrift. Car comme il a efté fur la monta-
gne, Chriftaefté dans le Ciel. Comme
il a eu yne fort intime communication
auecque Dieu , Chrift à efté là haut au
Ciel dans le fein rnefme du Père. Com-
me il a appris fur la montage ce qu'il
deuoic & faire & fauoir pour inftituer la
religion donc ilelloicle Médiateur, afin
de la rapporter au peuple d'Ifraël , Chrift
a deu apporter icy-bas, Se y a efteftiue-
menc apporté la reuelation des fecrets
doncla religion Chreftiçnne deuoic eflre
compofée. Comme il apportoic de la
>/<i /l dux Cor] •y, 7, 2~ j . 4.. j. JT
itnontagnevn vifage rayonnant, dont le
peuple d'Ifraël ne pouuoic fouftenir l'é-
clat, Chrifteftdefcendu de là-haut tous
jrefplendiflant des rayons de fa diuinué, ô£
de l'éclat de fa charge, &des lumières de
vérité qui en fortoyent, & quife refpan-
doycnt magnifiquement autour de luys
mais les luifs auoyent les yeux de Ten*
tendemenc trop foibles & trop obfcurcis
pour en pouuoir fupporter la fplendeur
cmerueillable. Apres cela , mes frères,
ceft fans doute eftre bien- hardi d'ofer
ainfi déterminer, que comme Moyfe a
veu toute la delineation du gouuerne-
mtfit de TEglife d'Ifraël fur la montagne
deSinaï, S. Paul a pareillement veu au
Giel la delineation du gouuernement de
rEgllfeChrefticnnc. Puis qu'il dit que les
paroles qu'il a ouïes font inénarrables , &
qu'il n'eft ou permis ou poffible à perfon-
ne de les exprimer * d bii eft- ce que ceux
qui mettent cette interpretatiô en auant,
ont peu recueillir que c'eft le plan de l'Egli-
feGhreftienne &de fon gouuernemet^qui
luyaeftédécouuert ? Neft-ce pas là pro-
prement cequenoftre Apoftre condam*
ne ailleurs, s'auancer & mettre le pied
dans les çhofes ^ue rpn n? point veuës.^
jS Sermon IL fur le chap, i^,'
S. Paul cachet fiipprimelacônnoiflance
de ces merueilles tan t qu*il peut : il m^t au
deuant des barrières pour cmpefcher la
curiofitéderefprit de rhomme d'en apr
procher: 8c ncantixioinson alahardiefle,
non feulement de s'en enquérir , mais de
dire determinément ce que ce peut eftrc*
C'eft véritablement entreprendre 3t vou-
loir fauoir au delà de ce ejni tfi cfmt\ &
comme Ton met aux bords de quelques
cartes geogtaphiques 5 II n'y a plus riea
au delàfinon de profondes fablonniercs,
ou des mers absolument inconnues , ou
dcspaysinhabités; on peut dire que hors
les termes de ce qui efl: efcrii en la Parole
de Dieu, il n'y a, en ce qui touche les
matières de la Foy , finon des précipices
^ des abyfmes où l'entendement de
l'homme fe perd. Adiouftésen troifieme
lieu , que non feulement ce qu'ils difent là
cft très-incertain , mais mefmcs que ce
qu'ils y adiouftentn'efl: pas véritable. Car
il cft bien vray que l'Apoftre S. Pierre
nous a laiffé deux excellentes Epiftres
danslefquellcs il a mis d'admirablemenc
^eaux enfeignemens. Et bien que ceux
qu'il a donnés au Concile de lerufalemi
(oyent comnvins aux autres Apoftres>fî^
de U 1/. aux Cor, v. r. 1. 5, ^r.J] f^.
mefmeà S.Paul qui y aflîfta, ieiïemop-
poferay pas à ce que i*on die qu*il y en fit
\ts premières ouuercures, & qu'ainfi on
ne les luy attribue en quelque forte en parr
ticulier. Mais ie fouftiens que S. Paul nous
€n abeaucûup plus laiffé que luy > & dans
yne beaucoup plus grande variété de ma-
t/cres. G'eftluyquinousa appris quelles
doiuent eftreles qualités des Euefques 82
des Diacres , & quelle doit eftte leur con-
duite en TEglife de Dieu. C'eft luy qui
leur a donné le modelle , aux vnsdeleur
^dminiftration , aux auc res de la manière^
de leur prédication ^ &: à eux tous en corn-
iXîun Faducrtiffemenc conxment ils fc
doiuent propofer à tous les fidelles en
exemple. G'eft luy qui nous a laiffé par
cfcrit la manière félon laquelle il faut cé-
lébrer le facrement : c'efl; luy qui nous a
cnfeignés comment il faut faire le feruice
en TEglife de noftre Seigneur & en quelle
langue. Nous tenons de luy comment il
fe faut gouuerner en la diftribution des
çenfurcs qu'il faut appliquer aux delin-
quans U aux fcandaleux : &c c'efl fa fagefle
qui nous a fourni les inflruôions qui con-
cernent le mariage. Il ne s'eft pas côxentè
de nous exhorter, comme il a fait , yiuç?
Sa Germon IL fur le chdp, ii]
ment à la charité ; il a encore prefcrît fort
foigneufement comment il la fautpratU
<|uer, iufques à monftrer la façon de
faire les aumônes & les collèges. Ceftde
lijy que nous tenons les préceptes de la
condefcendance charitable que nous
dcuons auoir les vns pour les autres, les
luifs pour les Gensils, les Gentils pour
les luifs, les forts pour les foibles, & genc-
lalement chacun pour fon frerc 8c pour
fon prochain , afin de feruir à l'auancc-
iiientdefafoy, &àredification commu*
ne. Mais cela me tire trop loin , & il vaut
mieux que ic le die en vn mot j c'eft de la-
bondance de 1 Eprit qui luy a eftc com^
jmuniqué , comme d'vnc fource féconde
& inépuifabîe , que FEglife de Dieu a tiré,
tant les dogmes de fa foy , que les préce-
ptes de fa faintcté,& les règles defon gou-
uernement &. de Tadminidration de fa
Difcipline. De forte qu*il y en a beau-
coup plus dans fes Efcrits , qu'il ny en a,
non dans ceux de S. Pierre feulements
mais encore en tous ceux des autres Apa-
ftres enfemble. Voyons Tautre interpre-^
ration , qui tourne noftre texte ainfi , ^////
ncftpts p(^ihled Aucun homme de raconter,
Nousauonspofccy-deirusquece que S,
àe ta 1 /. aux ^or. u z. 5. 4, 5. CÎ
î^aul a ouï ce font des paroles. Or dan^
les paroles il n'y a outre le fon de la voix>
que deux chofes à Gonfiderer : à fça*
Doir Tarticulation &: la fignificarion."
Qiianc à lariiculation, il eft malaifé ds
conceuoir commenc abfolumcnc elle
n'euftpeu eûre imitée. Car à la vérité les
cnfansont de la peine à bien articuler les
paroles que nous prononçons dcuant eux,
&: que nous leur voulons faire imiter*
Mais c'eft qu'ils n'ont pas encore les orga-
nes afles-bien forpiés ny affés accouftu*
mes à cela. Lors quVne fois nous auons
acquis l'habiiude de pailer , il y a peu de
mots que Ton prononce deuant nous , que
nous ne puiffions proférer , (i nous y vou-
lons apporter vn peu d'attention 3 ou bica
il faut que la langue d où ils foyenc tirés,
foie tout à fait efloignéede celle que nous
parlons ordinairement , & comme barba*
re à nos oreilles. Mais quand celles que
S. Paul a ouïes auroyent eflé lîeftranges
qu'il luy auroit eflé abfolument impof
fible de les prononcer , ce ne feroit pas
vne merueille dont l'Apoftre deuftfaire
tant de cas qu'il paroifl: quil en fait icy
s'il n'y auoit rien dauantage» Car que
nous inaponç ^ Uk luy auffi, qu'il ait oui
ifl Sermon tl.furlechap. ti.
ià-haut de certains mots fi fauuages ^ii
éloignés de tous les langages qu'il par-
loir, qu'il luy euft cftc impoffible d'en re-
prefenterny lefonny laft£uâ:uie ? Pour
ce qui eft de la fignificacion , S. Paul a en-
tendu celle de ces paroles ou non. S'ilnc
l'a pas entendue, il n'y arien en cela de
fore inerucilleux non plus ;&: qu'eftoit-il
befoin qu'il fuft raui là- haut au ciel ^ pour
ouïr quelques iparoles donc on ne luy
iidnnoit pas rintelligcnce ? Il dit luy-mef-
meen quelque lieu, en parlant de ce qui
fe doit pratiquer enTEglife de Dieu, que
cinq paroles que Ton entend , font de plus
d'vcilité,&: donnent plusdmftrii£tion ôc
d'édification à l'efprit, que mille que Ton
n'entend point, & remarque mcfme que
x'eft comme par punition que Dieu de-
aïonce par les Prophètes de parler & de
faire parler aux hommes en langue eftran*
gère 6r non eotsnduë. S'il les a enten-
dues, comment dit^iil qu'il clî entière-
ment impoflibledeles rapporter? Carie
veux bien qu'elles luy euflent mis en l'en-
tendement des idées tout à fait extraordi^
Daires U miraculeufcs: le veux, comme
il eft vray , qus nos conceptions foyent
-^^ffcs fouucnt celles que les cxprcffions
Ik la IL dux Cor. **v^ 7. 2. 3. 4. j. éf-
éoni nous fonimes obligés de nous fcruir,
ne foyent pas capables d'en reprefencer
touce la force j Si eft ce neantmoins qu'y a
homme qui fçait parler , comme l' Apoflre
S. Paul le failoic excellemmenc, s'il y
veuc apporter quelque fomac quelque ap-
plication d*efpric , n'a point de penlées en
l'entendement, fur quelque matière que
ce foie, dont il ne puiffe faire voir vne
partie bienconliderable dans ks paroles,
s'il y employé vne langue qu'il pofiede
parfaitement. Gar comme la mefme Na-
ture qui adonné aux femmes la faculté de
conceuoir, leur a auflî donné celle de
produire au monde ce qu'elles ont con-t
ceu; ce mefme Dieu qui nous a donné
l'entendement pour receuoir l'impreffioa
des idées qui fe prefentent à luy,nousa
communiqué le moyen de Ip exprimer se
de nous en faire entendre aux autres. Ec
comme encore que les femmes ayenc
quelquesfois de la peine à produire leur
fruit au monde, fi eft-ce que s'il n'y a
quelque defordre extraordindre dans
leurs forces, elles en viennent enfin à bouc
par les efforts de Tenfantement j quoy
qu'il fe trouue quelquesfois de la dif-
ficulté à reprefeater les conceptions df
i^ SeYmonlUfur Uchaf.h:
noflrc intelleft , fi e(l-ce que f\ les facultés
que Dieu nous a données pour cela', ne
fontdccraquées, pourueu que nousy ap-
portions quelque application extraordî-'
naire , nous y reuflîflbns à la fin. Et fi
après y auoir apporté ce foin &c cette af-
fiduité, nous ne pouuons ny proférer ny
efcrire les chofes que nous auons pen-
fées, en telle forte que nous nous y en-
tendions nous-mcfmesa & que nous y
foyons entendus par autruy, il faut que
no'' ne les ayons pas aflés bien imaginées ,
& qu'il y ait eu dans l'intelligence mefme
de rembarras & de la confufion. loigncs
à cela, mes frères, que le mot que nous tra-
duirons memrrahle peut bien à la vérité
fignifier , ce que la parole ne peut expri-
mer. Mais neantmoins, qui le confide-
reradans Tvfage des bons auteurs Grec5,
( car il n'y a comme ie croy , que ce feul
endroit du Nouueau Tcftamenc où il fe
rencontre) trouuera qu'il y eftplus ordi-
nairement employé pour fignifier des
chofes qu'il n'eft-pas permis de dire, te
qui encore qu'on les peufl exprimer par la
parole , doiuent neantmoins élire lencê's
cachées fous vnfilcncefacré. Car ils s'en
fetuenc quelques fois pour fignifier cer-
tains
de UlL aux Cor. a;, f. i. f. 4. f. ^}
Mns mytteresqui fe cclebioyenc en telle
manière qu il n'eftoic pas permis de les
reueler. Ecs'ily a dans cqs auteurs quel-
que autre intelligence de ce mot , c*eft
pour dire des chofes dont la nature efl: fi
infâme & fi deshonncfte que mcfmes il
ne les faut pas nommer. Qiiant aux paro-
les fuiuantes, que l'on traduit 5 quîlnefi
^oJ?ikLe à aucnn homme d' exprimer ^^Szwxk*
ment il feroit mieux iomné^t].'/ il n\fl lici-
te à aucun homme d'exprimer , câr c'efl la fi-
gnification propre & ordinaire de ce ter-
me. Et nous le traduirons ainfi en cepaf-
fage du douzième de S. Matthieu , 011 il
eft parlé de Dauid : Comment il entra dans
la ?naifon dt Dieu , & mavgea les -pains de
fropo/ition , lej^uels il nelloitpas ioifihle de
z'/^^^^^m Par tous czs lieux où nôtre S. Paul
die , toutes chcfes fnefont licites , mais têutes
chofes ne font p^is expédient es j ce mefrae
mot fe rencontre, & en vingt- cinq ou
trente autres lieux , où il fe trouue au
Nouueau Teftament, ilatoufiours cette
mefme fignification, fans qu'il y ait aucun
endroit oiûlpuiflereceuoirvne interpré-
tation diflemblable. Y ayant donc quan-
cité de belles & célèbres vciTions où mef-
mes en ce lieu icy, ce mot eft tourné per^
E
66 Sermon IL fur le chdp^ 12:
mis , il y a quelque fujec de s'eftonner
comment la noftre a mieux aimé s'y
feruir du mot de po/sihlc, Qjoy qu'il en
en foie , ie tiens pour indubitable ques'il
:'\aut tourner ce mot de TApoftre encette
façon , ^juil r/iftfojsihle à homme de racon"
ter^ on ne doit pas entendre cela de cette
impoflibiiicé qui oonfifte en la priuation
de la faculté des organes, èc de l'habitude
de parler, mais de celle qui confifteence
qu'on n'en a pas le droit. Comment donc
enfin prendrons nous cette fcntence de
TApodre? II a eflé obligé, mes frères, de
dire ce qu il a rapporté icy. Et puisqu'il
Tauoit gardé quatorze ans entiers fans le
dtcoiiurirjil faut bien qu'il aitefté porté à
le faire maintenant par vne necefTué in-
uinciblc. Or vous faués quelle eftla cu-
iioficc naturelle deshommes. Si quclcun
reuient d'vn voyage bien lointain , com-
fuefonc ceux des Indes ou Orientales ou
Occidentales, ons'amafle à grandes fou-
iesauiourdcluy pour s'enquérir des cho-
fcsqu'iiya vcuès. Onluy demande quel
cftle teint ôc la façon des habitans de ces
pays Kl, quelles leurs loix, leur couflu-
ines,& leurs manière deviure. Onveuc
fauoir û le pays ell bon , fi le climat cft fa-
de la Ji. dmc Col. v. i. 2. 3, 4. y" i^f
lubré > s*il y fait chaud ou s'il y fait froid,
quelle y eft la nature des animaux, Si quel-
le celle des plantes. Et neâncmoins ce
font chofes ou que nous n'ignorons pas
tout à fait, parce qtje nous en auonsefté
informés par quelques autres relaiions, ou
qui ne nous touchent du tout point ^ parce
que nous n'auons aucun deiîein dequittet
DOS habitations pour aller demeureraux
Indes. Quelle pcnfés- vouSdonques,me^
frères, que fuft noftre curiofué, fi nous
Voyions reffufciter quelcun duquel nous
fuflîons afleurés que Tame auroit efté
quelque tempsdans leslieux cekftss ? Car
nousfauons encore moins des chofes qui
font au ciel, que de celles qui font aux
Indes ou au delà de l'Equateur ; ôc elles
nous touchent incomparablement plus,
parce que nous cfperons d*y aller , 3c que
Dieu nous en a donné les promeffes. Pouc
nioy i eftime que quand Lazare fut ref-
fufcitéj il fut continuellement aflîegéôc
tourmenté par toutes fortes de perfonnes^
pour luy demander desnouucllesde Pa-^
radis: &c qu'à moins d'auoir dit tout net,
ou qu'il ne s'en fouuenoit point j ou que
Dieu luy auoit défendu de le reuelerjOU
vque fon ame pendant i'efpace de quatre
t> 8 Ser mon U.fur le chap. ii.
iours,3uoit; efté en quelque autre lieu. Si
qu*ellcn'auoitny vcu ny ouï les merueiU
les de là haut , il euft efté accablé de rim-
portunité des hommes. L'Apoftredon-
ques preuoyanc qu'en racontant ce rauif-
femenc ,il ne manqueroit pas d'exciter la
curioficédes Corinthiens, & de tous ceux
qui auroycnt connoiffance de ce qu'il en
cfcriuoit, a voulu , comme on dit, couper
broche à toutes ces demandes , & dire
que ce qu'il a efté enleué là-haut, ce qu'il
y a ouï des chofcs émerueillables , ce n'eft
pas afin d'en entretenir le monde, &c de
faire courir après luy : que les paroles qu'il
a ouïes font inénarrables , & que ce feroic
mutilemenc qu'on le prefleroit de les rap-
porter. Car c'eft à peu prés comme s'il
difoit. le fuis eftabli Dofteur de TEglifc
pour luy enfcigner les chofes qu'elle doit
fauoir icy bas. Si on me demande la ma-
nière d'cllre iuftific deuani Dieu : la na*
ture delà vraye fanétification & les mo-
tifs qui la produilent : lesfondemens fur
lefquels eft eftabiie Tefperance de la bicn-
hcureufc immortalité : la vertu de la com-
munion de Chrift mon Sauueur : l'en-
chainure indiflblubledcs caufcsde noflre
rédemption; &autrçs chofcs femblablçs
cie Id IL MX Cor. ^. f. i^. 3: 4'^ f. é^
qui feruenc àredification delaFoy , &à
allunicr la Charité ,ie fuis libéral clece$
€nfcigaemens-là, parce que Dicum'ena
aufli libéralement fourni la connoiflance,
6^ qu'il m'a commandé d*en eftalîer routes
les richeflesdeuant les yeux de Ton EgliCe,
& de ne rien referuer de fon confeil.Mais
quant aux merueillcsdelà-hauc,la reue-
Jation n'en appartient pas à mon minifte-
re- le les ay veuès, ie lesay ouïes 5 Dieu
m'a fait cette grâce extraordinaire que de
me tranfporter iufques en fon Paradis
pour cela. Mais ce font chofes inenarra^
blés, &c qu'il n'eft ny loifible ny poffible
aux hommes de rapporrer. Comme elles
paffent ma charge, ie doisauffi reputeç
qu'elles paflcnt ma portée, Se vous, vous
deuésarrefter voftrecuriofitc-là.Carc'efl
à peu prés, mes frères, comme quand
deuxDifciplesdenoflre Seigneur luy de?
mandent d'eftre affis , l'vn à fa droite, &:
l'autre à (a gauche en fon Royaume, }pr$
qu'il en manifefterala gloirç. Apres kuç
auoir fait quelques interrogations ^ dcre^
ceu d'eux des refponfes vnpeuincor^fide*
lées^il leur dit ; Vonshoirés U cou^^que H
dois h^irCy c^ fer es hafùfh d» haptefme civique L
k^dois ejîre haptïfé. Mais quant a efin af'a 4
f& Sermon H.fur le chap^ zil
m A droit e & a ma gauche en mon Rcyaume ^Çt
ticfi point a Pioy de It donner: mats tljera
donné n ceux a qui iliflprcfarede wm Père»
Ce n'cft pas qu'il vueille dire propremenr,
ny que quelques vns d'entre fesdifciples
ayenc cccteprerogatiue par dcfTus les au-
tres , d'eftre affis les vns à fa droite Scies
autres à fa gauche en fon Royaume , ny
que ce foie ou que cène foie pas à luydc
la donner à ceux qui l'auront. Il n'y au-
ra point de ijilles prerogatiues dans le
Royaume celcfte, & quand nous y aurons
eftéinttoduits,rApoftre S.Paul nousen-
fcigne que Chrifl; remettra fon règne en-
tre les mains de fon Père , pour luy eftre
luy-mcfme affujetti. Qi^ s il y auoic
quelque cfaofe de tel à efperer dans le Ciel,
ce fer oit proprement à Chrift à le donner,
puis qu'il a elle eftabli par fon Père le fou-
uerain luge de TVniuers , & par confe-
quent le diftributeur de la gloire &: des
reconipenfes à fes fîdelles. Son intention
a feulement cftédc reprimer par cette fa-
çon d^refpondre;, l'ambition & la vanité
de ceux quiluy demandoyent ces priuile-
ges , 55 de leur faire doucement entendre
qu*ils ne fauoyent ce qu'ils dcfiroy ent.Car
comme il aefté fort bien remarqué par dç
' eleîa II. aux (^or, ni, ï. {.^.4. ./" ^z
très-grands perfoni^agesje^mefmes dans
leurs Commentaires fur ces paroles de
Chrift, il ne faut pas prefler à la rigueur ny
ces affirmations ny ces negaiions-là, mais
feulement regarder à Tintention de celuy
qui parle, 6ià cette façon débonnaire ^
pleine de condefccndance ôc dechariié,
donc noftre Seigneur s'eft q.uelquesfois
ferui enuers fes difciples , comme nous
nousenferuons enuers lesenfans, àcaufe
de leur foibicffe èc de leur incapacité. Car
nous éludons ainfi leurs demandes quand
ils nous en font d'impertinentes, ou qui
font telles quefi nous leur y refpondions
ils ne nousentendroyent pas. C'eftpour-
quoy pour les ramener aux chofes qui font
de leur portée, nous leurfaifôs des refpôfes
qui font à cofté de leurs queftions,ou mef-
mes nous ne craignons pas de leur dirq^
que nous ne fauonspas bien ce qu'ils nous
demandent , afin de leur faire entendre
queceferoit inutilement qu'ils nous in-
tcrrogeroyent plus auant. Et alors nous ne
voudrions pas qu'on examinaft nos paro^
les feuerement , & efperons qu'on aura
plus d'égard a noftre intention qu'au fens
précis de nos paroles , dont nous nous
-îcruonsalorsj non félon toute rexadimda.
7^ Sermon 11. fut le chap. Ji?
de Iciu fignification, mais par vne fagii
économie, telon les circonftances des per-
fonnes &c du temps. Et de fait , finollrc
Seigneur fe tuft mis alors à expliquer à fes
difciples quelle eftoit la nature de foil
royaume , cômcnc , fi on le coniidere en-
um qu'il s'exerce en la terre , fon corps en
deuoit eftte abfenr:& cornent , fion le re-
garde entât que nous le deuospoflederau
Ciel; ces auantagcs, d'cftreanis à fa droite
at à la gauche , qui (ont chofes qui ne i'e
pratiquent finon dans les royaumes delà
terre, n'y pouuoyent auoir delieu,illes
cuftmerueilleufement embaraffcs. Caria
foibleffede leurconnoillance ne permet-
toit pas alors qu'ils compriflent la nature
de ce rcgne , duquel , bien qu'il deuft eftre
tout à fait fpintuel &c celefte , ils ne
.s'eftoyent point encore iufques alors for-
mé d'idée qui ne fuft terrienne 3c corpo-
relle , comme il fe peut recueillir del'E-
uangile en diuers endroits. Si donques
vous appliques cela aux propos de noftre
Apoflre j vous trouuerés qu'il y quadre
parfaitement bien. Son intention n'ertoic
pas , comme ie l'ay defia dit , de contenter
icy îa curiofuc des Corinthiens, mais feu-
lement de leur parler de ce miracle autanc
A^ U IL aux Cof.n). î,us:/ç:{. ^i
^uil efloitneceffaire pour rccommandet
fa perfpnne Se par elle ion Apoftolat, cptre
\qs attaques de fes aduerfaires , & autant
qu'il eftoic expédient pour Tedification
des fidelies de Corinthe , & de tous ceux
entre les tnaifts de qui cette Epiftre tom-
beroit. Et de fait , s'il fe fufl: mis à leur ra-
conter les paroles qu'il auoit ouïes , cela
\zs euft indubitablement iettés en des
queftions &: en des fpeculations qui ne
conuenoyent nullement à leur eftat. C'eft
pourquoy il eftoit plus expédient pour eux,
&:c'efl:oit fans comparaifonpluftoft fait à
luy , de leur dire qu'il ne luy eftoit pas
permis de leur en rien reueler, &: que cela
luy auoit efté défendu au mefme temps
que ces paroles luy auoit eftépronôcées.Lc
fruit donques que nous auons maintenant
à retirer des chofes que vous aués enten-
dues ^confifte principalement à pratiquer
la leçon que nous donne icy T Apoftre,non
pas feulement au fujec duquel il s'agit en ce
texte, pour ne nous enquérir pas de ce
qu'il nous a voulu tenir caché, mais en di-
uerfes autres occafions, où cet aduertiffe-
ment nous eft fouuGrainement vtile. On
s'enquiert ordinairement fironferecon-
noiftra les vns les autres auiour delà re-
74' Sermon II. fur le chap, 12^
furreftîon, & lors que nous ferons rçcueî^
lis dans le royaume celefte. Etdaucant
que nous le defirons ainfi , àfçauoirles
femmes de reconnoiftre leurs maris, les
les mères de reconnoiftre leurs enfans, les
bons amis de reconnoiftre ceux qu'ils oQt
tendrement aimés , Se généralement tous
ceux qui ont eu de véhémentes afFcftions,
de reconnoiftre 1rs objets fur lelquelsils
les ont portées, nous nous figurons aife-
ment que Dieu nous donnera ce conten-
tement y &c fermerions volontiers 1 oreil-
le à ceux qui nous voudroyent dire le
contraire. Frères bien-aimés en noftre
Seigneur, il n'en fera pas du fiecleàvenir
comme il eft de celuy de maintenant. La
plufpart de ces afFeftions font fondées fur
des relations qui n'auront plus de lieu
alors, parce quelles font accommodées à
Teftat de la Nature. Oc Feftat de la Na-
ture fera aboli , Se par confequent ces rela-
tions-là ne fubûfteront plus , comme elles
referont plus neceifaires. Si c*eftoit vne
chofeabfolument requife à rendre noftre
félicité entièrement accomplie,noftre Sei-
gneur ne nous larefufçroitpaSjluy qui n'a
pas efpargné fon propre fang , pour nous
acquérir l'efpcrance de fa gloire. S'ileftosc
"^deU ît aux Coi. ^» i. z. j . 4. 5. Y^
Êonuenablequc nous le connu/fions enco-
re, ou que nous nous connuffionslesvns
les autres, comme die TApoftre, fclonla
Chair, il tremperoiclà> haut noftre félici-
té dans la douceur de ces aÉfeftionsdans
lefquelles confifte le principal conccnccr
ment de la vie prefence. Mais ne nous
mettons point en peine de cela , bornons
la curiofité de nos efprics à ce que la paro-
de Dieu nous dit du falut en gênerai , &:
îious contentons d'efperer vne félicité
inénarrable. On s'cnquierc fi la gloire fera
inégalement partagée entre lesenfansde
Dieu là^ haut, & ie ne fçay j[î c'eft ou Tam-
bition & le defir de l'honneur, ou la pre^
fomption des mérites, qui a doné la vogue
à cette opinion î mais tant y a qu'il y a
long-temps qu'elle a pris pied en TEgli-
fe. Afleurcment, comme elle eft expli-
quée par ceux de la Cômunion de Rome,
elle n'a point de fondement en la Parole
de Dieu. Nous ne nions pas que lors que
noftre Seigneur lefus Chrift viendra, il
nediftribuê inégalement àfesferuiteurs^
félon la diuerficé de leurs dons ou de leurs
labeurs , les témoignages honorables
qu'ils remporteront de fa bouche , pour
leur fidélité , & pour leur zèle î &c ce qu^
^^a Sermon IL fur le chap. xzl
rApoftrc S. Paul die, Votuijies maiôye}^
mît couronne pour la iournée de noftri^
Seigneur , ne conuienc pas vniuerfeUe-
nient à cous les fidelles,mais a quelque rai-
jfon particulière dans la perfonne & dans
Je miniftere de S. Paul. Mais il ne senfuit
pas de là que dans le Cielmefmeily ai,c
des couronnes & des auréoles diftindes,
deftinces, comme ceux de laCommunioa
de Rome le prétendent , aux Dofteurs,
aux Vierges, &:aux Martys.Noftre yraye
gloire confiftera en la fainteté, qui fera
également parfaite en tous i en iaglorifi-
catlon de nos corps, où nous ne voyons
point de raifon d'attendre de rinegalitë;
^n la demeure du Ciel , où mefmesobjets
nous feront offerts à contempler; &:en la
durceimperiffabledcla vie, qui doit eftre
également eternelle.Çtquandilydeuroi;
auoir dans le refte de la gloire que nous
attendons, quelque forte de diuerfué, il nç
5'enfuiuroic pas de là que l'inégalité d^
partage qui nous en. fera fait , deuû eftre
fonde fur la différence du mérite de nos
aftions. Car ce que nous ne poffederons
que de la pure mifericorde de Dieu , ce
que nous n'hcriterons que comme eofen^
qu'il a gratuitement adoptés en noftc;^
de U 1 1. aux Çor. ^. z. 3. ^. 5; 77
Seigneur lefusChnft 5 ce qui ne nous fera
communiqué pour aucun autre droit que
pour celuy qui nous eft acquis au fangde
Doftre Rédempteur, ne peut auoir aucune
relation à ces prétendus mérites. Mais
quoy qu'il en foit , nos foins ne fe doiuenc
pas porter là : c'eft à rechercher lel
moyens de paruenir à la iôuïflance de ce
grand faluc, & à tenir conftaroment Se
iiiuariabkment les routes qui nous y con-
duifent. Ne deuflions-nous eftre finoa
portiers dans ce Temple de noftre Sei-
gneur, c'eft afféspour y cfleuernosafFe-
i6tions,& pour y attirer toutes nos penfées.
On demande quels feront nos corps en la
refurrection , &: à quoy fcruiront tant de
facultés & tant d'organes dont lesvfagcs
fontdeftinés à cette vie, ôc quifemblenc
n'endeuoir point auoir en celle qui eft à
venir. Ghers frères s tout ce qu'il y a
d'animal, de fenfuel, de corruptible, de
rerreftre & de paflible en noftre chair *,
toutes les infirmités qui ont fuiui la cor-
ruption du péché ; toutes celles qui vien-
nent en dépendance de Teftat de la Natu-
re 5 tout cela fera aboli par la refurreition,
de il n'en reftera trace quelconque dans
nos corps quand ils feront recueillis dans
^8 SermonV.fur kchap.it^
les lieux celeftes. Car il fauc que ccctë
image du premier Adam ,que nous por-
tons mairtcnantjfoic cfFaccc en nousinon
pas feulement dans les reftes du péché que
la mort doit abolir : non pas feulemenc
dans les infirmités quirontfuiui,& que la
refurredion doit engloutir : niais auffi
dans toutes les dépendances de ce qu'il a
cfté fait e/i ame vimnte , & dans cette con^^
dition naturelle qu'il a communiquée à
fes defccndans. Pour le reflc , ne nous
mettons point en peine de la façon dcla-
qiieile nos corps feront alors compofés, &
jnous contentons de fauoir qu'ils feront
rendus conformes au corps glorieux du
Sauueur du monde* Us font maintenant
opaques & ténébreux, & ils feront lumi-
neux alors. Us font fufceptibles de toutes
fortes d'incommodités , & alors ils n'en
receuront aucune atteinte. Ils font main-
tenant terreftresjôi ils feront celeftes en
ce temps- là : ils font à cette heure corru-
ptibles, 6c ils reueiliront Tmcorruptionj
ils font en cette vie fenfuels , & en l'autre
ils feront fpiritucls j ils font ouuerts & ex-
pofés à toutes fortes de maux, & alors ils
ils iouïront d'vne vigueur immortelle bc
^dVnefamc inaltérable. Car il faut que
ddall. aux Cor. n^.i.z.^.^.f ^5
nous portions l'image du fécond Adanx
kquel eftdefcendu du Ciel , Se qui ayant
cité fait en ejpm vinifiant^ doit non pas
feulement pour lame, mais auflîpource
qui concerne le corps, côinuniquer cette
nature fpiriiuelle&incorruptibleà tous fes
fidelles. Quant à la façon des operatiôs de
nos fens, quant au particulier de T vfage de
nos membres , & à la manière de laquel-
le nos aftions émaneront de leurs facul-
tés, ce lera le feul iour du Seigneur qui
nous en donnera la connoilfance. Enfin
onfe met en peine de la conftitution du
inonde, & de la forme qu*il prendra
quand noftre Seigneur apparoiftra. li
cft fans doute, mes frères, qu'il ne fera pas
entièrement aboli. L'Apoftre nous ditque
le grand (gardent defirdes créatures efl en ce
quelles attendent ^ue les enfans de Diea
foycntreueUs : & ceU fous ef^ermce quelles
feront aufi de lûmes de Li feru'-tude de cor^
ruptim y pour (ftre en la lib^né de la gloire des
enfans de Dieu, Ce qui ne fe pourroit pas
ainfi dire d'vne chofe qui deuroit eftrc
entièrement anéantie. Tout le defordre
qui y eft arriuc depuis l'intégrité de fa
création , toutes les traces de la colère
de Dieu contre le genre humain à caufe
Ço ' Sermon Ih fur Uchap. il]
de fes ofFenfes : toutes les marques de H
malediftion que nous auons méritée, SC
donc noftre Seigneur nous a garantis,
tout cela dilparoiftra en la glorieufe
iournée de fa féconde venue. Les vicif-
fîtudesmefmes finies variations qui y ar-
riuenc félon le cours qu'on appelle delà
Nature, la corruption & la génération
autour defquelles les clemens tournent
continuellement, les qualités des clemens
-mcfmcs , qui fubiflfent â cette heure tant
de changemens, doiuent pareillement
difparoiftre, parce que le monde fera mis
en vn eftat furnatureK Du refte, quelles
feront les conditions de la terre: fila mer
Tenuironnera encore comme elle fait
maintenant j quelle fera la conftitution
de Tairjs'il y aura encore vn feu élémen-
taire proche des fpheres celeftes; fi ces
grands globes de là haut tourneront en»
core autour du monde. & file Soleil & la
Lune àc les autres aftres auront encore
leurs courfes &c leurs reuolutions; conl-
nicnt la lumière fe portera en iVn &c l'au-
tre hemifphere , &: quelle fera la tempéra-
ture du Septentrion & du Midy5&: des au-'
très plages de rVniuers, ccHct que nous
ne fâurons point que par Tcxpcriencedes
chofes
y^ la ÏÏ. 4ux Cor.'y.ï, 2^3.4. f Si
thofes nlefmes.Qujl nous fuffife defaiioit
que toutes chofes auront vn tout autre ait
que celùy qu'elles ont maintenant ; & qitô
comme elles ont efté afTujetties à vanité à
caufe du péché des hommes , elles ferortt
reftiblies en vn meilleur èftre à caufe de
leur rédemption 5 afin qu'à proportiôddë
ce que les corps des fidelles acquerront
par là refurreftion vn efiat încomparablèi
ment plus auantageux que n'eft celuydè
maintenant, le mondé entier foitréftoU-
uellé, & mis datis vne conftitution Çâiii
tompârailbn meilleure & plusilluftrecjue
la précédente. G'eft ce qui fm direi TA-
poftreS. Pierre après IcsProphèteS; qu'il
y aura nàuutâux cïenx St nouu'elle terre dAns
lefjuels Ikiufiice hâbïïern : àt forte, qu'il
n'y aura veftige aucun , ny de l'eftat Na-
turel, ny du péché qui y eft furuenu 5 hf
de la condition qui eft vefiuc en confé-
quence. Quantâux particularités deleui:
renouuellement, ce fera encore la mani-^
feftation de Chrift qui les mettra en eui-
dcnce. Contentons- nous pour cette heu-
ire d'apprendre dans la Parole de Dieu Igs
chofes qui nous y font propofées pour
eftre l'objet de noftrëfoy : cherchons-y ce
^ui p-eut feruir à noftre fandiiîcations
SI Sermon ïLfurlcchtip, ri.
puifons y dequoy arrôufer en nous Tef-'
perance delabien-heureufe immortalicé;
medicons fans ceffe les promeflcs qui nous
y font faites & d'où dépend noftreioyeôr
noftre confolation : enfin tirons-en les
motifs &: les appuis d Vnç inuariablcper-
feuerance. Car ce fon^là les moyens
d'eftreparcicipans de cette bien- heureufe
iournéc en laquelle nous nous trouuerons
cous enfemble en la prefence de noftre
Seigneur, & de partager Theritage celeftc
auec luy, & de voir nos corps Te reueftir
de gloire & d'immortalité , & de contem-
pler en cet Vniuers les beautés de fa reftau-
ration , & d'ouïr & de voir en fin à noftre
éternel contentement, les chofes que l'A-
poftre S. Paul nous die eftre maintenant
inénarrables. A Dieu, qui nousen adon-
ré rcfperance, Père, Fils , &: S. Efprit , vn
feul Dieu bénit éternellement , foit gloi-
re, force, & empire dés cette heure & à
toutecternité, AMEN.
SERMON
TROISIEME.
s V R CES M OTS,
-iice fut en corps iene fçaj ^fictfuîhoYsaU
> corp ie h efçny , Bien U fçàtt.
RErES BIEN-AtMEZ EN I^OSTRÎ
S E I G N fe V R.
L'ApoftreS.Paul, dans les paroles que
•îé^icns encore de lireenyoftre prefencèi
"dit exprefTément ", Se repéré en termes
tlairs & emphatiques ^ qu'il ne fçaic fi
te merueilleux rauiflemerît par lequel il
aeftétranfportéau troificmeCièl ,luy«ft
^'àrrîué en corps, ou s'illuy eftarriué horà'
'diî corps. C'eft à dire que comme il n'a
*jpas voulu Fexpliquer, ilne veut pas auffi
que nous le décidions. Et de fait , puis
queluy,enla perfonnede qui ce miracle
-s'eft exécuté, ne Ta pas olc décider, qui fe-
• ra-ce d'entre les hommes mortels qui aie
là hardieffe de Tentreprendre? Ne vbiis
attendcÊ-donc pas que i'attentc aujout-
F ii
y^ Sermon lU. furie chap. li.'
d'hùy rien de tel : car iefuis abfoluiheht
refolu de me tenir religieufement entre
jes ternies de li modcftic de rApoIlrè.
Neantmoins, ce qu'il dit qu*il ne fçaitfi
c'eft en corps , ou fi c'eft hors du corps qu'il
acfté raui en Paradis, nous donne affés
clairement à entendre qu'il a cretî que
cela auoit peu fe faire de Tvne & de l'autre
façon. Car s'il awoic trouué de rimpofli,-
bilitc en l'vne des deux maaieres qu'il
propofcjil ne s'en feroit pas aiafi exprimé:
te cela nous donne la hardiefle & le droîc
de rechercher vn peu exadtemenc la pôflî-
bilitéqu'il y a eue que ce grand feruitcur
,^e Dieu aie expérimenté ce rauiflemcnt
:0ii en corps ou hors du corps : ce qui, com-
iiryénous efperonSjnefefera pas fansqucl-
.qucvtiUté confiderable. Enfin^ilnefe
contente pas de dire cela vne fois, il le ré-
pète encore aux mefmes mots. Ce qui
nionftre qu'il a voulu arrefter extraordi-
naircment l'aitention de nos efprits, &
qu'en la méditation que nçus en ferons,
• tious apportaflions beaucoup de foin & de
diligence. Qti\ ce que de mon codé ie
tafcheray défaire moyennant la grâce de
jioftre Seigneur: du voftrç^r i'efpefe que
.Vous me prefterez vne attentiue & fauo-;
de h 11. aux £or. If, i. z. 3 , ^ . y'. ?/
î;ableaudience. le vous difoisilny apas
long temps , mes frères, qu'il y en a queU
ques-vns qui rapportent ce rauiffemenc
de S. Pauljà ce qui nouf recité au chapitre
Beufieme des A£tes. Vous fçaués l'hiftoi^
re. Paul eftant parci de lerulalem auecque
lettres &: Commiflîon de la partduSour
uerain Sacrificateur , pour s'en aller pscr
fecuter l'Eglife de Dieu à Damas, com-
me il eftoit en chemin, & défia proche du
lieu où il deuoit arriuer , il refplendit loat
à coup du ciel vne fort grande lumière
alentour de luy. L'éclat de cette ipIen^
dcur , fie les autres merueilles donc ellç
cftoit accompagnée , Tayant efblouï &
eftonné, il tomba à terre, éc ouït vne voix
qui luy difoir, $aut , Saul ^fourquoy me ^^r-
fccutes-tu \ Comme il eut refpondu à cette
voix, & que noftre Seigneur (e fut raanii-
feftéâluy , il fut releué par ceux qui l'aç-
çompagnoye.nc , mais il fe troqua qu'il
eftoit aueugle , de forte^u'ils le conduifî-
rent parla main iufques à Damas , où il
demeura trois iours entiers fans voir , âs
fans manger, ô^ fans boire. On croid ^oxac
qu en cet eilat^là il luy acriua vne exftafe,
pendant laquelle Dieu luy fit voir cette
Vifion, ç'eft qu'il s'imagina qu'on l'auoA?^
F iii
8<f Sermo n lll» fur\t ch^. ii?
^•ranfpoité au Ciel, Se qu'il y oyoit des pa^
rôles inénarrables. Et cequi donne beau-
coup d'apparence a cette opinion , c'eft ta
rencontre des temps. Car comme iëlé
vous a y remarquera contct du temps que
cette Epiftre fut efcrite , quatorzeansen
remontant, la première de ces duatorzc
tombe iuftement en celle en laquelle S.
Paul fut conuetd à noftrc Seigneur. Mais
il me femble quily aicydiucrfesconfide*
rations à faire. Premièrement, fi cela eft,
que ce dont TApodrc parle icy, fe doiue-
rapporter à cette Iiiftoire , il n*y a riert
plus aifé que de refoudre la qucftion qu'il
propofc icy comme ablblument infoluble.
Car il dit qu'il ne fçait , &: qu'il n'y a qlic
Diçu qui fâctî^ , G çcd en corps ou hors
du corps que ce rauifTcment luy eft atriué.
Or quand S. Paul fut trois iourslans Voir,
fans manger Se fans boire, dansla ville de
Damas, ceux qui eftoyenc autour de luy
virent toufiours là fon corps, & il ne partit
point de deuant leurs ycux. D'où il refûtte
ncceiTairement que ce ne fut pàsert a>rps
qu'il fut raui ail troifiemè Ck\ : Ce qde
neantmoins il n'a icy ofé di'tt. De'pluS,
encore qu'il ait dté là trôisiôûrs, fârts voir
^fans boire, ôc fins manger,ilncs'enluk
"di UjII aux Cor. n/. i. 2. y. 4//, 87.
pas pourtant qu'il fuft priué de l' vfage de
les autres fens, & rauihors de luy-mefme
dVnc façon fi merueilkufe. Car le fainç
hiftorien ne nous dit pas qu'il fuft aulS,
fans flairer 5 ny que les opérations du tou-
cher en luy fuffent également interce-
ptées. Sur quoy donques nous fonderons-
nous pour raffirmcrainfi hardiment ^puis^
que nous n'en auonsrien du tout dans Iç
récit de l'hiftoire ? Et TApoftre mefme^
en deux endroits duliure des Ades oi)ii
nous raconte fa conuerfion^ ne nous parle
du tout point qu'il luy (oit alors arriué
rien de femblable. le diray quelque chofe
dauantage. Qnand pendant ces trois iour$.
là il auroit eue tout-à fait priué des fon-
dions de tous fes fens , encore n'en pour-
roit-on pasneceffairement recueillir que
c'euft efté vnc exftafe dans laquelle Dieu
luy euftfait voir la vilîon dont il parle icy,
©y aucune autre femblable. Car il arriu^e
quelquesfois des fyncopesquiemperchenc
tellement, toutes les opérations des fenSa
qu'ils n'en produifeni du tout point ; ^
neantmoins Tame , comme fi elle eftoit
elle- mefme engloutie dans la pamaifonj^
n'a aucune vifion, ëcnç fefouuientpoinE
d'aucir ny riea veu ny rien ouï quand h^^
l g Sermon lll fur le chd^l u)
peifonne eft reuenuè. L'Efcriturefaint^
clonques ne nou5 difanc du touc rien en
cer endroit- là, qui marque que l'Efpricdo
DiCu Te foie alors defployé dans les facul-
tés inceiieures de S. Paul , pour luy faire
voir de iï admirables vifions , ie ne voy
pas qu'il y aie lieu de l'afleurcr , veii
qu'elle n*a pas accouilumé de le celer
quand elle nous rapporte Thiftoire de
quelque exftale. Enfin , pofé le cas que
pondant ce cemps-là. S. Paul ait eu qucU
quef diuines reuelations, ûy auroit pour-
tant icy deux chofes à dire. La première,
que roperatip de TETprit fe feroit déployée-
alors adonner quelques reuelatipns à S.
Paul, & à luy enfeigner les myfteres de
TEuangile qu'il auoit à annoncer , afin d^
l'en rendre capable ; comme de fait, il fc
peut faire que ce fut alors qu'il vid Ana-
ïîias en yifion , &: il eft certain qu'il com-
mença peu de iours après à exercer fon
Apoftolat , à la confusion des luifs aduer-
laires de la vérité , & à l'admiration des
iidellcs. Mais il y a vne grande difi'iren-
ce entre les do6trïnes de i'Euangile que
i'Apoftrc S. Paul a deu grefcher , & les
paroles quil a ouïes en cette admirable
yifion >& cju'il a?ppclk inenarrî^blcs. Car
2eh ïh aux Cor:v. {. z.if^.fl f}^
Celles-là onc dcu eftre annoncées parluy
àl'Eglife de Dieu , Se celles- cy ohc deu
demeurer fupprimées iufqucs à la çon-
fomraation des fiecles. La féconde, que
quelque vifion que l'Apoftre S. Paul aie
veuè alors, tanc y a que c'a eftéen exftafa
fiulement ; c*eft à dire, fans que ny fbn
corps aie eftc cranfporté au Ciel,ny que
fon ame aie eftc feparée de fon corps pour
y eftre rauie. Cependant les paroles dont
il fe fert icy, à les confiderer vn peu atcen-
îiueraenc , ont indubitablement cette em^
phafe de fîgnifier, qu'encore qu'il foit in-
certain en laquelle de ces deux manières
cela s'eft fait, fi eft-ce qu'il faut necefTai-
remenc que ce foitenTvne ou en l'autre;.
Car il ne fe feroit iamais ferui de ces ter*
mes répétés auec tantd'eiîîcace,^^^^^/^*;^?
îorfsienefai y fi ce fut hors dn corps^ ienefai^
Dteulejaity s'il n auoit creu que f©it que fa
perfonne toute entière ait eftè tranfportéc
là-hauc, foie que par quelque miraculeufe
opération de rEfpcit de Dieu fon ame aie
cfté tirée pour quelque temps defon corps
pour eftre enleuée en Paradis, tant y a
qu'il faut que cela foie arriué enrvne de
ces deux manières. Voyons maintensm.r
comment il eft poffibleô^ enl'vne & tp.
^ï 'Semohllî.fur lechap.xil
Taucre. Pour ce qui eft du corps , il n*y i
nulle difficulté^ eu égard à la puiflance de
Dieu. Il nous eft rapporté au chapitre
huitième des Ailes, que Philippe s'eftant
premièrement ioinç au chariot de l'Eunu-
que de la Reyne Candace, & puis, après
auoir inftruic cet Eunuque en la connoif-
fancc du Seigneur lefus , & l'auoir baptifc,
quand ils furent remontés hors de l'eau»
rEfprit du Seigneur le rauit , & le tranf*
porta de laprelencedeTEunuque , telle-
nient qu'il ne le vid plus, & qu'il fe trouua
cnvne ville nommée Azote. Aucom-
mencement de l'Euangile félon S. Mac-
ihieu , il nous eft dit que noftre Seigneur
fut emmené par TEfpric au defert pour y
cftre tente 5 ce qui (emble dénoter que
fou corps yfuttranfporté par l'air 5 &non
pas qu'il y alla à pied , comme il auoit ac-
couflumé de cheminer par laludée. Mais
ce qu'il efl dit dans la mefmehiftoirequc
du défère où il eftoit , il fut tranfporté en
Ierufalem,&misfurlc pinnacledu Tem-
ple , ne reçoit point d'exception. AiTcu-
lémcnc cela s'eil fait par le tranfportdc
fon corps, par l'efficace d'vne caufe ex-*
trâordinairc&: furnaturelle. Qoanc àc«
i^ui fc ttouue de fcmblable au Vieux Td-
^de là II. ^akxCof. ^, 1. 5. 3J4; jT ^
tâtnenc, il n'en feue pas tant faire de conJ
Ûderation. Gar Ezechiel nous dit bien,
au chapitré huitième de fes Reuelations^
gu'cftantcnfa raaifon enBabyione, ilvid
la femblance d' vn homme qui mie la main
fur luy , &: qui Tayant faifi par la chcùelu-
re, le tranfpotta iufques en lerufalem prés
du Temple , pour efpier cec^ui s'yfaifoité
Mais il adjoufte incontinent que cela fc
fit da^s les vijtons de Dieu^ c'eft à dire, dans
vne exftafe , &: par vne chofe reprefencée
à fon imagination, ôc non par vn tranfport
rcel & efFcÊtif de fa perfône. Et il eft dit en
quelque autre lieu, qu'Abbacuc futaafli
faifi par les cheueux par vn Ange, &: tranf^
porté entre ciel & terre, côme ondit, de-
puis laludce iufques en Babylon,au lieu où
Daniel eftoit enlafolTedcs lions. Mais
cette hiftoire eft tirée d' vn Efcrit Apocry-
phe , & dont le témoignage n*eft point
authentique. Qupy qu'il en foit, cela n'eft
point impoffible àDieu,& peut efee ntx*
cede-t-il pas la force des Anges. Qiie 6;
quelcun me dit icy qu'il y à bien de la dif--
ference entre les interuâlles deceslieiix-
làj pour fi efloignés qu'ils foy ent, 6i refpa-
ce qui eft entre la terre & le Paradis 3 ie
refpondray que T Apoftrc S. Paul ne feroic
1^ ^Sermon. U.fur lechjp. lit
pas le premier a qui celle chofefcroit arrî-ii
née. Êar fous TEconomiede la Nacure^*
comme on parle , & dés auanc le Déluge,
Henocaefté tranfporcé en corps là- haut
dans le Ciel :&: Elle y a efté pareillement,
tranfporcé fous la Difpenfation légale.
Enfin, Chrift y a efté efleué en la picnicu-:
de des temps, ôc s'y eft allé affeoir à la
main droite de fon Père. Vray eft que
comme noftre Seigneur lefus Ghrift auoic
en fa refurre£lion acquis des qualités en
fon corps lefquelles il n'auoic point aupa-
rauant, afin d'eftre en vn eftat conuenable
a la nature de ce lieu glorieux dans le-
quel il deuoit entrer , il ne faut pas douter
qu Henoc & Elie n'en ayenc acquis de
xiouuelles par quelque tranfmutacion*
Car cet eftat naturel auquel ils eftoyent
n'auoit aucune proportion auec la demeui
redu Ciel î félon que S. Paul die que la
chair&lefmg.CQiiz, dire, les infirmités de
la Nature , ne peuuent hcriter le Royaume dt
Dieu,Qj\3Lnt à S Paul, il ne s'en peut pas di-
r^demefme. Car depuis qu'il a efté re-
tourné du Ciel , polé le cas que fa perfon-
ne toute entierre y ait efté tranfportée,foix
corps a eu lesmefmes qualités naturellei
quQ r\pLis auons maincçn^nc , ôç a ç&\
dcU U. aux CoK 'V. /r 2. j . ^. j. j5
accmpagné de toutes les infirmités qui
fuiuent infeparablement cette vie fcnfuel^
je. Mais cela n'empefche pas que i'A-^
poftre n'ait peu eftre tranfporté eii corpst'
î?arce qu'il a fallu qu'Henoc &c Elie ayenc
ibuiFert cette tranfmuatiô pour demeurer
toujours au Ciel , comme cela leur eftoit
ordonné. Au lieu que S. Paul n'ayant à
y eftre enleué que pour peu de temps &:
par économie feulement , il n'a pas elle
necefTaire qu'il perdift fes conditions or-
dinaires. Et comme quand Elie ScMoyCt
font defcendus pour affilier à la transfigu^
ration de noftre Seigneur, iln'apas cfté
befoin que leurs corps fe foyeat dépouil-
lez de leurs qualitez celeftes , pour en
, prendre de conformes à l'eftat de la vie
prefente >parce qu'ils n'ojnt deu eftre fur le
fommec de la montagire que fort peu de
temps : qwand S. Paul eft monceau Ciel*
il n'a pas efté beloio Ron plus que fon
rçorps abandonnai: fesqualitezt en iennc^3
parce qu'il ne deuoit eftre là* haut que fore
peu de temps nOn'plus.îl cft vray qu'il a fal-
lu qu'il ait paffé par la moyenne région de
l'air , que l'on dit eftre fort froide : 5c par
celle du feu élémentaire, qu'on s'imàgirie
toucher ks fpheres dcseieqx j & enfin a«
^4 Sermon *IlLfur le chap] ti!*
ix^uers des fpheresceleftesmefme^,dojif
on a cette opinion quelles onc beaucoup
d'épaifleur 3i de folidité.Quant àla fécon-
de regiôdelair/uft-elle encore beaucoup
plus froide qu'on nelacroidedre, celuy
qui commande aux elemens Se qui leur a
donné leurs qualitez , en a bien peu ga**
reniir le corps de S. Paul, sHl luy a pieu de
le faire paffer au trauers. Et quand le feu
élémentaire feroit auffi bruflant qu'eftceir
iuy dont nous nous feruons icy bas , le
Créateur qui apreferué les Compagnons
d'e Daniel au milieu dVne fournaife
ardente , fans qu'ils en ayent efté en-
dommagez , a bien peu empefcher le
feu de là- haut de fe faire fentir au corps
de faint Paul. Enfin , quand les globes
celeftes auroyenc autant de folidité que
l'airin ou le diamant, celuyqui les a tous
formes les a bien peu faire fendre par fon
fcul commandement , pour donner à l'al-
ler de au retour, paflage au corps de fon
faint Apoftre. Et ce qui s'eft fait pour He-
iioc , ce qui s'cfl: réitéré pour Elie , ce
cjuis'eft exécuté pour noftre Seigneur Ie«
fus Chrift, aura bien peu fe faire pour S»
Paul, fi telle a efté la volonté de Dieu
que c'ait efté en corps qu'il ait efprouué
cette merueille. L'autre façon eft vn peu
moins com{>rehehfible. Car fi lame de
rApoftres'eft feparéed auecfon corps , il
femblc que cela n'ait peu fe faire fans
niort.Et fi elle s'eft reunie à luy quand elle
cft retournée du<3iel,c'cft vne refurrediô.
Or nous ne voyons point que nyS.Luc,ctt
l'hiftoire qu'il nous fait de luy, nyqueS.
J?aulmefai€, dans les diuers ^endroits de
fesEpiftresoii il rapporte afles ponfluèU
leoient les cfaofes extraordinaires 8c mé-
morables qui luy font arriuées , ait-laifle
autune trace d'vne choie fi merueilleufe
qu'auroiceftc celle de fa mort & defa re-
furreâ:ion d'entre les morts. Ayant donc
dit tant d*autres chofes qui ne font nulle-
ment de l'importance de celle-'là , cora-
mcntôtpour quelle raifpQ la nous auroit^
il celée jNeancmoins, fil y a encere deux
chofesconfiderablcsàdkeicy, pour mon-
ftrerque mefmes de cette façon- là le ra-
uifTementdeS.Paul n'a pas elle impoflî-
ble. Car premièrement, pofé que cela
n'ait peu fe faire autrement que par la
mDrt,iamefme raifon qui luy afaitfup-
primer par Tefpace c^ quatorze ans la
merueille de fon rauiffement là- haut , luy
aura auflifait celer la manière par laquelle
^¥' Sermon ULfur le chajl >i^
cette mcrueillecftarriuée. Car^il ncpoir^l.
Ù'oitipas dii?ï qu'il eftoit mort & rcffufci-
té des morts , qu'il ne diftauflî pourquoy
cela luy cftoic arriué ; ce qui cftoic propre-!
ment la chofe qu'il vouloit taire. Pui$
après , encore n'eft-il peut-eftre pas ab-
folument neceflaire que cette feparatiôh
de fon ame d'auecque fon corps fe foit fai-
te par la mort. Yx>us voyez , mes feres,
comment la Nature nous a compôfezr
Nous fommes faits d'efprit & de corps, 6C
c'eftdeleurvnionque refultê la conftitu-
tion de noftre eftre. Quant à l'efprit, nous
le tenons de Dieu qui le crée de fa main:
mais pour ce qui eft du corps, nous le ti*
tons par communication de ceux qui nous
engendrent. Et auecque cette matière de
. laquelle nos corps font compofez, vient la
chaleur naturelle, & l'humeur qu'on ap- .
pelle radicale, qui luy fert d'ahment pour
1 entretenir, & peut eftre encore les facul-
tés vegetatiues & les fenfitiues. Au moins
y a-t-il des Philofophes, & des Méde-
cins, & des Théologiens encore, qui font
de cette opinion , que Tame raifonnable
n'eft point infufe dans le corps finon au
quarantième iour aptes fa première con-
ception : p^rcc qulls croyentqu auant ce
tcmp^
ifc la IL aux £or. àKi,^,]^.', 5; ^7
Icmps-là , le corps ne peut auoir les orga-
nes ôc les difpofitions qui luy font neceifai»
rcs pour receuoir & pour loger vne forme
& vne hofteffe fi excellente. Si cela eft , il
faut qu'il y aie dans la matière du corps,
comme elle nous eft communiquée par la
génération , quelques facultés vegetati-
ues , Se peut cftre quelque chofc de plus
que cela, auant que Tame raifonnabic y
foit prefentc. Or eft il bien vray fans
doute que quand cette chaleur naturelle
eft efteintc , Se cette humeur radicale
épuifée, l'amené peut naturellement fub-
fifter dans le corps humain. Il faut necef-
fâirement qu'elle s'en (epare alors, Se c'efl
en cette feparationjquand elle fe fait ainfi,'
que confifte proprement la mort. Mais il
ne s'enfuit pas de là que Dieu ne puiflc
feparerTame d auecquc le corps , fans que
cette'chalcur naturelle s'épuile, Se que les
facultez qui ont nat-ureliement fiiiui la
propagation du corps, foyenc egajemenc
abolies. Car comme elles ont ùibliftéau
corps auant que Tnme y fuftj Tames'ea
peut bien feparer par la pui/Tânce de Dieu,
que neantnioins elles y fubfifteront enco-
re; Ceteftac là donquesn'auroitpas efté
à proprement parler vne mort, ny par
G
$S Sermonîîl .fût le cha^. 12:
confcqnenc la réunion de Tame auecquô
Ijô corps , vne refurreûion proprement
dite non plus: parce que la vraye raorc
confifteen Textinaion de cette chaleur,
i5£ en l'abolition des facuhez par lefquclleâ
les parties du corps ou croifTcnt ou fe
îiouriiirent. Ainfi^encore de ccitefaçon-
là il n*y a point d'impoflibilitc en Texecu-
tion de ce miracle. Car quant aux autres
confiderations que nous auons faites fur
les conditions des corps, elles ne touchent
point vne lubftance Spirituelle & imma-
térielle telle qu'cfl: famé. Elle n'a point
lés qualicez terriennes & élémentaires
«qui (e trouuentdans le corps tandis qu'il
cften Teftat fcnfuel & animal. Elle n eft
point paffibie ny au froid ny au chaud, ny
aux aiuiesaÊtiuitez de l'air ny du feu ny
des au.tres elemens. Enfin , elle ne peut
eftre en^pefchée ny retardée en fonmou-
uemcnt par la matière des corps, quelques
grands ou lolides qu'ils puifFent cftre»
Mais il fe prefente icy d'autres difficul-,
Kz confidcrables. Soit en corps, foit hors
du corps, qi'c ce rauiffement fe foit faitj
( car puis que i'Apoftre S. Paul s*cn eft
tcu, nous vous auons défia dit que nous ne
Voulons pas le décider,) comment elt-c«
iî(f la ILduxCof. u i. ï. 3. 4^5-^ ^
qu il die qu'il n'en fçaic rien?Car fi cela s'ett
fait en corps, puis qu'il auolc lesfensdes
yeux & des oreilles ouuerts pour Voir ÔC
pour ouïr des cbofes ôc des paroles iné-
narrables, ne voyoït-il pas bien fonpro*
pre corps , &ne fentoic-il pas qu'il faifoife
ces opérations par le moyen de fcs orga-
nes ? N'eft ce pas vnc chofe infeparâble
des aûions de nos fens, que non feulement
nous âglffons par eux, mais que nous Ten-
tons bien que nous âglffons /Se que noua
fommes affeurés des opérations qu'ils pro-^
duifent ? Et ficela s'eft fait hors du corps
&: dans l'ame feulement ,rameeftant fe-
parée d'auec fon corps a-t-cile peu ignorèi
fa fepàration, 8cn' a^r.cllepasauffirecoha^
nu quelle eftoic la nature de fon aaion^
lors qu'elle voyoit ^ qu'elle oyoit des ob-
jets fi émerueillables ^ A cela , mes fteresi
on peut refpondre deux chofcs, La pre-
mière eft que ce mot Acfanoir , Z-c celuy de
nt piimrça^ , fe prennent également eri
deux (ignificatious différentes. Car ordi^^
Tiûttivxni fifioir fignifie auoir la connoif-
îancc de quelque diofe , Uncfatmr pas
iignorer : ac c'eft la plus propre 6cla plus
commune intelligence de ces termes.
Mais quelqucsfois on em^ploye ces mocâ
G ij
/oo Sermon I IL fur le chapAiZ
^^fauoir &c de nefauoirfasy non pour fi-
gnificc la connoifTancc ou l'ignorance,
maislarefoliïtionquona faite de ne dire
&denedécouurir pas vne chofe dont on
neft pas ignorant. Pour exemple , quand
TApoUre efcriuant à ces melmes Co-
rinthiens icy, dit qu*il ne veut point fauoir
entreuxjinon leftu Chrijl é* icduy irucifié^W
ne veut pas direquabfolument il arefolu
d*ignorcr toutes autres chofes. Il auoic
beaucoup d'autres connoiffancesque cel-
les qui concernoyent la Croix de noftrc
Sauueur, & il paroift par fes Efcrits qu'il
çftoit niefmes bien verfé dans la leûure
des Poëces. Et quand il cfl venu àla con-
noiflance de noftre Seigneur , il n'a pas
oublié ce qu'il auoit appris auec Gamaliel,
aux pieds duquel il auoit efté nourri , pour
y entendre, non pas feulement les chofes
de la Loy , & les interprétations que les
luifs , ^ nonimémenc les Pharifiens
auoyent accouftumé d'y donner , mais
naefmesles chofes qui regardent laPhilo-
fophie. H veut feulement dire qu'il are-
folu de n'enlcigncrauxCorinthiensfinon
l'Euangile du falut,& que de toutes les au-
tres choies qu'il fçait il ne leur parlera
non plus que fi elles luy elloyenc entière-
'4e U IL aux Cot. v. i. t\ J. 4, {. Htî
ment inconnues. Et quelques vns pren-
nent à peu prés en mefme fens ces parc
lesdenoftrc Apoftre, au chapitre 6. delà
î. àTimochée. S^ quelcun en feigne vnedo''
Brine dîuerfe , ^n adhère point aux faines
farcies de nofire Seigneur le Ci s Chr (l ^ dfaU
doctrine qui ej} fc Ion pieté : vn telefl enflé ^ ne
/achant rien. Dans les Poètes Comiques
on rencontre quelquesfois cette façon de
parler , ce que tu fais , tu ne lefcaispas , ou il
ne faut pas que tu le fâches ; c'eft à dire, don-
nc-toy garde d'en parler non plus que fi
tu n'enlauoisdu tout rien. Et la raifon de
cette façon de parler eft qu en toutes lan-
gues on met fouuent les chofes qui précè-
dent pour celles qui fuiuent, &les chofes
qui fuiuent pour celles qui précèdent. De
forte que l'ignorance eftant la caufe du
filencff, parce que Ton ne fauroit parler de
ce qu'on ne fçait point du tout , des chofes
defquelles on fe taifl: abfolument, on ne
fait pas difficulté de dire qu'on les ignore.
Qijand donques l'ApoUreauroiticy em-
ployé ce terme en cette fignification , il
n'auroit rien fait que ce que nous faifons
affés fouuent , lors que voulans reprimer
ou l'importunité des enfans , qui nous de«
mandent des chofes qu'ils ne foac pas en-*.
G il]
xot^ Serman lll. ftir le chap.iii
çore capables d*cntendre , ou celles dc^
gens trop curieux, qui s'enquierenc de ce
qu'ils ne doiuenc pas fauoir ; nous Icun
difonSj/V tien fçây rien , ce qui n'a poins
d'autre figni fi cation finon , U ne vtux pas
'■vouskdDe^ Et de fait 5 eu égard àlacurio-
Çté naturelle de I efpri»; humain, il eft à
prcfusner que les Corinthiens auoyenc
pefoin que TApoUre mift ainfi vnc bar-
rière audeuant de hurs demandes. Car
auçrement ils n*euffent pas manqué de Igy
faire mille q[uefl:ions aufquelles il n'euft:
eftény defagrauicény de Icuredlficarioi^
dcfatisfairc. La féconde chofe qu'on peut
ierpondrecfl,que dans leschofe^ quidVn^
cofléfont impreueuès ^ furprenanres,&:
qui deraurrefonc grandes cxtraordinai->
rcmcnt , bien que nous ks voyions ou que
nous les entendions, fieft-ce que nous n'y
jreconnoiflTons & ny fencons pas bien di-
ftinftementles opérations de nospuiflan-
ces. Ainfi voyez- vous en quelcun des
Pfeaumcs, que les fidelles parlans du re-
tour du peuple d'Ifrael hors de la captiui*
«ç de Babylon , difcnc, ^and f Eternel
Ramena & mit à recoi ceux de S ion cjui rctêur-'
Tioyent de captiuitéy nous ijiions comme cen^
^ifoti^int. C'eft à dire , que cette dcli--
de la IL aux Cor, W-. r.i]^. 4. j; loj
lUrance fut fi grande , fi furprenante, â
pleine dVne ioye incomparable dç d'vn
contentement non attendu , qu'à peine
s'en pouuoyent ils aficurer , ne fachans
prefquc fi c'eftoit vne vérité ou l'iilufipn.
aVn fonge. Quarad l'Ange tiraS. Pier le
deprlfon, & qu'il luy fie tomber les chaif-
nes des mains, il eft dit exprefl^cm et que S..
Pierre ne fauoit pas que ^ue ce qui fefatfth
fufi^ray yXZTiX,\2iQi\oïï^Çi.o\x. meruelUeufeo
£t dans les grandes émotions de cette çia-
ture,on a accouftumé de dire , iefmsraui^
iefuù hors de moy. , iemme fènspas moy mef-
me. Laraifonde cela eft que pour fentir
ûous-mefmes nos propres opérations, &
pour bien reconnoiftre' quelles font les
facultez par lefquclles elles s'exercent, il
faut que nous retirions en quelque façon
nos efprits de dcflus les objets à la con-
templation ou à la iouïflance defquelsils
efl:oyent occupés, pour lesramener & ré-
fléchir fijr nous, & pour contempler com-
ment nous auons agi, ôç quelles font les
puiflances que nous y auons defployées.
Quand donques l'objet eft fi furprenanc
qu'il rauit abfolumcnt les facultez à foy, &
fans, par manière de dire, qu'elles ayenc
le loifir de 6'en aduifer ; a^ quand il çû %
fo^ Sermon II L furie chap, li;
grand, fi extraordinaire, & fi touchanr>^
qu'il remplit les facultés toutes entières,
de force qu'il n'y en peut entrer d autre
qui leur face venir la penfée de fe confi-
derer elles mefmes ôc de fe retourner fur
foy, alors, corne lî elles eftoyét en quelque
efpece dexftaie, elles ne fe connoiffenc
pas elles mefmes, &: neiugentpas diflin-
ftement de leurs propres adtions. Or
voyés-vous,mes frères, quelle edoic la na-
ture dcrcbjet qui fe prefencoit alors à S.
Paul. lamais homme mortel n*en vid vn
Il grand ny fi glorieux , ny fi capable de
renjplir toute reftenduc de fes facultez
pour fi valles qu'elles pcuflenc cflre. Ec
pour ce qui efl: de la furprife, foie que ce
rauifTement fefoit fait en corps, foie qu'il
fe foit fait en ame feulement, outre qu'il
efl à prefumer qu'il a efté fort fubit &c fore
impremeditc, la merueille de ce que S-
Paul aveu 8c ouï, luyaefté finouuelle,&:
luy a donné d'abord vne fi grande admi-
ration , qu'il a eftcaifé de s'miaginer qu'il
cnfennt vn tranlporcinconceuable. Ec
fi vous vous figurés vn payfan , qui na
iamais paffé plus loin que les enuirons de
fa chaumine , cftre enlcuépar vn Ange,
ôc tranfportc dans la ville de Paris , ôc
delaIJ.auxCor.'v.hz.3.4.{. rZ/
^ue TAnge le met touc endormi dans le
plus beau lieu du Louure > au milieu des
plus grandes magnificenees de la Cour,
ôccn commodité d'ouïr &:les propos qui
fe tiennent dans les Cercles,& la Mufique
qui s'entend dans les concerts, vous n au-
rez point befoin de vous mettre dansl'ef-
prit ridée des Palais enchantez dont par-
lent quelques Romans & quelques Poè-
tes, celle là, fi vous vous figurez que ce
poure homme fe réueille,& que tous ces
beaux objets frappent en mefme moment:
fesfens, fufïîra pour vous faire conceuoii:
qu'en telles occafions on fe trouue fi efton'»
ne qu'on ne fçait fi on efl: viuant ou fi
on eft raorc , fi on dort ou fi on veille. A
cela vous pouués encore adjoufter que
quand les facultés de S. Paul euflent efté
moins déterminées d*elles«mefmes parla
nature de l'objet , fiDieu a iugé à propos ou
neceffaire, que S. Paul ne fceuftpas exa*
âement comment ce miracle fefaifoit, fi
dije, c'efloit ou en corps mu hors du corps,
il aura bien peu tellement attacher fes fa-
cultez fur les chofes qu'il luy prefentoit&:
à voir & à ouïr , que leurs opérations fuf-
fenc abfolument en dehors , 8c que quand
il Tcuft voulu il n euft pourtant peu en fai-
toè Serm oit tll.fur le chdf. jzî
re reflexion fur foy-mefme. Tellement
qu'il voyoit & oyoic ce qui/e prefentoit Z
luy extérieurement ; roaisily eftoit telle-
ment fixé &ç déterminé par la puiffance de
Dieu , que ne repliant aucunement fes fa-
cultés ny leurs opérations fur foy , il ne
pouuoitj quand le rauiffement fut palfé,
auoir aucune certitude delà conftitutioa
çn laquelle il eftoit à rheure que ces mer-
ucilleuxobjetsremplilToyent ainfi toutes
fes puiflTances. Voila pourquoy il dit qu'il
ne fçait quant à luy comment cela fe fie.
Mais quelle raifona-t-il d'adjouftcr,Z)/f/!^
lefçàït^. Car qui peut douter que Dieu ne
lcfccuft,luy dequi la connoiÔanceeft in-
finie comme rcflence ? Certainement,
mes frères, ny les Corinthiens ny aucun
autre ne pouuoit pas douter que Dieu ne
fceuft cxa£lerocnt comment tout cela,
s'cftoit paffé. Les chofes anciennes, les
prefentes , celles qui font à venir , fonc
lîuèsô^ defcouuertesdeuant fesyeux. Ses
connoiflances mefmes ne fe bornent pas à
cela : il fçait encore toutes les chofes pof-
iibles, bien qu'elles n'ayeni point, & qu'el-
les ne doiuent iamais auoir aucune aâuel-
le exiftence. Cornent donques ignoreroic-
illes chofes qu'il a. faites luy- mefme, & qui
eîe h IL aux Cof/v. î . 2. i.^*$. ïo^
ont cfté exécutées par l'efficace de fa
jnain ? Mais auffi n'eft cepasce que TA-
poftre S. Paul veut dire: il entend qu'il n'y
a que Dieu qui le fâche , ôc que fi on veut
cnauoirla connoiflance, c'cft à luy qu'il
fe faut addreflfer pour le demander. De
forte que n ayant point eftabli de lieu d o-
racle, ny ordonné d'Ephod, ny inftitué
d'autre moyen , pour s'aller enquérir de
luy touchant les chofes abftrufes & ca-
chées à l'intelligence humaine , ny donné
depromeflcsde fatisfaireà lacuriofitcde
çcuxqui s'en enquerroycntjCe quirefulte
de cela c'eft qu'il en faut demeurer-là, &:
ne porter pas plus auant la curioficé de foa
ame. A peu prés comme au vingt-qua-
trième de S. Matthieu » Chiift interroge
par fes difciples touchant le iour du luge -
nient, leur dit , ^ant à ce hur4a ^ é*â
l'heure , ml ne le fait , non f as les Anges da
Cielymais mon Père feuL C'eft à dire qu'il
ne faut pas s en enquérir, & que ny luy ny
qui que ce foit n'a charge de le reueler
aux homes. Tellement que fi on le defirc.
fauoir, c'eft au Père qu'il fefauc addrefler.
Cequieft tout autant que s'il difoit , Ne
vous en enquerez point do tout, paî:cç que,
jfous ne fauriez monter au Ciel pouryoua
àbSi Sermon lll, fuAech ap. il!
en enquérir de Dieu, & il n'a point ordoii^
né de moye de le vous reueler en la terre.
Ce qu'il cft plus permis de rechercher, &
qui peut eftre n*efl: pas fi difficile à trouuer,
c'eft où & quand s'eft faic ce miracle. Pour
ce qui cil du temps , nous vous auons defîa
dit en gros, qu'à fuppofer ces quatorze ans
en rétrogradant, cela eft tombé en l'année
que S. Paul fut conuerti ànoftre Seigneun
Et pour ce qui eft du lieu , nous auons au
commencement de cette aftion déclaré
que nous ne pouuions confentir a l'opii
nion de ceux qui rapportent ce rauiffe*
ment à Thiftoirc qui nous eft récitée
auneufieme chapitre des Aftes. De forte
qu'il y a beaucoup d'apparence que cela
cftarriué au voyage que l'Apoftre fît ea
Arabie , après auoir fait quelque fejour à
Damas. Carvoicy la fuite de Thiftoire,,
comme elle fe peut recueillir du liure des
Acbes, Se du premier chapicre de l'Epiftre
auxGalateSjOuS. Paul msfmefuppléece
que S. Luc alaifle. Il partit de lerufalem
auec commifllon du Souuerain Sacrifica-
teur, pour s'en allerà Damas y perfecuter
]'Eglife. Noftre Seigneur luy eftant ap-
paru fur le chemin , & luy eftant demeuré
^ucugle pour les caufes que ie vous ay
rapportées cy- deflus brieucmenc , on le
conduit à Damas > où il eft t rois iours fans
voir , ô^ fans boire , & fans manger. Ce
tcmps-làcftant paffé, Ananiasie vatrou-
uer par le commandement de Dieu, &Juy
împofe les mains , ^ après ques les écailles
luy furent tombées des yeux, &quilcuc
cftébapcifé, il fe mit incontinent à prêt-
cher le nom de noftre Seigneur lefus
Chrift dans les Synagogues. En fuite de
cela il alla en Arabie 3& quel fut le fujec
defon voyage, & combien detemps il y
fejourna, c'eft ce qu'il ne nous dit point-
Quelques grands perfonnages font de
cette opinion qu'il y demeura enuiroa
trois ans. Mais ie ne fçay s*il y a beau--
coup d*apparence. Car s'il y eft allé pref^
cher l'Euangile, & qu'il l'ait faitenuiroti
trois ans durant, ce n'aura pas elle fans
y faire beaucoup de fruit, èc fans y fondée
beaucoup d'Eglifes. Or comment fe pour-
roit'il faire qu'il auroit planté quantité
d'Eglifes en ce pays- là, fans que luy-mef-
me nous en eufl: parlé ailleurs , ou fans que
S. Lucau moins nous en euft ditquelquc
mot dans l'hiftoire qr/il nous a faite de la
naiflancedu Chnflianifme? Qjelque fc-
jour qu'il ait y faic,il reuint quelque temps
tïé Germon !1I. fur le chap. /if
après dans lâ ville de Damas, &c après yr
âuoîr prcfchc,perfecuiions*eftanc emeuc
a cette occafion contre luy , pour en ef-
chapper , on le defccndic du haut en bas
de la muraille de la ville par vne fencftrc
en vne corbeille. De là il vint en leru-
falem pour vifiter Pierre , & demeura
âuecluy quinze iourS:> &puis il en partie
pour venir prefcher l'Euangilc dans les
contrées de Syrie ôc de Cilieic. Puis
donc que" ce n*eft pas a Damas que ce
îTicrueilleux accident luy eft arriuéj& que
îîeantmoins il ne peut eftrearriué linoii
en cette année-là, il faut neceflairemenc
que cela fe foit fait en Arabie,& peut eftre
que Dieu a choifi les lieux deferts de cet-
te region-là , pour exécuter ce rauif^e^
irent hors de la veuc &c de la prefence des
hommes. Car quand il tranfporta He-
noc , ce ne fut pas deuant les yeux de la
multitude, mais en quelque lieu écarté.
Et quand il enleua Elie , ce fut en la pre-
fence de fon feruiieur Elifée , mais neant--
moins en tel endroit qu'il n'y auoit per-
fonne qu'eux deux. Enfin, quand noftrc
Seigneur monta au Ciel , ce fut bien à la
vérité en la prefence de fes difcipksjparce
qu'ils deuoyerit eftre les témoins de fon
lûtêUÎL aux Cor.H)!î.L'^.4.y^ ht
afcerifion auCiel,auflî bien que de fa mort
%c de fa refurreftion.Mâis il ne fut veu que
d'eux en cecce occafionlà. Ec puis que
Dieu ne vouloir pas que ce tranfport dé
S. Paul fuft connu finon quatorze ans
après, ilyauoit, outre les caufes généra-
les pour lesquelles czs avions ont deu fe
faire en quelque fecret , vne raifon parti-
culière pourquoy celle cy fe deuoic exé-
cuter en des lieux deferts & hors de là
connoiflatice des hommes. Or eft-ilicy à
remarquer 5 itnes frères, pour nous appro<
cher de la conclufion de cette adion , qu'il
eft fans doute arriué des chofes fort me-
morablesâuK autres Apoftres. Puisqu'ils
eftoyent deftihés pour cftte les hérauts de
TEuangile de Chrift, & pour conquérir
les Nations à fa connôiflance ^ ils ont deu
auoir d.'admirables reuelacions , faire des
miracles (îgnalés , & eflonner delamet-
ueiile de kurs aftions toute la terre habi-
table. Neantmoinsil nous eft en la Parole
deDiéu die peu de chofes de la prcdicatîort
de tous lesautres,en comparaifonde deux
d'encr'euXjàfçauoirS. Pierre & S. Paul^
dot rhiftoireeftremarquablepardesmer-
ueilles extraordinairement fignaléeSé Cat
quanta Se Pierre> outre les autres merudl^
^11 Sermon II. fur le chap. 71:
lesqui nous font rapportées de luy au Ymiè
des Aftcsjily en a deux encre les autres
qui donnent vne finguliere admiration.
La première eft cette vifion qui luy fut
addreffée en la ville de loppe. Car luy
eftanc furuenu vn rauiffemcnt d'efpric
comme il prioic , il luy fut aduis qu'il
voyoic defcendre du Ciel vn grand lin-
ceul lié par les quatre bouts , ou eftoyent
contenues toutes fortes d'animaux 3 ôc
qu'en mefme temps iloyoit vne voix qui
luydifoitjT'^é'd"»^^^^^; pour luy donner à
entendre par cet emblème allégorique»
quedeformaisilne falloir plus mettre de
différence , en ce qui touche rcfperancc
dufalut, entre les luifs & les autres Na-
tions. Ce qui fut fuiui d'autres circonftan-
ces qui rendent l'hiftoire de cette rcuela-
lion fouuerainement remarquable. L'au-
cft , quand il fut mis en prifon par le com-
mandement d'Herode , & que l'Ange de
Dieu l'en tira miraculeufemenr. Car
c'eftoit bien certes vne cliofe admirable
tout à fait, qu il luy fift: tomber infenfiblc-
nientfeschaifncs desmainsj qu'il lecirall
d'entre les foldats au milieu defquels il
dormoit; qu'il fift que les portes (ouutrif-
fenc d'elles mefmes deuant luy; qu'il le fift
paflcr
'àe la îï. aiix Cor. v. {. Ll 4. s» «^1
Jiafler au trauersdcs corps^de- garde fans
qu'ils s'en apptrccuffenc , & qu'il le dc-
liuraft ainfide la main de ce tyran & de
Taccente du peuple desluifs. Pour ce qui
cft de S. Paul , fon hiftoire eft toute mira-
culeufe.Ii eft appelle dVne façon extraor.
dinaire, & par des voix des cieux Se des
apparitions du Seigneur. C'eft l'oracle du
S. Efprit qui luy donne fon département
ctî la prédication de TEuangile, &: qui dé-
clare hautement entre les fidelles qu'il a
cftc misa part pour cela. C'eft la Proui-
dence extraordinaire Se particulière de
Dieu qui dirige tous fes voyages , & fes
commandemens exprés, ou les mouue-
mens du faint Efprit, font ceux qui or-
donnent des lieuK où il doit Se où il ne doie
|)as prefcher. Il luy apparoift des vifions^
comme de cet homme habillé à la mode
des Macédoniens, qui luy àïz^^aj/ê en
Macédoine é* not^ aide , pour l'aduertir des
endroits où TEuangile du Seigneur peut
çftre annoncé auec fuccés. Les fonde-
mens des prifons tremblent, fleurs por-
tes s'ouurent au fon de fa voix, quand il
y inuoque fon Sauuéur,& qu'il y chante
fes louanges. Les Prophètes que Dieu
fufcitoit en ce temps- là reçoiuent des
11^ Sermon IlL ftifle chap. iil
vifions &: des infpirations pour luy, afifi
de prédire les accidens qui deuoyencar-
riuer à fa pcrfonnc. En vn mot , fa vie,'
depuis qu'il partie de lerufalem pour venir
à Damas , eft vne tapiflerie variée d'vnc
infinité de remarquables euenemens, Se
rehauflee ça &c là de l'imcomparablc éclat
de diuerfeschofesmiraculeufes. Maisen
tout cela il n'y a rien de fi merueilleux que
ce glorieux rauiflement dont il eft parla
en ce paflage. Et s'il eftoic arriué à S.
Pierre, bon Dieu , comment eft ce que
ceux de la Communion de Rome en.
triompheroyent : Ils diroyent qu'il au-*
roiteftéle feul d'entre les Apoftresà qui
Dieu auroic communiqué cet auantage
que de l'admettre à entrer dans le San-
ctuaire des cicux. Qoe ce feroit là qu'il
luy auroit fait receuoir i'inucftiiure de cet-
te grande puiflance qu'il luy a donnée,
d'eflre le Vicaire de noftre Seigneur en
toutrVniuers. Qi_>j:nce tranfport il au-
roit mis en depolt en fon bien- heureux
fein tous les fecrets de fa (apience ,pour
crtre capable de ce grande incomparable
gouuernement. Qji*encore qu'il ne les
cuftpas reuelcs alors , pour quelques rai-
fons qui conccrnoyent ce temps-là , fi eft-
deUîî. aux Cor. y. î.zl^. 4.. f. n|
fce qu'il en a depuis toufiourslaiffé coulct
quelques rayons dans refpric de ceux qu'il
a ellablis ks Lieutenans , d où eft venu
qu'ils n ont iamais peu errer quand il a efté
queftion dedecider les cliofes qui concer*
«entia Religion Chrefticnne. Car vouÀ
faués, mes frères, qu'ils tirent piolîc de"
touc , principalement lors qu'il s'agit
d'amplifier ôc de confirmer l'autorité de
leur fouuerain Pontife. Pour ce qui eft de
S. Paul , ils font fort peu de reflexion fut
tout ce qui la concerné, & s'ils vouloyent
dire la v^erité, ils ont contre luy quelque
tacite mécontentement, & quelque chofe
furie cœur, qu'ils n'ofent dire tout ou-^
ucrtement, de peur que nous ne criïons
Aublafpheme. En effeâ: quelques- vns de
leurs DoÊteurs, Se mefmes de leurs Car-
dinaux, ont ofé dire qu'il euft efté plus ex-
pédient qu'il h'euft iamais efcrit , parce
que fesEpiftresfauorifentles opinions de
ceux qu'ils appellent hérétiques. Pour
nous,nous ne préférons point IVn à l'autre
ces grands feruiteurs de noftre Seigneur,
Ils ont efté tous deux Apoûres de lefus
Chrift j tous deux exceliens en doos , cous
deux egai?x en autorité, tous deux illuftres
en miracles, & ça efté à ewx- deux pria*»
Hii
sîé Sermon Ut furie chap. îi7
cipalenienc que Glirift a partagé la conS
quelle qu'il vouloic faire du monde , aflî*
gnanc à Tm le Prépuce , & à Tautrc la
Circoncifion. Car encore qu*il aie efté
permis à TApoftre S. Pierre de prefcher
entre les Gentils, fi eft-ce nommément
aux luifs y & encore à ceux de la difper-^
fion , que fa prédication eftoic dcftinée. Et
bien qu'il fuft permis à S. Paul de prefcher
entre les luifs > comme de fait il a prefque
toufiours commencé par eux à annoncer
]a Vérité, c'a neancmoins efté enuers
les Gentils que les fondions de fon
Apoftolat ont deu eftre principalement
employées. Et dans les paroles par lefi
quelles Dieu déclara à Anania* quelle
cftoit la Commiffion qu'il vouloic don-
ner à S. Paul, il fait bien mentioil des ^;^-
fansd'lfracll la vérité , mais c'eft plus fpc«
cialemcnt à l'occafion des Gentils é* des
Mois deuant Icfquels il deuoic porter feu
»^w,qu'il l'appelle vn vatjfem d^ek^iion^ ou
vninrtrument qu'il a choifi entre tous les
autres hommes du monde. Auffisappel-
le-t-il luy-^ mefme C^^poHre des Gemtls > ÔC
feglorifiedecetiltre. Pournous,quifom-
mes iffus de ces Nations que Dieu auoic
«abandonnées, 6c que la prédication de 0.%
^cand S. Paul a conuercies à refperance
dufaluc,nousdeuons auflî nous glorifier
de noftre cofté de ce que nous auons eu
pour Dûdeur vn fi illuftre feruiceur de
Dieu, ôc dont rApoftolac aefté feellé par
des miracles fi authentiques. Qui^ eft-ce
d'entre les Philofophes qui fe puiffc
glorifier à telles enfeignes d'auoir efté fiif-
cicé de Dieu, comme Socrate s'en cft van^
lé, pour enfeigner la vertu aux miferableç
mortels? Qui. eft-ce d'entre les Prophètes»
bien que ce tuft àiuftc tiftre qu'ils fe glo-
rifiaffent d'auoir efté fufcitez de Dieu, qui
puifle mettre en auanc des preuues de
fa vocation qui foyent auffi glorieufes ? Us
ont veu des vifions > ils ont fongé des fon-
ges,ils ont fenti d'admirables mouuemenSj^
quelques- vns d'entr'cux ont ouï des voi^s
des cieux , &; ont efté honore:?^ de quel^
ques oracles. Mais cela n'approche poinç
dauozreftérauiiufques au troifienae ciel,,
& d'y auoir ouï , commQ.tioftre bien^h.eu-
reux S. Paul, des paroles ifienarrables*^
Moy fe mefme^ ce grand May fe> que Diea
a mis fi haut au defïùs des autres Propfae<*
tesdeladifpenfatioade la Loy, bien qu'il
ait efté efteuéfur lecoupeaude lanaoma^
ga^ de Sinaï, n apa^ efté caut au troifiei^t^
Bii|
jÏS Sermon I II. fur U chap. lil
ciel pourtant, 3c quoy qu'il ait efté rcceu %
de fore eftroictes &c fort familières corn-
jnunlcationsauccquc Dieu, fi eft-çe qu'il
n*a ny veu nyouï les merueillesdu (an-
nuaire celefte. Enfin, les Apoftres, enco-
re que leur miniftere ait efté fi glorieux que
celuy de Moyfe ne leur ait point efté à
comparer, font en cela en quelque forte
inférieurs à S. Paul, qu'ils n'ont rien veut
de femblâble à fon rauiffement dans les
Jieux celeftes. Puis donc que ce grand
Apoftrceft tel, receuonsfes inftrudionSi
&: profitons de tant de diuins enfeigne»
mens quH! nous a laiffez dansfes Epiftres.
Il ne nous a pas à la vérité raconté les cho-
fesqii'il a veuës & ouïes dans le Ciel : il
lî'enauoit pas receu le commandement;
ilne luy auoic pas mefmes efté permis;
ik.puis qu il neTa pas fait, il faut croire
que cela n'eftoit pas d'édification pout
nous tandis que nous lomraes enla terre,
Maisii nousa eftallé deuanc les yeux vnc
in finité de belles chofes qui font plus pro-
portionnées a noftre capacité. Soyons
foigneux , frères bien-aimés en noftre
Seigneur, enleslifant&cn les méditant,
d'en acquérir vne folidc 3c lumineufe
jîonnoiffancc. Tout ce que Ton peut ap-
"àe la II. aux Qor. 'y. /" 2. 3, 4. y. ' n}
J)rendre dans les difcipllnes humaines,
toutes les parties de la Philofophie,quelles
qu'elles foycnc , tout ce qu'il a de beau 3c
de releué dans les auteurs de ce prefenc
fiecle , tout cela n'efl: rien en comparaifon
de Texcellence des chofes que nous pou-
uons voir dans S. Paul , &r quelque récréa-
tion ou quelque vti!icéqu*on enpuiiTere-
cueillir , ce n'efl; que pour la vie de main-
tenant,& elle ne pafle pas le bord du fepul-
cre. Aulieu qucrintelligcnce des my-
fteres de laFoy , accompagne l'ame des
iidelles iufques au delà delà mort, & ce
qui en eft commencé icy , car nous n'eif
pofledons encore icy que les rudimcns
feulement , s'acheuera dans les lieux ce«^
UAcs. Il nous a entr'autres chofes in;.u!-
que la doârine de la Croix & de la refur-
reâ:ion de Chrifl: , nous enfeignant que le
Seigneur a efté liuré pour nosofFenfes, &c
qu'il eft reflufcité pour noftre luftification..
Embraflbns eftcoiitement cette dodrine
comme la caufe de noftre falut, & c(>mme
iVnique fondement fur lequel nos cfpe-
rances font eftablies. Le Diable, le Mon-
de , la Chair, font tout ce qu'ils peuuenc
pour esbranler la créance de cette diuine
vérité dans nos cntendemcns. Refiftonsà
lia Sermon 11. fur lechap. n)
toutes tentations d'incrédulité , & dc3
mandons à Dieu qu*il engraue de plus en
plus en nos cœurs le faint portrait de la
Croix denoftreSauueur,&la perfuafîoa
de fa rsfurredion glorieufe. Il nous a mis
dcuanr les yeux la mefme mort & la mef-
xnt refurreftion de Chrift, pour pacron de
la mortification du Vieil homme en nous
àc delà vinification du Nouueau , Se nousa
cxhoitésàla pratiquede la fanftification
par toutes fortes de motifs; déferons à fe:»
exhortations , &c tafchons de nous confor-
mer à ce beau modelle. Il s'eft propofé
îuy-mefme à nous, afin que nous Timi-
tions, en nous difanc , Scyésmes imitateurs^
comme auj^t ie Itfuis de Chnfi : efforçons-
nous de refpondre à l'excellence de cette
copie , comme elle a excellemment repre-
fcnté fon original , de force que nous puif-
fîons dire comme il a dit autrefois ilefukf
crucifie auecChriJi '-y & viy non fùint mainte^
nant moy , mais Chrjl 'vit en moy : & ce que
ie vi maintenant en U Chair^ ievien U Fof
du Fils de Dieu , qui m'a aimé , é" q^t s'eji
donné fjy-mefme pour moy. Il a eu diuers
combats à fouftenir,mais il s*y cft toufioui
comporte vaillamment, marchant parmy
lionneur &: ignominie » parmy diffame d^
'âe U ï T. aux Cof. n). i. %. %i 4! j! tiè
]bonne renommée, expofc à la çomradii
âion des hommes , maïs y oppofant ync
fermeté inuincible , & la confolation qu'il
tiroit de fes diuines reuelations. Suiuonà
conftammenc ^ courageufemenc fes tra-
ces, & nous muniflbns de toutes fortes de
bonnes penfces contre Us^ attaques dç n©s
ennemis : oppofons au chagtin 5^: à la
trifteffe de nos âmes, s'il nous en vient deî
mauuais traittemens que nous receuons,
laioye inénarrable qui nous reuient d'a-
uoirconpu le Sauueurdu Monde. Enfin,
bien qu'il ne nous aie pas dçfploy c les inet-
ueilles de là- haut , il nous en a fait afTes
cntreuoir en nous difant qu'il ne vouloic
pas les nous raonftrcr, pour en exciter le
defir en nous, U pour en viuifier Tefperan-
ce .Tendons donc perfeueramment à foa
imitation vers le but de la bien-heureufc
immortalitç, 6$ demandons continuellcf
ment au Seigneur lefus qu'en fin il nouj
çn donne la iouïflançe, Aluy, comme au
Père &au S. Efpric, vn feul Dieu bénir
cternçilement , foit gloUe, force U empi^
re dés maintenant , ^ à cou$ les fiecleSdi
AMEN.
SERMON
QVATRIEME.
s V R CES M OTS,
t>*v;f tel homme me vânter^îy^ie , mais ie ne
me vanteray point de moj- mefme^Jinon en
mes infirmttez,
FRekes bien-aimez en kostrE
Su GNê VR.
Vous voyés quelle cft la difpofitiondc
la face de la terre. 11 y a des contrées au
trauers defquelles il pafle de grandes ri-
«ieres, qui outre l'humeur & le rafrai-
chiflement qu'elles portent dans les prai-
i:ies &: dans les campagnes, fourniflent cn-
coreabondamment le breuuage aux hom-
mes & aux animaux. Il y en a d autres où
Ton ne void point de fi grands fleuucs:
mais tant y a qu'il y fourd d'elles-mefmes
des fontaines viucs &: fécondes , qui pro-
duifcnt des ruifleaux confiderablcs , & qui
donnent de Teau Tuffifam ment aux habi-
unsde ces régions là. Il y en a d'autres
de la ÏL àUx Cof.^.f. z. 3! 4!^, ti^
ùù il neparoift point de fources.fur le
panchanc des collines , U où vous ne
voycs point couler ny ferpenter de rulf-
feaux. Mais neantmoins elles font plei-
nes d'humidiceî: foufterraines, qui font (i
proches de leur furface , qu'il ne faut que
fort peu creufer pour les trouucr , 6c pour
en tirer les vfages dont la vie des hommes
àbefoin. Enfin, il s'cntrouuequelques-
vncs fi arides & fi fablonneufes, qu'il ne
femble pas d'abord que quelque induftrie
qu'on y apporte, ou quelque trauail qu*oa
y prenne , on en puifle tirer aucune hu»
meur. Et toutesfois, pourueu que l'on
y creufe bien auant, encore fe trouue-
t il des veines d'eau dans les entrailles,
de la terre , qui cftans bien mefnagées Se
bien conferuées , peuuent defalterer les
paflans. L'Efctiture fainte , mes frères,
cftàpeu prés de mefme, pour ce qui re-
garde les inftruâions qui peuuent feruir à
falut. Si vous y tombes fur vn de ces en-
droitsoùTApoftre S. Paul traitte quelcun
des articles de la Religion Chreftienne
comme efl: celuy de la luftificarion de
l'homme deuant Dieu , ^deTeificacede
laLoy &derEuangileà produire la vraye
Sanctification , 6^ de la refurredion de:^
Sj:# 'Sfmon Ilî. fur le c!o4Ja1: ' '^
corps, c'eft comme vnflenuç de dodnrï?
qui s*efpand au long Se au large , & quf
i^emplii noftrc intelligence d'admirable-
nienc belles inftruaions. Si de là vous paf-
(ezaux lieux où luy & les autres Apoftresf
nous expliquent les préceptes qui concer-»
nent la moralité , ce font des fourccs
abondantes , d'où vous puifez libérale-
ment les chofes qui feruent à la régéné-
ration de vos âmes, &à vous reiflftre di*
gnes de rcxcellence de voftrc fainte voca-
tion. Quant aux hlftoires , il y en a
quantité nommément dans les liures de
l'ancienne Alliance , d*oii d'abord il ne
femble pas qu'il y ait aucun fruit à recueiU
lir, qui férue à 1 œuure de noftre falut. Ee
neantmoins , fi vous venés à les confideg
ter vn peu attentiuement , elles vous four^
niffent incontinent loccafion de faire
deflus des confiderations Se des reflexions
fortvtiles. Enfin, il y a certains endroits
qui fcmbleat vous retrancher abfolumen c
l'cfperance d'en recirer aucune confidera-
ble vtilité, 8c qui font comme des lieux
defertSjfurlefquelson paffefanss'arreft«r,
parce qu'on n'y trouue d'abord aucun fu-
jct d'efperer que fi on fe met à les méditer^
^n en puifle remporter U rccompenfe dp
«îe la II. àu^ Cor. "V. t. 2.]?^ 4. jI t%f
fe peine. Et neantmoins il eft certain qu'il
n'y a aucun lieu fl fterile en bonnes in«*
ftruÊtionS) d'où on ne puifle tirer , fi on
y apporte quelque attention Se quelque
application de Tame. Et le paffage que id
viens de lire en voftre prefence^ nous peut
fournir vnepreuue de la vérité de ce que
ie dis.Car,comme vous voyez , il n'y a au*
cun Point de doûrineà expliquer, ny au«
cune^controuerfeàtraittcr, ny ce fem*
ble, aucunes grandes moralitez à recueillie
«delà méditation de ces paroles. Ou s'il y
auoit quelque reflexion à y faire, elle a
défia elle faite fur la préface de cette
diuine hiftoire , 8c il feroit ennuyeux de
vous repeter ce que nous en auons die
alors.Neantmoins, nous efperons raoycn-i'
nant la grâce de noftre Seigneur, ôcTaf*
fiftancc de fon bon efpric, qu'après que
nous les aurons examinées vn peu atten-
tiuement , vous trouuerez que le dire de
de noftre Apoftrc eft véritable: C'eft
que Uf^fes les chops qui ont ejlé efcrites ^ ont
êftc efcrites pour ni-fire endocirinemera : afm
que far U patience é* f^y l^ confoUtion des
EJcritures nom ayons efferance. Efcoutés-
donc encore cette fois patiemment ce
£ue nous auons ^ vous dire fuj: cçtte cIo«
"itf Sermon IV. fur le chap. Z2I '
flurc du Rauiflcment de S. Paul , où il ^
a trois parties principales. La première eft
qu'il dit qu'il fe vantera d'vn tel homme,
ceftàdirc,d'cftreceluy a qui ce rauiflb-
menteftarriué. Lafeconde eft, la décla-
ration qu'il fait qu'il ne fe vantera point
de foy-mefroc. Et la troifieme finalement
eft l'explication qu'il adjouftcà cette dé-
claration , c'cft qu'il ne fe vantera point
fînon en fes infirmités.
Or quant à la première de ces chofes;
dv^ tdhomme me vanteray-ie^^xx. l' Apoftre,
ou fi cela fent vn peu mieux l'air de noftre
langue Françoife , ie mevnnteray d'vntei
homme. C'eû à dire , fi ic voulois me glo-
rifier, ie pourrois dire en toute vérité que
ie fuis le perfonnage à qui vnc chofe fi
extraordinaire & fi miraculeufc eftarri-
uée : & fi ie le voulois faire, ie pourrois
bien défier mes aduerfaires de produire,
ie nediray pas aucun d'entr'eux : car qui
cfl:ce de leur nombre qui ofaft mettre de
telles chofes en auant ? le ne diray pas au-
cun de ceux qui font maintenant viuansj
car ie fjay bien qu'il n'y en a point qui aie
rien veu de tel ; mais de ceux mefmes des
{îeclespafTez , à qui Dieu ait iamais fait
expérimenter , en telle force qu'il s'en
ê^UlL aux CùK'V.i.2.$.f.y. /i;*
peuft vanter encre les viuans , aucune^
chofe comparable? En efFcâ:, mes frères, fî
nous parcourons brieuemenc lesaccidens
les plus mémorables donc les hiftoires fa-
cenc mention, nous ne crouuerons rien de
fembiable. Et ie ne parleray point icy
deschofes contenues dans les Poètes , se
dans les autres auteurs Paycns, où il cft
parlé de gens qui ont efté ramenés d*entrc
les morts, ou qui font defccndus dans
lantre de Trophonius. Ce font chofes
vaines & fabuleufes , d'où on ne fauroic
tirer aucune lumière de vérité, ny aucuit
fucd'inftruftion qui foie tantfoit peu rai-
fonnable<. le feray mention feulement<les
chofes qui fon<recitées dans le Vieil Se
dansle Nouueau Teftament , & où il ne
nous eft rien rapporté de miraculeux qui
ne foic'fouuerainemént véritable. Ec
il me fcmble qu'on y trouue de trois fortes
de chofes extraordmairement remarqua-,
blés, qui peuuenc donner quelque lumiè-
re ànoftre propos, &c illuftrer celuy de
S Pau 1. Car il nous y eft parlé de gens qui
ont efté tranfportcs au ciel auecque leurs
corps: & d'autres qui font reflufcités d'en-
tre les morts : Se enfin d'autres qui fans
mourir ont vcu des vifions Se des reuela*
H'i Sermon îl^.fur le chap] iél
tiens admirables. Pour ceqoi eftdesprc^
HîierSj il nous eft parlé d'Henoc, & d EliCi
& de noftre Seigneur , dont les corps mef-
mcs ont efté transportés dans les lieux
celeftes. Et ie ne nie pas que ce qui cft dit
d eux ne foie plusglorieux que ce qUi nous
eft dit de S. Paul. Car c'eft vne chofe in-
dubitable, qu'ils y ont efté efleués en
corps j & S.Paul nous laiffeicy en doute
de la façon de laquelle ce sniraclea efté
exécuté en fa pcrfonne* Et leurs corps,
pour eftre eflcucs-là , ont foufFert quelque
tranfmutation, par le moyen de laquelle
ils ont lâiUé les qualicez terriennes ôckn*
fuelles qu'ils auoyentauparauant» pour en
jreueftirde nouuelles : au lieu que quand
le corps de S.Paul auroit efté raui là- haut,
il eft certain que ce feroit fans auoir perdu
(es qualités naturelles.Car dans la conuer-
fationqu*il a eue depuisauec les hommes,
par Tefpace de tant d'années icy bas, on
n a rien remarqué en fon corps qui fuft
différent de la condition des autres mor-
tels, & les pcrfecutions qu il afouffertcs
en la prédication de l'Euangile de Chrift^
le luy ont fait à luy-mcfme expérimenter
poffible. Mais auffi S. Paul ne pretend-il
pasqucl'on face icy comparaifon de luy
auc$
âe lall. auxCor. uî.i. 5.^.f /x^
âuec Henocî ny auec Elle, ny auec noftre
Seigneur lefusChrift en cet cgard: mai5
feulement auec les hommes , qui eftans re-
ueftus d'inffrmités icy bas , ôc conuerfans
encre les viuans, ontneantmoins moyen
de fe vanter de quelques chofes glorieufes.
Pour ce qui eft de ceux qui font reflufci-
tés d'encre les morts, il y en a de deux
fortes. Car il y en a eu quelques vns donc
la refurreftion nous eft bien rapportée en
la parole de Dieu : mais c'cft en relis
façon qu'après cela il ne nous eft plus par-»
lé d'eux, de forte qu'il eft affés clair qu'ils
onc efté refTufcités , non pas pour demeu-
xct & pour conuerfer icy bas en cet cftac
d'infirmité auquel nous nous y voyons^
roais pour eftre recueillis dans les lieux
celcftes. Et tels font ces faints dont il eft
parlé dans l'hiftoire delà paflion&dela
refurredion de noftre Seigneur , dont les
fepulcress'ouurirent alors, &:quiapparu-
rent en lerufalem à plufieurs après qu'il fut
reflufcité, comme S.Matthieu le nous rap-
porte au chapitre vingt- fepciéme de fcn
Euangile. De ceux-là , fans doute , on
peut dire, qu'après auoirainfi lerui par le
miracle de leur refurreâiion à rendre t'é-
moignageà la gloire de noftre Seigneur^
ïjo Sermon Ip^.fuAechap. iii.1
ilsonc efté enleucs au Ciel , pour y iouït
auec Elle ôc auec Henoc de la béatitude
erernellc. Et ce n'cftpasencorerintcn-
lion de l Apofhe que l'on face comparai-
fondé luy auec eux : parce qu'ils doiucnt
eftre confidercz comme bien- heureux, &
de la meime condition que nous ferons
après la féconde apparition deaoftreScif
gneur-, au heu que quant àluy ilfcconfi-
derc comme du nombre de ceux qui ont
encore à lucter icybas contre les Infirmi*
tez delà vie animale Se naturelle. Pour
ce qui efl: des autres rcflufcitcz , ils fonc
demeurés au monde après leur refurre-
ftion, &: ont en refTufcitanc repris leurs
corps auec toutes les foiblefles de la Naiu-»
rc. Tel acfté ce ieune enfant qui fut ra-
mené en vie par le Prophète Eliiée : tel le
fils de la veufuc de Nain , que noftre Sei-j
gneur reflufcita : tel a efté encore Lazare,
que noftre Seigneur tira du tombeau qua-
tre iours 3pres qu'il y eut cftc mis:tel Euty-
che que S. Paul remit au monde après
qu'il fe fut tué en tombant d'vnc fencftreî
&s'il y a encore, comme ily en a certes,
quelques autres hiftoires de cette forte
dans le Vieil &dans le Nouueau Tcfta-
ment. Or ledis^ mes fieres, que quancà
y*? îa li. Aux£or\ n:] t.^.^f. 5: i^z
teux-là, ils ont bien efté à la vérité des
fujets choifis de Dieu pour y manifefter fa
puiflancc , & ie ne douce pas qu'ils n'ayene
«fté confidercz par les hommes auec vne
fouueraine admiration. Car dites moy
combien eft- ce qu'on courroie loin à cette
heure pour voir vn homme reiTufcité, û
Ton pouuoic eftre afleuré qu*en efFed fa
irefurredioa fuft vne chofe véritable ? Et
neancmoins, ie croy que le rauiflcmene
arriuc à S. Paul a quelque chofe de plus
admirable. Parce que premièrement ce-
la eft plus fîngulier, n'y ayant eu quecd
feul exemple d' vne telle forte de miracle
dans tous fiecles pafTés. Ecpuisiln^eftpas
tertainqueleurame^ bien qu'elle ait efté
feparée d'auecque le corps, aie efté re-
cueillie dans les lieux celeftesi Car elle a
peu eftre conferuée en quelque lieu pro-
che de là, par quelque fage diffenfation^
en attendant qu'elles fuflent reiinies auec-
que le corpSjCorameDieu Tauoit ordonné}
&: de celle d'Eutyche il eft die expreffé-
ment quelle efloit encore en luy 5 après qu'il
eut efté leué mort. C eft à dire , non qu'el-
le ranimoit3& que comme on parle dans
les Efcoîes de Philofophie jl^lic Tinfor-
.«moit , comm e elle faifoit en viuant. Car ce
j^t Sermon If^. fur k chap. Il';
feroic vne chofe conirâdi£i:oitc qu'il Cufl
efté leué mort , Se que fon ame fuft encore
en luy de cecte force. Mais c'eft qu'encore
qu'elle fe fuft feparée des organes où clic
habicoit , & où elle fâifoic Tes fonftions
auparauant, elle awoic efté conferuéc
dans quelque parcie du corps , comme elle
euft efté en vn autre lieu, feulement pour y
fcjourner, Se non pour eftre la forme
d'aucun fujet, ny vn principe de vie.
Quand il feroit certain que ces âmes au-
royent efté receuès là haut dans leCiel^
&c puis après ramenées icy bas, fieft^ce
que vcnans à eftre replongées dans la ma-
tière, &: attachées tout de nouueau aux
organes corporels, Dieu auoic voulu qu'el-
les perdiffcnt le fouuenir des merucil-
les qu'elles auoyent veuèsK^-haut: ou que
s'il leur en tftoit demeuré quelques ima-
ges dans la mémoire , elles y fuftcnt extrê-
mement fombres &c confufes : parce qu'el-
les ne les auoyenr pas veucs afin J'en gar-
der lesidéesdansla vie qu'elles auoyentà
recommencer. Au lieu qu'il paroift bien
en l'air &c en la f.içon dont parle S. Paul,
qu'encore qu il ne luy tuft pas permis de
les déclarer , fi eft-ce que les chofcs qu'il
auDit veuès, &c les paroles qu'il auoic ouies>
'âeU U' aux Cor. ia. /I i. 5. 4. {. ijj
iuy eftoyenc demeurées profondément
cmprainces en rentendcmenc , pour les y
auoir viues ôc récentes pendant tout le
cours de fa vie. Car de la façon de laquel^
le vous voy es qu'il parle icy, ileftaiféde
recueillir qu*encore qu*il y euft délia qua-
torze ans. paffez que ce nairaclç fuft arriué,
neantmoins il Iuy fembloit qu'il auoii en-
core la chofe prefente deuantles yeux,8£
que ces paroles inénarrables refonnoyenc
aux oreilles de fon ame. Qnant à ce qui
eftdesvifions qui ont efté addreffées aux.
hommes viuan s, il y en a encore de deux
fortes. A Tegard de quelques- vns, elles
ont confifté en forges > en reprefentations
d'obicts formés dans Icux fantaifie pen-
dant quelque exftafco ou tout au plu5 , en
quelque voix externes, on en. quelque
efpeces vifibies prefentçcs aux yeux du
corps, fans que neantmoins il fouffdft.
quant à Iuy aucun çranlport ny aucune,
cleuation extraordinaire, Se fans que.
Tame en fuft effedlueraeqt feparée pouc.
quelque temps. Et telles ont eftç la plus,
part des viûons a.ddrcflces à Efaïe , à 1ère-
i^ie, à EjechieU à Daniel, àZachariCs^
Çcaux autres Prophètes de Tancienn^ Al-
liance^ auec qui vous pouucs bien rangç^
l iij
ïj^ Sermon Vl.fur h chap. n.
l'Apoftfe S. lean , en ces admirables reue-
lations qui font rapportées dans le liurc de
l'A pocalypfe. A l'égard des autres, elles
ont confifté en certaines chofes qui onc
tellement eftéprefentées aux fens exter-
nes, pour les voir &pour les ouïr, que ce-
pendant leurs corps ont cfté tranfportés
en quelques lieux cxtraordinairemenc
glorifiés pour y eftrehors delà conuerfa-
tion des humains, &c en quelque forte
jnefme hors de l'enceinte de la Nature.
Et à cela pouués vous rapporter Thiftoire
de Moyfe , quand il a efté auecquc Dieu
fur la Montagne de Sinaï, &c celle de quel-
<jues difciplcs de noftre Seigneur, quand
ils ont vea fur celle dcTabor fa transfi-
guration glorieufe. Pour les premières,
elles ont eu fans doute quelque chofc de
jnagnifique Se d'éclattant. Mais ie m'af-
feure poqrtant que vous ni'aduoucrés
qu'on ne les peut pas égaler à. lauantagc
<]u*a eu S. Paul, de voir & d'ouïr effe-
ôiuemenc les chofes qu'il a veucs Ç>C ouïes
dans le Sanctuaire de Dieu mefme. Soie
^n corps , foit hors du corps que cela s'eft
fait, tant y a qu'il a cflè dans le Ciel, ^
^u'il a ouï &: veu à nu Ifcs chofes ccicftes.
pe qui cft beaucoup^plus auantageux , guç
'âe la 11. aux Cor v. 1. 1, 5. ^. f, iQ
jd'cftre demeuré icy bas pour y receuoir
l'impreflion de quelques images fymboli-
qucs, ou de quelques voix par Icfquelles
Dieu declaroic fa volonTé , pour eftre puis
après reuelées aux hommes. Qaancaux
fécondes , Moyfe fans douce, en iacomi*
munication qu'il a eue auec Dieu fur la
Montagne , a receu vn honneur qui n'a
point efté fait aux autres Prophètes des
temps pafles ; àc Pierre, & lacques 8^ lean,
en voyant la transfiguration du Seigneur,
en ^ont aufli receu vn qui efleue en cela
leur condition au deflus des autres difci-
plcs. Mais quoy, mes frères: le coupsau
de ces deux montagnes , n'approche point
de l'eleuationdu troifieme Ciel :1a gloire
de Dieu fur S/naï , & celle de noftre Sei-
gneur fur le Tabor, n'ont elle, celle-là
«^u'vne foible reprcfcntation de lagloiri&
du Ciel, celle cy qu'vn eflay de la glorifi-
cation de Chrift , quand vne fois il feroic
clleué à la dextre de fonPere.Et quantaux.
paroles qu'ils ont ouïes ^ elles ont peu eftre
exprimées 8ç rapportées. Gar Moyfe n'en
a rien laiffé en arrière qu'il n'ait enfeigné
au peuple d'Ifrael en reftabliflemen: de
fes loix : & quant à cet oracle , Celuy^cy efif:
monJUbi^'n-aimé y aucj^tid i ^y pis ^oj^ Mgi
j36 Sermon IV, fur le çhàp\ uî
jjUiJir i^cfc otites 'Ici W eft magnifique tout cî
qui fe pcuî : maisranc y a , puis que les
ïuangeîiftes l'ont recité , il n'eftoit pas
ihcnat fable. Or les paroles que S.Pao'I
a ouïes ont efté telles , qu'il n'a efté ou
permis ou poflible à homme viuant de les
Raconter aux autres. De forte queiinoftre
•Apolue euft voiulu fe glorifier , il auoic de
♦quoy fe prefcrer en cela à tous les ferui-
«ifètirsdeDieuquiont vefcu en tous les fie<
clés. Mais c*eft ce qu'il ne fait qu'à regrec.
Se mefmes qu'il dit abfolument qu'il ne
veut pas faire, le ne me vunterayfas de mo/"
tnefmc, dit- il 5 ce qui eft le fécond point de
iioftre propos, & la féconde partie de cette
Tentence. Nous ne pouuons , mes frères,
•parler de nous- mefmes, finon en l'vne de
•des trois manières. Ou bien nous en difons
^eschofes indifférentes, & qui n'empor-
tent ny blafme ny louange : ou bien nous
en parlons en nousblafmant ,&:en dépri-
mant nos qualitez : ou enfin nous en par-
lons en termes de recommandation & de
louange. Pour ce qui eft de cette première
façon de parler de nous-melmes, on ne
la trouue point mauuaife en qui que ce
foit, pourueu qu'on y excède point, & que
cela ne dçgçAcre point en vain babii.
"^ 'âek IL aux ^l^oK "v: ï. t.^.^ .Ji 1%%
|M[ais à la vérité cela eft importun d'en*,
tendre vn homme qui parle perpétuelle-
ment de foy , Se des chofes qu*u hiy Ibnc
arriuées. Car encore que chaque chofe
qu'il die de foy mefme, prife à parc, nç
foit pasfafcheufeàouïr,fi eft ce que com-
me il eft ennuyeux aux yeux d*auoir tou-
jours vne mefme objet, entendre toujours
parler d'vn nielme fujet , eft vne chofe
qui laflc extrêmement les oreilles. Ec
bien qu'on ne fe loué pas formellement, il
^ft pourtant malaifé d'euiter, quand on
tire de foy- mefme vniuerfeilemcnt tous
fies entretiens , qu'on ne tombe dans le
foupçon qu'on s'eftimeplus quil ne faut,
puis qu'on ne trouue point de matière de
parler qui foit plus agréable que ce qui
touche la perfoiine mefme de celuy qui
parle. Q^ant à ce qui eft de fe blafmer, on
nelefoufFre pas volontiers . finon quand
cela fe fait à l'heure qu il faut témoigner
qu'on a de l'horreur pour fes mauuaifes
actions, & qu'on eft touché derepentan-
ce. Dauidlefaitainft en quelques- vns de
fes Pfeaumes d'vne façon extraordinaires
ment emphatique, & en telk forte que fes
plus grâds ennemis n'euffent peu parler de
iDyplusdefauantageufeiîient.Particulie'ïiB:
j}f sermon IV.fur U chapAtl
ment au Pfeaume cinquante 3c vnicmé
ilfe décrit comme vn grand pécheur, il dit
que fes péchez font concinuellement dc«-
uanc luy comme des fantofmes qui l'cÇ.
pouuantent , il fe reprclcntc comme toiïc
couuert de fang à caufe du meurtre qu'il
auoic commis , & comme fi depuis le
fommet de la tefte lufques à la plante des
pieds, il eftoit tout fouïllé d*iniquité, il
demande àDieu qu'il le laue tan$& plus,8d:
qu'il y employé non pas feulement Teau,
mais rhyflTope. Daniel, & les autres Pro-
phètes parlent ainfi^ & pour eux- mefmes,
& pour le peuple d'i frael, quand il cft quc-
flion de faire paroiftre leur repentance
deuant Dieu : &: quand S. Paul fait refle-
xion fur fa vie pafféeauant fa conuetfion,
ils'appelle vnauorton, &dit qu'il a perv.
fecuié TEglife de Dieu , & qu'à cette oc-
cafion, fi on. le regarde par là, il ne mérite
pas qu'on le qualifie Apoftre. Hors cela,
vn homme ne fait pas bien de fe blafmer
fans necefTuc. Car s'il le fait tout de bon,
&parcequ'effc£l;iuementilfefenttelqu'il
fc dit , c'eft à dire vicieux , il découut.ç
luy-mefme fes fautes fans qu'il Igy en rc-
uienne del vcilité ; il donne occafion aux
amtres de le mefprifçr ; il fe rend iqutilç
de la II. aux Qor. T;. /^ 2' 3 . -f . j. rj^^
iiti public oraux particuliers, parce que la
bonne réputation aide aux adions de la
vertu : enfin, il autorife mefnae le vice en
autruy, beaucoup de gens eftans bien aifes
qu'on leur fournifle des exemples à mal
faire. S'il le fait par ironie, & afin qu'on
îuge autrement de luy que félon la defcri-
pcion qu'il en fait, c'cft vne faconde fe
louer qui eft en quelque forte plusodieufe
que s*il le faifoit fans dlflîmuïer & tout à la
découuerte. Et il n'yapeuteftrciamais
eu que Socrateàquiilait bien reiiflidefe
fcruirdeces ironies. Enfin, quanta ce
qui eft de fe louer , c'eft vne chofe qui a
toujours efté iugée fouuerainement odieu-
fe. En efFe6t , fi cela procède d-e vanité,
c'eft vn vice diamétralement oppofé à la
modeftie qui conuient à tout honneftc
homme , &: à l'humilité qui appartient
dVne façon particulière aux Chreftiens.
Et fi cela vient de légèreté, comme il arri-
à quelques- vns , c'eft vn défaut oppofé à
cette recommandable qualité qu'on appel-
le grauité ordinairement. D'où que cela
vienne , la losange eft bien fans doute la
reçompenfe naturelle de la vertu* mais il
faut que ce foie d'ailleurs quedefoy-mef-
raç qu'on h rejoiue. Il, eft contre J^ dii^
i^o Sermon IJ^.fur le chap. il;
pofuion de la Nature, & contre la couftu*
me ordinaire des homaies, qu'yncmcfme;.
perfonne mericeIarecompcnfe,&: quelle
fe la donne pour fes actions. Ecs'il nous^
arriue de nous recompenfer nous-me{-
aues de la façon,il eft bien certes raifonna-
bl.e que nous ne foyoos pas loùeî^ par au-
truy, parce qu'on ne reçoit point deux
fois la rémunération dVnc mcfoe chofe.
11 y a pourtant certaines occaflons où il
cft permis de pafTer par defTus ces con-
Cderations de de fe louer. Car premiè-
rement il a autrefois bien reiifli à quel-^
ques yns de faire paroiftre en cela U
grandeur de leur courage, 8c cette vertu
que les Phjlofophes appellent magnanimi-
té. Epaminoodas&: Pelopidas, Capitaines
Tebai^ns, ayans retenu la conduite de
l*armce de Thebes plus long temps que
ne pcrmetioyent les loix du pays, &a-
yans par ce moyen mérité la mort , fi oa
çull fuiui toute la rigueur des loix & de$
termes efquels elles eftoyent conceuës, ils,
fa furent accu.fés dcuanc leurs conci-
loyens. Ei P;;:lopidas , quiplioit fous cet-
te acçulation , & qui s'en d.efendoitauec
quelque efpcce de foiblelTe , y euft. peut;-
cftr^. façombé, û Epamjnondas, quî^
âcUlL aux Cor. '>. i , 2. 5 . 4.. 5. T4t
frit far fa perfônne tout le blafme dela-
ftion, ne fe fuft pris dVne autre forte à
s'en défendre. Mais premièrement il ad-
uoiia le fait, & ne nia pas qu'iln'euft ea
fraint lesloix deThebes. Puis il adioufta
qu'il ne refufoic pas d'eftre condamné à la
mort, pourueu qu'on mift dans le diètoa
de fa condamnation leschofes qu'il auoit
faites en retenant contre lesloix le com-
mandement de l'armée- C*eft, dit-il,
qu'après auoir vaincu les Lacedemoniens
en bataille rangée, ie fuis encré à main
armée dans la Laconie, ce qu'aucun
n'auoit iamais fait auparauanr: que i'ay
rebafti de repeuplé la ville de Meffene,
que les ennemis auoyent ruinée; &:quc
i'ay reiini dans vne ligue toutes les villes
de r Arcadie , Se les ay mifes dans le parti
desThebains. Cequiayant cllércconnu
vray par tous les afliftans , il n'y en eut
pas vn feulequi vouluft mettre les balotes à
la main pour procéder au iugement , S>C
tous s'en retournèrent en leurs maifons>
les vns fe moquans des accufateurs , &c les
autres admirans la magnanimité de ce
perfonnage.il arriuade meime àScipion
l'Africain d'cftre accufé dene s'eftrepas
bien gouuerné dans la guerre qu'il aucic
ir^z Sermon Ij/'. far le chap. 12^
faite aux Canhaginois : & au lieu de ret
fondre à ce qu'on luy imputoic, il dit mag-
nifiquement aux Romains: Ce ne vous
eft pas chofc^ bien fcanteque vous entre-
prenics de me iuger , moy qui par mes
actions vous ay mis en tel eftac que vous
pouucsiagerde toutes les autres Nations*
Souuenôs nouspluftofl: aujour d'huy qu'à
pareil iour ie gaignay la bataille contre
Annibal , & nous en allons rendre grâces
aux Dieux de cette vidoire* Et cela fut
irouué fi bon par les Romains, que luy
s'eflant en effet acheminé vers le Capi-
tole , ils le fuiuirent tous en foule , de
forte que cette affemblée, qu'on auoic
faite pour condamner Scipion, dcuinc
vne grande proceffion,ordonnéepour cé-
lébrer fes aàions mémorables. Apres ce-
la ,mes frères , quand ce ne feroit pasvn
tffct de cette haute magnanimité, on le
fupporte pourant , &c mefmedhie trouue
bon , quand on le pratique pour fe défen-
dre. On nefauroit dire combien les van-
teries deCiccron ont efté ennuyeufes 3c
importunes aux oreilles des Romains,
parce qu'à propos & hors de propos , en
tout temps & en toutes occafions, il ra-
contoit comment il auoitenfonConfu-
de U IL àux Cof.^.'i . 1. 3'] 4. j. t4j
lat, fauuè Rome &rcmpireRoniaiade
la coniuration de Catilina& de fes ccn-
pliccs. C*cftoitbicn certes vne aftion fou-
uerainement digne de toucciforte de re-
commandation, Se qui luy auoit iufte-
ment mérité le tiltre de père & de con*
feruatcur defon pays. Mais de ne laiffcr^
s'ilfautainfidire, pafler iour fans en faire
vnefolemnelle commémoration , c^eftoic
véritablement vne ehofe comme infup»*
portable. Mais il n'y aperfonnequitrou-
uc mauuaifes les louanges que Demofthç-
ne fe donne dans TOraifon pour la Cou-
ronne, quoy que ce ne foit finon vntif-
fu continuel de (es aftions genereufes 8c
<les auaniâgeux confeils qu'il auoit don,-
nés. Pourquoy cela? Parce qu'il ycftoic
contraint par l'importunité defesaduer-
faires, &C qu'il nepouuoitpas autrement
fe maintenir contre les inuedlues de fes
accufateurs. Et de fait il a cfté bien die
par quelcun qu'il en cfl de cela comme de
ceux qui fe guindent Se qui efleuent leurs
corps au deflus de la hauteur qui leur con-
uientordinairement. S'ils lefontfansne*
ceffité , c'eft vne contenance odieufe.par-
ce qu'on prefume qu'elle procède de fotte
gloire Se de vanité. Mais fi c'eft en lue-
r44 Sermon iP^.Jurlechap. t^r
cane ou en combattanc qu'ils fe dreffent^*
pour fe garantir des attaques de leurs en-
nemis, ou pour prendre quelqucauantage
fur eux > tant s*en faut qu'on les en puifle
blafmer, que fi cela leur fcrtà ferendrc
viftorieux , on leur en donne de la gloire.
Et iepenfe qu'on peut bien mettre en ce
rang vne partie des louanges que le Pro-
phète Dauid fe donne en quelques vns do
îes Pfeaumes. Car parce qu'il eftoit ac-
cufé d'eftre vn brouillon, vn perturbateur
du repos public , vn ambitieux , vn hom*
me qui atcentoit ôc à la perfonne & à la
couronne de fon Soauerain> non feule-
ment il fait ordinairement fon apologie
contre ces imputations, mais il parle de
foy-mefme fort auantsgeufement, &C
s'efleue infiniment au dcfi'usde fesaduer-
faires.Ec c'efl:auflî certes en grande partie
cequieft caufcque TApoUteS. Paul parle
quelquesfois magnifiquement de fes ver-
tus , &c des belles choies qu'il auoit exécu-
tées en la prédication de i'Euangile. Car il
y eftoic contraint pour maintenir l'autori-
lé de fon Apoftolat , &cï honneur de fon
miniftcrcjqu'en dénigrant fa perfonnc,fcs
ennemis auilifiToyent de tout leur pou-^
noir. En troificmelieu ila cftc remarqué
^ ieïa IL dUx Cor, "V. x.i.J. 4.5. 14/
pSLt les Philofophes , que cela eft pris ea
bonne parc, quand il peut paroiftre que
cen*eft pasnoftre propre gloire que nous
cherchons en nous vantant, mais que
nous âuons pour but de feruir à rvtilité
d^autruy. Se d'inciter aos prochains à la
vertu, en leur propofanc de bons exem-
ples. Quelques- vus ont remarque que
c'cfl ainli que ce bon vieilkrd Ntftor,
loue fes propres a6lions dans Homère, Se
qu*ll a intention de porter par ce moyen
les ieunes gens à imiter fa vertu. On peut
dire la mefrae chofe de Caron le Cen«
feur, qui quand il fut venu fur l'aage , ne
s'efpargnoic iamaisà parler auantagenfe-
mencde foy-mefrae, Se des belles chofes
qu'il auoit faites pour le fernice de l'Eftac.
Mais il auoit pour but de former les ieunes
hommes de la ville de Rome à toutes
fortes de louables qualités: S^ les Lace-
demoniens n'ont pas efté efiimés des glo-
rieux, pour auoir fait feruir leur vanteries
à cet vfage. QiJanc à S. Paul, s'il dit,
/ojés mes imitateurs comme auj^i te le fais de
Chrift : s*il exhorte Timothée à prendre
garde de bien prés à toute fa cojiduite
pour s'y conformer , fi en diuers lieux il
aduertit que Dieu a misenluy des talens
^4^ Sermon If^.fur le chap, ul
extraordinaires, & qu'il luy â donné d'ai
uancer tres-vtilement fa gloire, & le règne
de fon faint Filslefus , e'eft fans aucune
difficulté pour imprimer dans refpric de
fondifciplc, & généralement de tous les
Chreftiens , l'idée de la vraye fainteté,
par la reprefenration de fon exemple. Car
après celuy de Chrift il n'en auoit point
ny de pluspreft, ny de plus beau, que
celuy qu'il tiroir de fcs propres aftions
& de la recommandation de fa pcrfonne.
Il y peut encore auoir d'autres occafions
dans lesquelles il eft permis de fevanter;
mais ie n'en veux pas faire vn Lieu- com-
mun , & il me fufiîra dedonnericy quel-
ques aduertiflemenspour le pouuoir faire
en telle façon qu'on n'en encoure point
deblafme; Ec premièrement , le moyen
d'clloigner de nous tout foupçon depre-
fompùon &c de vanité , c'cft que fi nous
auons quelques belles qualités, & que par
les conjondlures des chofes nous foyons
comme neceffités d en parler , nous en *
donnions toute la gloire à noflreSeigneur,
& n'en retenions rien pour nous mefmes,
Ç>}clques Payens ont eu des penfées
nui nes'cfloignoyent pas entièrement de
celIe-lâ. Car Tiraoleon entre les Grecs,
^àla IL aiix Cor. V.i.z.i/^.f. f0
Bc Sylla entre les Romains, auoyenc ac-
coutumé de rapporter toute la gloire dé
Icursaftions à la Fortune ^ comme ils par*
Joyenc,c'eft à dire à quelque fecrettc con^'
duite èc efficace de la Diuinité , ôc ai*
moyenc mieux fe faire appeller heureux
que vertueux , parce que la première dô
ces qualités eftoic moins fujecce à l'enuiô
que Tautre. Mais ce que ces gens ont fait
peut eftre par quelque prudence politique,
les fidellesferuiteurs de Dieu l'ont prati-
quépar vn vray fcntiment de pieté. Voycs
comment Dauid parle en quelques- vns
de fes Cantiques , Se particulièrement aU
Pfeaume dix-huiti<5me,oùil célèbre luy-
mefsne fes hauts faits d'armes , ëC fcâ
grandesqualites.il parle bien de foy mef-
me comme du plus vaillant homme qui
fuft alors en Ifrael, & comme de celuy qui
auoit fait des allions qui deuoyent paffei!
pour héroïques. Mais il attribué' tout à
Dieu , comme à celuy feul qui luy auoic
donné d'exécuter ces grandes chofes*
CcJ^i die- il, le Dieu fort ^ui mequip^^edcfor-^
ce y CT ^«i maintient entier mon chemin. Il il
rendt mes pieds égaux à ceux des bijlhes , é*
m'a f dit tenir dt bout fur mes lieux hauts ep
knis.CeJlluy qui a dmtmes mains au combat^
348 sermon If^. furie chap. n:
tellement qttvn arc dnirin a cfté rompt auéb
fncs bris : & ptefquc dans coût le reftedu
Pfeaume , il pourfuit de mefme. Ec au
Plcaume cenc dixneuficme il fe vante
d'eftre pieux , d*eftre prudent , d*eftre plus
aduifé que tous fes confcillers , quelque
vieux.ô^ expérimentés qu'ils foyentîmtis
il dit que c'eft Dieu qui luy donne toute
cette fageffe là, & qu'il la tient de la grâce
de fon Efprit, & de la méditation de fa Pa-
role. Et quant à noftre S. Paul, il en vfc
toufiours de mefme. Car s'il dit (\u il peut
toutes chofes ^ il adjoufte que c'eft en ChriB
qui le fortifie. S'il fe vante , comme il faic
au chapitre quinzième de la première aux
Corinthiens,d'auoir/r^«4////^f4^^^/^^//;^
quetouslts autres en la prédication del'E-
uangile ; il fe ctjrrige & fe redrefle incon-
tinent en difant , Toutes fois ce n'eft pomt
moy , mais ccjl la grâce de Dieu qui eJlaueC'^
quemoy.Y.x. ainfi en quantité d'autres lieux
lemblables. Apres cela il eft vtile , comme
ie le vous ay reprcfenté en la première de
ces allions, pour efloigner tous lesfou-
pçons de prefomption &:de vanité, de par»
1er de foy en tierce perfonne , comme no-
ftre Seigneur & fes Apoftres ont fait. Car
cela n cnipckhe pas à la vérité que 1 on
ISle l<t IL MX CoK V. ï. 1, f.^lf. 149
li'cntcnde que vous voulez parler de
vous-mefmes ; mais tant y a qu*entanc
qu'en vous eft , vous vous fepares d'auec la
louange qui accompagne vos a Étions. Ec
comme quand Moyfe mectoic vn voile
fur fa tefte, il n'empefchoit pas quel'on ne
viftbien que c'eftoïc Moyfe, mais neant-
xnoins cela ofFufquoitj vnpcu la fplen-
deurde fonvifage, &:faifoic que ceux qui
Je rcgardoyent n*en cftoyent pas elblouxsi
celuy qui en parlant de foy-mefme fe
couurecn quelque force du nom dVn au-»
tre , n'ofte pas à ceux à qui il parle la coa-
noilTance de fes vertus & de fes belles
aftions, mais il en rend l'éclat beaucoup
plusfupportableàceux qui l*en un vient, Si
sVxempte de TofiFcnfe qu'elles donne-
royent autrement à leurs oreilles Se à leurs,
yeux. Les Philofophes qui donnent des.
préceptes fur cette matière, difent queft
on eft quelquesfois concraintde dire quel-,
que chofe à fa propre louange, c'eftpru-,
demment fait que d'y raeller quand &C
quand les mérites de fes prochains.. Ee
véritablement elle paffe ainfi beaucoup,
plus doucement que quand on la propofc.
toute feule, la recommandation d'vaau^
treluyferuant en quelque forte de vehii
Kiii
Xjo Sermon IV. furie chdp. {il
cule , qui la porte dans refpric de ceux quj
J'efcoutcnt fans y trouuer d'achoppemenc.
Wais pour mettre fin à ce propos , iedis
qu'il n'y a rien de plus efficacieux, pour
deftrcmpercequ'ily peut auoir de vicieux
^ de choquant dans les loUanges que
nous nous donnons à nous-mefmes, que
4*y mefler la mention de nos propres in'»
firmicésj&deschofes qui nous rabaiJÛfenr
jutant que la commémoration' de nos bel-
}e$& auantageufes qualitez eft capable de
lîousefleuer. Car comme quand oxipre»
fente diuerfes couleurs à contempler à
quclcun , après luy auoir monftrç les
voyantes , comme on parle, c'cft à dire
celles qui font éclatiances6d qui antbeau*
coup de viuacité , on luy en met deuanç
îesyeuxdeplus fomibres , afin de raffer-
jmirfaveuè&c d'en raflembler les rayons
que la fplendeur des autres a difTipés:
Àinfi quand vn homme eft obligé de def«
ployer fcs propres verrus , êc de mettre
îesgrandes &: refplendiffantes adions eu
veuc, il eft de fa prudence &c de (a mode-
ilie d'y entremcflec quelque chofedefes
imperfeftions , pour empefcl\er que les
premières ne produifent de la haine 6c de
f'çnuiej 8>c pour adoucir les efprits quç l'é^
âe U IL aux Cor. y. i. 2. 3. 4. y 1 jr
clac de fes propres louanges auroit autie-
menc effarouchés. Et c'eft ce que S. Paul
fait dans la troifieme partie de cette fen-
tencc , quand après auoir dit que s'il vou-
loit, il fe glorifieroit de très- grâ Jes chofes,
mais qu il ne fe vxut vanter de tien , il adt
joufte ces ^2,io\(:% y, finon enmes infirmitez..
Il y a,mes frères, de diuerfes fortes d*infir-
XDiitez en l'homme. Gar il y en a quel-
ques- vnes qui confiftent en vices:qui bien,
qu ils ne foyent ny atroces ny enor»es»
font des vices pourtant. Mais parce qu'ils
femblent procéder de quelque fragilité de
lîoftre nature , ôç que nous les excufons
volontiers & en autruy &en nous-mef-
înes^nousadouciffons vn peu le terme par
lequel on les reprelente, ôc les nommons
de ce nom dmfirmitez. Et l'Efcriturc
fainte s'accommode à cette façon de par-
lçii:car.c'efl ainfi qu'il faut entendre ce paC
fage de TEplftre aux Hebi'ieux,oail eft die
que le fouuerain Sacrificateui eûoit^r^^r^
a auoir competemmera pitié des. ignorans ^
des en an s, daut^ntcjuc luy^ me fine aufi ejlen^
Hironné dinfirmitéj Qr ne voudroy- je pas.
affeurerque l'Apoftre &. Paul ait efléab-
folument exempt de cette forte d'info-
Ç3iités-là : quoy^ueiçcQnjoy fafafîiâifi^
/ji Sermon IV. fur le chdp. itl
cationà vn fihautpoint , que s'il luye/irei
ftoit quelques vnes 3 elles eftoyent incom-
paiablemenc & moindres &ç en moindre
nombic qu'elles ne fe trouucnc ,ienc di,
ray pas dans le commun des Chreftiens,
mais encore entre ceux qui y lont remar-
quables poiif leur fainrctc. Qnoy qu'il en
fcit jcene fo.tede foiblcffes, n'eftnullc»
ment vnematiersde vancerie, & quelles
qu'elles ayent eflé dans ce faint Apoftre,il
ne peut pas tomber dans la penléc qu'il
cufl voulu s'en glorifier. Il y a vne autre
forte d'infirmués qui font communes à
tous les hommes, parce que ce font des fui-
tes ôc des dépendances ineuitables de fa
Nature, quand mefmes elle fcroit demeti-
récs en fon intégrité. Et celle eft la fujeiion
au boire, Se au manger, ôcau dormir ,&
aux autres chofes qui viennent neccfTai-'
rement en confequence , dont ie ne penfe
pas non plus qu'il foit iamais i^enu en la
pcnfce d'aucun homme de fe vanter. Car
nous nous vantons des chofes qui nous
font particulières , ou au pioins certes
que nous auons communes auec peu de
gens ; & non de celles qui fe trouuent en
coûtes fortes de perfonnes indifférem-
ment. Mail outre cela, la nature mefme
il(f la IL dux Cof.v. 1.2.3.4.5', \ff
2e ces infirmités- là obligerait pluftoftà
s*en plaindre, 6^ à en auoir quelque honte,
qu'à en faire quelque parade conGinae
dVn auantage qui nous eleuaft. Il y
en a encore d'autres qui font aucu-
nement particulières ; mais qui parce
qu'elles ne font ny précédées , ny fui-
uies 5 ny accompagnées d'aucune chofe
qui les rende recommandables, elles ne
peuuent fournira perfonne la matière de
fe vanter. Car pour exemple, quieft-ce
qui s'eft iamais aduifé de fc glorifier de la
goutte, & de la grauelle,& de la colique,8£
de la migraine,&d'autres telles infirmités,
comme s'il auoit en cela quelque fujet de
fe mettre au delTus de ks compagnons?
Il faut donc neceffairement qu'il s'agifle
icy d'infifmités qui à les regarder en
elles-mefmes, peuuent pluftoft caufer de
lacompaffion que de Tenuie, & du mef-
pris pluftofl que de la gloire ou de l'admi-
ration, comme ie le vous difois il y a
quelques iours. Maisd'autant quelles fonc
accompagnées de quelque autre chofe quj
mérite delà louange, on s'en glorifie en
quelque forte, parce que de ce qu'il y a
d'infirme, &de ce qu'il y a derecomman-
dable, il fe fait vn railQnpabk ten:î.perar|
iTjenc. Telles foQc ces infirmùcz dont
l*Apoftrepîitlçdans lechapiçrcimmcdia-
tcmenc précèdent : àfçauoirfes batcures,
fcsprlfons, fes lapidations, fes verges, ôç
toutes CCS peclccucions & ces miferes qu^il
a endurées pour le nom & pour l'Euangile
de noftre Seigneur lefus Chrift. Car à
regarder ces chofes en elles- racfmes.il n'y
a pcrfonne qui ne voye que la nature les
abhorre, & qu'il faudroic eftre tout à faic
déraifonnable pour y chercher occaûon
de Te glorifier. Mais à IcsconfiJerer dans
lacaul'c pour laquelle on les endure, qui
çftls nom de noftre Sauueur , vous fçaucs
qu'il cft dit au Hure des Aaes,que les Apo-
flres ayant eflé fouettez pour cette caufe,
ils fc refjouiffoyent Se fe glorifioyenc
d'aupir cftc trouués dignes de fouflprir
cette ignominie pour le nom de lefus
Chiift. Adjouftcs à cela encore, que de
fupporter gayement & courageuîemenc
toutes CCS tentations & toutes ces flcftrif-
fures, parce que leur caufe les rend honp-
rables , 8>c que c'eft pour Tamour de Chrift,
ç cft vne chofe digne de recommanda-
lion , àc en 1 exercice de toutes les vertus.
ou Chreftien il n*y a rien de plus loiiablc.
pr ^u'ilfoiticy queftion dçcçttç forte de
de U IL aux Cor.v.i.z.'i.f.f.^ uS
ïotbleflcs, c'eft chofe claire par ce que
rApoftre en a die dans le ctiapitre précè-
dent , & par ce qui fuit encore immédiate?
ment en cçluy-cy. Car dans le chapitre
précèdent , où il dit auffi qu'il fe glorifie
en fes mfirmités, il raconte ces çhofes-là^
Et d^ns celuy cy, il dit incontinent après
noftre texte , tjua/7/^ qittl ne s'eleuafi fAs
cutre mcftreà caufe de l'excellence de fes reue^
Utïons y tl luy 4 sefié mis v;je efharde en U
chair , vn K^nge de Satan four le bujfefi r ; ce
qui explique admirablement bien le fçns
des paroles que ie vous expoie. Parce que
fi vous regardés rAp©llre par cet endroit-
là, qu'il luy auoit efté addrefle des reucla-
tions fi admirables , il a fans doute vn
grand fujet d'en triom plier : fi vous le çon-
fiderés par cet autre coûé , où il eft expofé
à la vexation d vn démon, cela eft pour
donner de Thorreur : mais fi vous ioignés
ces deux chofes*Ià enfemble, elles font
vne excellente compofition,où la matière
de fe vanter & celle de s'humilier, font
admirablement bien tempérées. Et fcffe£i
que cela produit mérite qu'on le confide-
re attentiuement. Car premièrement ce*
la fert à contrebalancer entr'elles , dans
lame de S. Paul ^^ l'ekuîitioji bc l'huniiU"^
jy 6 Sermon IF', fur le chdp\ 1 1^
acion, & à cmpefcher que fon cfpricnâ
s'emporte au delà des bornes. Parce quQ
fi Dieu n'y euft point mis ce contrepoids^
qui aduerciflbit continuellement cegrand
fcruiteur de Dieu, de l'infirmité Je la
Nature, & de la fragilité de Ihumanité,
quelque fan<9;ifiwarion qui fuft en luy, il
n'culi iamais peu s'empefcher d'auoir de
trop magnifiques fentimens de foy , & de
fortir hors des limicesde riiumilité Chre-
ftienne. Apres cela, il fert encore a rfece-
nir l'efprit des autres fidellesquiconfidc-
roycnt S- Paul, &àlesempefcherd'auoir
de luy quelques opinions trop auantageu-
fe. Car que n'euft- on point ou dit ou pen-
fé d'vn homme qui auoit tant d'excellen-^
tes connoiflances , &à qui Dieu auoîtfaic
voir de fi rares vifions? Veu principa-
lement que cela eftoit accompagné d'vne
incomparable fainuecé, &c que de fes mains
sortoycnt à toute heure des miracle^
eftonnans, & des aftions tout à fait ex-
traordinaires &: furprenantes ? Affeuré-
ment on ne le fuft pasgarenti delafupcr*
flition, & Ion euft penCé voir en luy quel-
que chofe au deflbs de l'homme. Mais
quand onvenoit à confiderer qu'il eftoic
hatçellc par tant d'ennemis , ô^ perfccutc
(le U II. aux [^of. i^. /" 2 . 3 . -^ . y, xjy,
Se tant de maux, on difoicj il pofTede
vn grand trefor à la vérité, mais c*eft
dans vn vaiflcau déterre, qiiieftraefpri-
fabledcfoy, & qui au premier heurt, fe
peut mettre en pièces. C'eftpourquoy il
ne fe contente pas de dire que cette ef-
charde luy a eftè mife en la chair pour
cmpefcher qu'il ne s'efleuaft, maisilad-
îouftc encore qu*il s'e/iargr.e'defeijAntert
ûfin auAncun ne l\Jlime foint f^r diffts ce
qti tfiuoit cjlre , ou par dejfus ce quilemendoit 1^
de luy. Enfin cela produifoic encore vn
bon efFeû à l'égard de fes ennemis. Parce
que s'ils penfoyent auoir quelque occa-
fion de le calomnier en ce qu'il fe vantoit,
cela fe rabatoit incontinent quand ils ve-
noyent à penfer , ou qu'on leur reprefen-
toitj qu'il ne fe glorifioitfinonen fes infir-
mités , c'eft à dire , en des chofes qui don-
lîoyentdu mefprisôcde l'auerfion àcaufe
de leur incommodité & de leur bafleffe.
Chers frères, ie diray quelque chofe
dauantage. Noftre Seigneur lefus Chrift
n'auoic point befoin de contrepoids pour
rabaifler la trop haute eleuation de {zs
penfées. Car fon ame eûoit fi profondé-
ment imbue de toutes fortes de vertus , ô^
particulièrement d'vne incomparable ha?
7ji? Sermon Ip^. furie chap. 12]
milité , dont il s'eft propofé en exemplei
fesdifciples, iufquesàleur lauer lespieds^
qu'il n'cftoit fufceptible d aucune pcnfcc
quiderogeaft à cette excellente qualité.
Il n eftoit pas befoin non plus de mcller
dans le tableau defes émerucillablescon'*
ditions , les infirmités de fa nature hu-^
maille & defes foufFranccs , pour cmpef-
cher ceux qui le contemployent d'en conw
ceuoir vne trop haute opinion. Car eftanr,
commeil eftoit, dVnedignitéinfinie, on
ne s'en pouuoit former d'idée , ie ne dis
pas qui furpaflaft , mais mefme qui égalaft
la magnificence de l'obiet. Et néant-
moins il ne laiffe pas luy- mefme de tem-
pérer l'éclat que fes propos & fcs miracles
donnoyent à fa perfonne &: à fa charge,
par fa condition abbaiflee, & par la
mention de fa Croix. Car toute fa con*
Merfation a eftêfouueraincment humiliée,
ayant pris, comme il a fait, la forme de fer-
uitcur: & à tout propos il aduertit qu'il
doit foufFnr vne mort ignominieufe,
comme les Oracles Tauoyent prédit. 11
commande melmes quelques fois à fes di*
ciples de celer les chofesglorieufcs qui luy
cftoyentarriuées, comme fa transfigura-
tion > iufques à ce qu'il fufl reffufciié,_5c
'dek It. 4UX Cor. "V. i\ 2". j . ^. j-, t|^
âefebd à quelques autres de publier les
miracles qu'il auoit faits en leur faueur.
Pourquoy cela finon qu'il falloir difpcnfcc
la connoifTance de ce qu'il cftoit auecque
prudence, afin de ne donner point trop
de prifc à (^s ennemis > Mais au fonds^
quand nous ne mettrions point ces con-
fiderationsen auanc, ileftoitainfi conue*
nablcà la fageflediuine, de diuerfifier la
vicde noftre Seigneur de chofes dont les
vnes font éclattantes & les autres fombrcs ,
les vnes témoignent de la magnificence
& de la gloire, & les autres font accommo-
dées à léftat de fon aneantiflement , par-
ce que fe préparant à fouffrir vne ignomi-
nieufe Croix , il falloit qu'il y euft quelque
proportion entre fa vie ôdfamort, &que
fa fin ayant àeftre pleine d'infamie & de
douleur, le temps de fon économie en
- Chair n*eclataft pas fort fouuent de chofes
illuftres &: glorieufes. Reuenons donc
maintenant à S. Paul mon pour continuer
à expliquer ce qu'il nous dit en ce lieu icyj
car déformais ie vous ay reprefentc ce que
i'auois à vousdire pour l'interpréter , mais
pour tirer quelque nouueau fruit des cho-
fes que vous aués entendues. le ne vous
rcpeccray pas mes frères, les inftrudlions
Kre Sermon IlL fut le chap, il;
que ic vous ay défia données fur les textcS
precedens , parce que vous en aués la me-*
moire toure fraifche, & que cela fcroic en-
nuyeux, le ne m'arrefteray pas mefm.e
long temps à vous remarquer celles qui
naiffenc de l'interprétation de celuy-cy,
parce que vous lespouués affés recueillir
de vous- mefmes , &: qu'elles font mefmes
en quelque forte meflées dans les propos
que ie viens de vous tenir. Car qui ne
peut en tirer defoy-mefme cet enfeigne-
menc , qu'il faut eftre humble Se modefte,
Bc efloignc de toute prefomption S>c de
toute vanité, & ne parler iamaisauanta-
geufement de foy-mefrae, finon qu'on y
ioit obligé par quelque neceflîté ; Se enfin
que quand on y eft neceffairement obligé,
il y faut apporcer'tousles temperamensôC
tous les adouciflemens donc on fe peut
aduifer , pour ne rien faire contre le
deuoir, Se pour retrancher l'occafion à la
calomnie &: à la médifance? De forte que
s'il me refloic quelque chofe à adiouller
icy, ce feroit cette confideraticn, c'cft
qu'il ne faut pas trouuer cflrange que la
condition de l'Eglife, 6i de la plus parc
des fi'Jelles qui la compofenc , foie accom-
pagnée de beaucoup d'infirmités, Se com-
me
âe U II. aux Corv. i. t. f. 4. s* ^^^
itne enuironnée de quantité d'ombres pen-^
dant 1 e temps du fejour de noftreSeigneuf
icy bas, puis que celle de S.Paul,&: mefmes
eeile de noftrc Seigaeut lefus Chrift onc
efté femblables. Dieu nous a fans doute
auantagcs,les vns plus, 8c les autres moins,
rnais neantmoins il nous a tous en gênerai
gratifiés dVne infinité de chofcs qui nous
«fleuent comme infiniment au deflus des
hommes de ce prefent fiecie: Se quand il
ne nous auroit point <lonné d'autres reue-
lâtionsque celle de faconnoiffance falu-
tairCjc'eftafiés pour nous eftimer incom-
parablement plus queux. MaisTcftac de
la vieprefente, Se la conformité auecquc
hoftre Seigneur, &noftre ianaification,
requeroyent que la fplendeur de noftre
condition fuft obfcurcie de temps en
temps par diuerfes infirmitez 6c par diuer-
fes foufFrances. De forte que nous ne de-
uons point nous ofFenfer , puis que cette
difpenfation de la Prouidence de Dieu
enueis nous eft fondée fur tant deraifons,
&:quenousenauons deuant nos yeux de
fi grands exemples. Cela furquoy iedoiff
leplusinfifterjc'eft vne obferuacion que
i'ay à faire icy contre lesprofones. Vous
voyez des gens qui fe vantent d'eflre ef-
i(jL Sermon IV. fur k chap. tzl
priis fol ts,qui doucenc de l'immorcalité dé
leur ame , qui fe mocquent de l'efpêrance
que nous auons de iouïr quelque iour de
félicité là haut au ciel,& qui demandent
qui c'eft qui eft reuenu de la pour nous en
apprendre des nouuelles. Miferabics!
qui fe vancent d'auoir plus d'entende^
ment que les autres hommes, ôc qui ncant-
moins fe rcduifent à la condition des
belles , en priuanc eux- mcfmes leur ame
de fon immortalité. Car quelle notable
différence y a-t-il entre eux &c les autres
animaux , fi leurs efprits s'efteignenc
auecque leurs corps, comme font lésâmes
des belles ? Ecoùefperentuls iouïr iamais
d'aucune félicité , fi Dieu ne nous en a
point mis en referue dans les lieux cele-
Ites? Car quancàla trouuer icy bas , c'eft
vne chofe abfolumentimpoffible,à caufe
des mifcres qui accompagnent la viepre-
Icnie , ôcdestrauerfesquyrcçoiuent ceux
qui aiment la pieté &c la vertu. Si ce n'eft
que comme les chiens & les pourceaux,
ces gens mettent leur fouuerain bien dans
lagourmandire,& dans l'ytirognerie , &c
danslesdi(Tolutions,&dans les voluptés
infames,ainfi que quelques-vnsd'entr'eux
i^ont véritablement. Ils demandent qui
^ €leta IL aux [or, v. ï. i.f^!f1 ïô^
t'cd qui cft defcendu du Ciel pour nous
dire que c'efl: là- haut que nous dcuons ef-'
percr d'eftrebien heureux. C'efl: S. Paul,
qui foie en corps, foie hors du corps, a efté
raui en Paradis, Se qui a oui Se veu des
chofes inénarrables. Il ne nous en a pas à
lavericédonné l'explication parle menu:
mais il nousenaaflez die pour nous faire
conceuoir que c'eft là qu'il faut que nous
afpirions , comme au lieu où noftrefôu-
uerain bon heur eft en depoft entre les
mains du Sauueur du monde. Car il ne^
nous en parle Je la forte que pour mainte-
nir Tautorité de fon Apoftolat , Se pour^
fonder de plus en plus le témoignage qu'il^
nous a rendu delà vérité de TEuangilede'
Chrift , Sidela certitude inuariable de fes
promcfles. De forte que c'eft pour cfleuer
noscœurs6^nosefperances là-hauc, qu'iP
nous parle de fon rauiflcmenç au
ciel, & pour détacher nos pcnfées Se no$'
afFedions de la terre. Au refte , pour-
quoy n'adjoufterions- nous pas foy à ce
qui! nous a dit ? Quel profit luy reuiea-
droit-il de nous allaicter de ces efperances-
là , &: de nous raconter ces vifions ii elles
n'eftoyent véritables i Car alors il n'ea
auoit autre secompenfequeles prifonsjôc^
jé^ Sermon I y. fur le ehap. Hi;
les coups de verges, & les lapidations, St
les menaces des feux , des gibets & des
tortilles. Ceftoit làla recompçnfc qu'il
receuoitde la prédication del Euangilede
Chrift, &c les triomphes qu'il fe promettoic
en cette vie, après qu'il auroit conquefté
les Nations à fon nom, &conuerti la terre
habitable à fa connoifljnce. Apres cette
yie que luy en pouuoit-il rcuenir, puis que
fon ame ne deuoii pas fubfifter après la
iiiotts Ciion la honte &ç Tinfamicd auoir
eûé vn afFronteur , &ç dauoir abufé tout le
H^ondc par fes impoftures ? Si l'Euangile
n'eftpoint vray , &c fi lespromcfles qu*il
i}o,us donne de rimmortaluc de nos ariies,
ôç dç la refurrcdlioi^ de nos corps > fom
feulement des ÇUinaeres, nojlre Apoftrc,
au chapitre qi^in-^ieme de la première aux
Corinthiens, die que loy 8c (^s compar
gnons en l'Apottolat , & tous les Chre-
Siens en gênerai , /3;?^ les f lus mi fer ah le s de
tous les hommes y Ç2ixcç. que n'ayans poinc
d*efperance en l'autre vie, ils font expo-
fez à toutes les miferes U à toutes les per-
feciuions de celle-cy. Et il met cela en
allant comme vn aigumtnc pour prouucr
li vérité delEuangile de Chrift, parce
qu'il n'eft pas à prefunaer que luy , §i les
êehlL aux Cor. v.ui.s. 4. {, lèf
autres Apoftres,& les autres dikiples de
Çhrift, qui en toutes autres chofes don-
lîoyent toutes fo4:tes de preuues , les vns
d'vne fagcfie incomparable , les autres
dVne prudence non n^cdiocre , ou au
moins certes dVn fens raffis, euffent efté fi
deftitués d'entendement que de s'aban-
donner ainfi volontairement à toutes les
vexations de ceficclcicy, s'ils n'auoyenc
des affeurances indubitables de leur re-
coxnpenfe en Tautre. Mais ie diray de mef-
mes, mes frères , que fice que TApolke
BOUS dit de foy & de l'Euangile n*eft poinç
vray , il a fallu non feulement qu'il aiç
perdu la honte en affirmant des bagatelles
fi hardiment, mais mefmes qu'il ait tout X
fait abandonné le foin de fon honneur 8£
de fa réputation, quand il fetoit forti de la
vie. Car ie veux bien qu'il ei) euftabufé
quelqueS'Vns de fon temps. Comment
cuft peu fe maintenir en 1 Vniuers la
créance defesvifions &defesrcuelations
dont il fe vante icy, fi c'eu fient efté des ex-
trauagances d'vn efprit tombé en dcrei-
glement , ou des chofes controuuées de
propos délibéré , & affirmées puis après
auec vne fi prodigieufe impudence ?
I>c temps y difoic autrefois quelcun^
î^(j Sermon IV. fur le châp] 12:
efface enfin de rcntendemenc des hom^
mes les opinions erronées donc ils oncrei
ceurimpreflîontmais il confirme les iu-^
gemens de la Nature, & les lentimens de
ia vérité. Si donquesceschofes n'auoyenK
point eu d autre fondement que Timagina-
tion bleffée d'vn homme hypocondria-
que , ou la hardicfTe de quelques impo-
fteurs à les inuenter Bc à les débiter, il y a
long temps qu'on n'en encendroic plus
parler, & elles n'auroyent pas vefcu vn
fîecle. Car les impoftures de Mahomet fe
font bien épanduës en diuers endroits du
monde , & s'y font maintenues il y a défia
long temps. Mais elles ont eu pour ap-
puy , d*vn codé les armes & les guerres , à
laide defquelles elles fcfont prouignées
çà Sd là, &: de l'autre les attraits U les
amorces de la Chair , à raffouuifiemenc
des volontés & des paflîons de laquelle
elles eftoyenc dcftinées. Au lieu que la
do6brine de l'Euangile eft toute employée
à dépouiller l'homme de fes afFcftions
charnelles &: à le fpiritualifer, 8c qu'elle a
eu à fouftenir la contradiction déroutes
lesPuiffancesde la terre. Non, non, frer
it'^3 bien aimés en noftre Seigneur ; ne
Ç1QU5 laiflbns pas anouuoir par les dif*
àeUlI. dux Cor. '^. /, 2. 5 . ^. y. xCf
cours de ces profanes, qui ont iurélaguer-
re à la pieté & à la vertu. C'efl: la vérité de
Dieu que TApoIlre S. Paul a enfeignéeà
rVniuers,qu'ila confirmée par miile mi-
racles en la prefchanc, qu*il a feelléc par
fon martyre & ratifiée de fon fang , oc qui
a enfin glorieufement triomphé de la
eontradidion de fes ennemis , quelque
rcfiftance qu'ils y aycnt faite. Car les Phi-
lofophes ont renoncé à toutes leurs autres
eonnoiffances, & à toutes les fubiilités de
leurs Efcoles pour rembraffcr 5 & quand
ils Pont eu vne fois gouftée , toutes \cs
fcienccs aufquelles ils s'eftoyent aupara-
uanc adonnés , leur ont paru encompa-
raifon fouuerainement mefprirables. Les
Orateuis ont ployé toutes les voiles de
leur éloquence deuant des gens qui ne
faifoyent ny profeflîon ny parade de bien
parler 5 &: s'ils ont fait quelque cas de leur
Rhétorique puis après , comme il ne fe
peut pas nier qu'il n'y ait eu des prédica-
teurs &: des defenfeurs de lEuangile ex-
traordinairement eloquens, ils en ont em-
ployélesartifices & les beautez, à tendre
Û Croix de Ghrift illuftre6i recomman-
dable. Les Rois & les Potentats de !a
î^crrc ont apporté leurs fceptres , leurs cou-
îgS Sermon If^.fuAech ap. li^
ronnes, &c leurs diadèmes aux pieds dti
Seigneur Icfus , & l'ont reconnu pour le
Roy des Rois,& le Seigneur desSeigneurs,
â la gloire duquel ils ont puis après confa-
crc coure leur puiflance, Les peuples,
quoy cju'extremenc obftinez » ont cfté
amenés captifs à l'obeiflance de noftre
Sanueur, Se ont abandonne , pour donner
gloire à fon Nom , leurs fupcrftitions 8c
leurs idoles. Les démons ont efté con-
traints de luy rendre témoignage, quâdils
fe font veus expulfés des corps &des coeurs
des hommes j & arrachés des Temples Se
& de delTiîs les autels qui leur auoyenc
efté confact t z, de forte que les enfers meC-
me 3 par manière de dire, en s'entrebâil*
lant, oncaduoué que le Seigneur lefusles
atîoit vaincus , & qu'il auoit mis en pièces
toute la puilîance de leur empire. Croyons
donc fermement 5 chers frères , en la paro^
le de i Eaangiledc nollre Sauueur, dcfc*
rons de tout noflce cccjr au témoignage
que fes Apoftres nous ont rendu de fa
mort &c dcfa refuriedlion, pcrfeuerons
conftammentcn cette foy iufquesàla fin,
repouffbns loutcs les tentations qui nous
peuuent venir delà part dei*incrcdulité>
combattons contre le monde, refiftons
aux
iîe îa JÎ. aux^oh ^.i. 'ù 5. ^. $. lâp
AUX fuggeftions du Pcché , efteignons par
ïe bouclier de la Foy les dards enflamiiiciz
du Malin , tendons par la voye d eb vraye
fandification à la blen-heureufe immor-»
talicc, 8z foyons afTeurez que Dieu nous en
couronnera quelque iour. Et fourtAnt, mes
frères bien- aimés , dit T Apoftre aux Corirt-i
thiens ^ foy is fermes , i-mmuahles ^ahondans
ioufîours en Vœuure du Seigneur: fcachans que
vojlre labeur nefl point vain en noflre Sei-^
gneur: &quelqueiour il vous fera voir, SC
ouïr , ^ poffeder éternellement , ce qu'œii
n*a point encore veu,ce qu'oreille n'apoinc
ouï , & ce qui n*efl: point monté en cœur
d*hommc. A Dieu qui nous en a donné
Tefperance , Père , Fils , & S. Efpnt , va
fcul Dieu bénit aux fiecles des fiecles, foie
gloire , force & empire dés maintenant U
à toute éternité: AMEN.
FIN-
^
^
M
ERRATA-
page 7. ligne 12. Ufis , cftovent. p. itf. l. 8 /. îîsî
p. 4 ,1.5. /. luy il. p. 5o. l. 5. /, façon, p, 78.
\. penult /. immorteHe. p. Sj. 1. ù.I, eft recité»
p 142. i. pcnulc. /. s'ouuriilwît. p. irj.I. 10 A
effi^:és de. p. i a. 1* peijulc /. qg'c lie l'i^oj. p.
m- 1- 3-^- q^i ^^y- p- M,s- 1- io- ^- wçw^.p, i^^.
» t
BS2675.8.A53
Le ravissement de S. Paul ; (2. Cor.
Princeton Theological Seminary-Speer Library
1 1012 00072 4510